Articles étant taggés ‘netbook’

Panorama des terminaux alternatifs (18)

Saviez-vous qu’Apple avait lancé un PDA en 1998 ? Le look et les capacités du Newton font maintenant sourire, mais cette machine était tout à fait en avance sur son époque. Cela n’a pas empêché Apple de se prendre un gros bide avec cette machine. Historiquement les premiers PDA mis sur le marché remontent à 1980 avec une marque anglaise : Psion. De même, nous avons tendance à l’oublier, mais le premier smartphone (le 7110) ont été introduit il y a plus de 11 ans par Nokia.

Aujourd’hui les smartphones et tablets sont à la mode (tous les annonceurs veulent disposer de leur application) mais ne sont que la partie visible de l’iceberg : le plus gros de nos futurs usages de l’internet se fera au travers de terminaux alternatifs de tous formats et pas seulement les plus médiatisés (iPhone, iPad..). Se focaliser sur ces deux formats serait une erreur, car les usages vont encore fortement évolués et il faut se préparer dès maintenant à anticiper ces changements et exploiter les spécificités de ces nouveaux formats dans un contexte de marque (marketing,commerce en ligne / mobile…).

Des formats diversifiés pour couvrir de nombreux usages différents

Aujourd’hui, les smartphones et touchbooks font partie de notre quotidien. Le grand public et les annonceurs ne sont pourtant pas forcément bien éduqués quant aux spécificités de ces machines et surtout à l’utilisation qui peut en être faite (je lis encore de nombreux articles où l’iPad est considéré comme un lecteur de livres électroniques). Il est donc temps de vous proposer une définition de cette nouvelle génération de terminaux et d’en expliquer les différences.

Je vous propose ainsi cette définition : “Les terminaux alternatifs sont des appareils permettant de se connecter au web et/ou de consommer des contenus et services numériques“.

Il y a plusieurs subtilités dans cette définition :

  • Vous n’avez pas besoin de vous connecter au web pour consommer des services en ligne (ex : applications Twitter ou Facebook) ;
  • Les jeux peuvent être considérés à la fois comme des contenus numériques (s’ils sont achetés) ou des services numériques (s’ils sont téléchargeables gratuitement et reposent sur un modèle fermium ou d’abonnement) ;
  • La qualification de terminaux “alternatifs” ne fait aucunement référence à la portabilité (les dernières générations de TV connectées ne rentrent pas dans vos poches, ni même dans certains salons) ;
  • Les services numériques peuvent être rudimentaires (ex : les objets ambiants qui se contentent de diffuser des alertes).

Cette définition couvre donc une gamme très diversifiée de terminaux qui correspondent à des contextes d’usages très différents et des types de contenus et services plus ou moins bien adaptés. Pour vous y retrouver, je vous propose ce tableau de synthèse :

Comparaison des différents formats de terminaux alternatifs

Je distingue dans ce tableau les formats suivants :

  • Les smartphones qui sont, à mon sens, les terminaux les plus polyvalents. Ils sont nécessairement associés à un abonnement voix / data et sont propulsés par des systèmes d’exploitation sophistiqués généralement associés à une App Store (iPhone, Android, BlackBerry…).
  • Les netbooks / smartbooks / cloudbooks se distinguent des laptops par leur très faible encombrement et leur capacité de connexion. Ils sont les compagnons idéals des grands voyageurs, mais ne remplissent pas tout à fait les mêmes fonctions qu’un ordinateur traditionnel. Les constructeurs ont légèrement tâtonné avant de trouver un système d’exploitation adapté à ce format et à l’usage que l’on peut en faire (Windows ou Linux ne sont résolument pas des solutions idéales), mais tout devrait s’arranger avec l’arrivée de Chrome OS ou du futur Meego.
  • Les touchbooks / tablettes sont à mi-chemin entre smartphones et netbooks (Netbook + TabletPC = Touchbook). Tous ne sont pas équipés de puces 3G, aussi leur capacité de connexion est limitée. Parfaitement appropriés à la consommation de contenus numériques multimédia, ils ne sont pas nécessairement les mieux adaptés pour une lecture à l’écran prolongée (plus d’1/2 h). Là encore, les constructeurs sont encore en train d’affiner les systèmes d’exploitation et interfaces, mais nous devrions aboutir à quelque chose de parfaitement satisfaisant dans le courant de l’année (avec iOS 4.3 et Android 3.0). Pour le moment le champion incontesté de cette catégorie est l’iPad d’Apple, mais la concurrence est en train de s’organiser pour proposer des alternatives de plus en plus convaincantes.
  • Les e-readers se caractérisent par l’utilisation d’écrans à encre électronique. Ils proposent une gamme de fonctionnalités beaucoup plus restreintes que les trois formats précédents, mais sont par contre parfaitement optimisés pour la lecture à l’écran. Les dernières générations d’appareils cumulent de nombreuses qualités (légèreté, autonomie, simplicité, lisibilité) et n’attendent plus qu’un coup de pouce des éditeurs pour séduire le grand public (au travers notamment d’un catalogue plus large et surtout de prix plus raisonnables). Le Kindle d’Amazon est le produit le plus visible, mais il existe des e-readers parfaitement au point chez Sony ou Samsung. Barnes & Nobles est un des premiers à tenter l’introduction sur le marché d’une machine à écran couleur (le Nook) mais il va falloir attendre la finalisation de technologies comme Mirasol pour ouvrir de réelles opportunités de diversification des contenus (comics, vidéos…).
  • Les smartTV sont des téléviseurs connectés qui intègrent directement une technologie propriétaire (comme Yahoo! Connected TV ou Internet@TV de Samsung) ou exploitent un boitier externe comme Google TV. Ces téléviseurs permettent de consommer des contenus en VoD mais également des services en ligne (YouTube, FlickR, Facebook…) et même de consulter des pages web. Nous n’en sommes qu’au tout début de cette nouvelle catégorie, mais le potentiel est gigantesque (cf. La télévision est-elle l’avenir de l’internet ? et Pourquoi Google a quasiment déjà gagné la bataille du salon avec Google TV).
  • Les smartframes sont l’évolution des cadres à photos numériques. Ils permettent bien évidemment de diffuser vos contenus numériques (photos, musique…) mais également de remonter des alertes grâce à une connexion web. Un principe de widgets permet ainsi de brancher des services sur ces terminaux (emails, messages et notifications Facebook, suivi d’enchères sur Ebay…) dont l’écran tactile autorise un premier niveau d’interaction. Le Chumby est à mon avis le premier appareil réellement ambitieux de cette catégorie (introduit sur le marché en 2008) mais des acteurs comme Kodak, Sony ou encore Litl proposent des alternatives tout aussi intéressantes (avec respectivement le Pulse, le Dash et le Webbook).
  • Les consoles de jeux portables sont enfin trop souvent oubliées, elles permettent pourtant de surfer sur le web et de récupérer des jeux ou contenus sur des marketplaces. Les prochaines générations de DS et PSP devraient intégrer de façon native des services comme Facebook ou Twitter et proposer des modèles d’interactions un peu plus éloignés de leur fonction d’origine (le jeu). Pour le moment les consoles de Nintendo et Sony évoluent à leur propre rythme, mais il faudra surveiller de près des alternatives open source comme la Pandora.

Les différents formats sont évalués en fonction des critères suivants :

  • Web = La capacité à consulter des sites web ;
  • Social = La capacité à exploiter les plateformes sociales (au travers d’applications dédiées) ;
  • Lecture = L’expérience de consommation de livres, magazines et journaux électroniques ;
  • Jeux = L’expérience proposée au travers de jeux ;
  • Travail = La capacité à exploiter des documents ou services professionnels.

    N’oublions pas les objets connectés

    A ces 7 formats de terminaux alternatifs, il faudra également rajouter tous les objets communicants qui proposent des interactions douces (captage de présence, alertes, notifications…). Ces objets peuvent communiquer grâce à différentes technologies : connexion Wifi, connexion via un compteur électrique intelligent (smart grid), puce RFID ou NFC. Ces objets de toutes tailles et fonctions permettent de rendre des services rudimentaires dont on sous-évalue la valeur ajoutée :

    • Un vide-poche qui avertit vos proches de votre retour à la maison quand vous déposez vos clés dedans ;
    • Un badge qui transmet vos coordonnées aux personnes avec lesquelles vous avez parlé lors d’un salon professionnel ;
    • Des appareils électriques qui vont aider votre fournisseur d’électricité à optimiser votre facture en fonction de vos habitudes de consommation (ex : exploiter les heures creuses pendant lesquelles le KWh est moins cher)…

    Bref, les cas d’usage sont nombreux et nous n’en sommes qu’aux balbutiements de l’internet des objets qui va potentiellement transformer notre quotidien et ouvrir d’innombrables possibilités de nouveaux services. Mais ne nous égarons pas dans la futurologie, les terminaux alternatifs présentés plus haut sont déjà disponibles sur le marché et offrent des opportunités réelles.

    Des terminaux nomades pour prolonger le temps d’attention / d’exposition

    Tous ces formats de terminaux alternatifs existent pour satisfaire aux mieux les besoins du quotidien des utilisateurs. Ce quotidien a beaucoup évolué sur les 5 dernières années et les utilisateurs ont développé de nouvelles attentes :

    • Etre connecté en permanence à son cercle d’amis et contacts ;
    • Pouvoir consommer des contenus numériques partout où l’on se trouve (musique, jeux, livres, journaux et magazines…) ;
    • Vivre de nouvelles expériences reposant sur les avancées technologiques (3D, débits élevés) et l’intégration de pratiques sociales.

    Quant on y réfléchit bien, le but de tous ces terminaux alternatifs est d’étendre au maximum le temps d’attention des utilisateurs, une bonne nouvelle pour les producteurs de contenus et services, une très bonne nouvelle pour les annonceurs qui bénéficient également d’une plus grande période d’exposition pour placer leurs messages

    Si l’Europe et les Etats-Unis ont très clairement raté le virage de l’internet mobile au début des années 2000 (contrairement au marché asiatique), l’arrivée de l’iPhone sur le marché en 2008 a permis de rattraper une partie du retard et de réduire le nombre de formats en circulation (cf. Les smartphones vont-ils tuer les terminaux portables dédiés). Les années 2010 / 2011 marquent par contre le début d’une nouvelle ère d’innovations et de multiplication des formats (vos poches et sacs à main n’ont pas fini d’être encombrés par toute une série d’appareils).

    Quels défis pour les annonceurs ?

    Concernant l’exploitation que les annonceurs pourraient faire de ces différents formats de terminaux alternatifs, elle sera dépendante de leur capacité à bien appréhender les spécificités de ces derniers. En d’autres termes : pour qu’une marque puisse exploiter de façon convaincante ces différents terminaux alternatifs, elles devront au préalable acquérir une compréhension fine des capacités et faiblesses induites par les formats ainsi que des contextes d’usages.

    Non, l’iPad n’est pas l’eldorado attendu des éditeurs de livres et journaux. Non, Facebok n’est pas l’avenir des TV connectées. Non, les smartphones ne sont pas l’avenir des jeux mobiles. La réalité est plus nuancée et je vous invite à vous méfier des analyses et prédictions trop tranchées. J’anticipe ainsi une configuration de marché où l’attention des utilisateurs sera partagée entre différents terminaux, mais pourra être maintenue sur un nombre réduit de canaux / services. Facebook, Twitter, YouTube ou le Kindle Player sont ainsi disponibles sur la majeure partie de ces terminaux.

    Le plus gros défi des annonceurs va donc être d’adapter leur discours de marque et campagnes aux spécificités de ces terminaux afin de proposer une expérience et des interactions cohérentes. Nous connaissons déjà le transmédia, il va maintenant falloir se familiariser avec le transformat, à savoir des contenus et services qui sont disponibles sur les différents formats de terminaux alternatifs. Est-ce que la multiplication des formats va faire exploser les coûts de production / distribution ? Pas forcément, tout est une question d’anticipation et de compréhension des spécificités et contextes d’usage.

    Avec Chrome OS, Google parie sur le CloudBookCommentaires fermés

    Après 1 an 1/2 d’attente, Google a enfin dévoilé son fameux projet de système d’exploitation pour netbook : Chrome OS. Dire que les attentes du marché à ce sujet étaient élevées est un euphémisme (cf. Google lance Chrome OS, un système d’exploitation pour netbooksChrome OS, la pierre angulaire de l’empire Google et Avec Chrome OS Google se positionne sur l’outil informatique du futur). Au final, Chrome OS ressemble à ce qui avait déjà été présenté. Pour résumer : Chrome OS = Chrome, je vous laisse découvrir les détails de l’annonce ici : Google Chrome OS, What You Need to Know.

    Cloud Computing + Notebook =  ClouBook

    Ce qui est par contre plus intéressant, c’est que pour pouvoir lancer une beta de Chrome OS, Google avait besoin d’un hardware bien spécifique, ils ont donc décidé de proposer leur propre machine : le Cr-48.

    Le prototype Cr-48 de Google

    Première surprise : ce n’est pas un netbook, mais le format au-dessus (12″, donc un ultra-portable). Deuxième surprise : ce notebook est livré avec une connexion 3G intégrée. Nous ne sommes donc pas en présence d’un smartbook comme je l’avais prévu. Précision importante : cette machine n’est pas et ne sera jamais commercialisée, elle est juste là pour héberger l’OS et tester le concept du cloudbook.

    Si cette machine est livrée avec une connexion permanente (Wi-Fi + 3G) c’est tout simplement parce que Chrome OS ne peut pas fonctionner sans connexion internet. Pour être plus précis : Chrome OS n’étant qu’un système d’exploitation caché derrière un navigateur, il est quasi-inutilisable sans connexion. Les premières réactions à ce prototype Cr-48 sont plutôt mitigées (On The Road With Cr-48: The Chrome Notebook Is Both Shiny And Tarnished,Google Chrome notebook unboxing photos and first impressionsGoogle’s Cr-48 Netbook Review: Is this the dawn of computing’s future?, ), mais cela n’a pas d’importance dans la mesure où cette machine ne sera jamais commercialisée (les premiers produits devraient sortir dans le milieu de l’année 2011).

    Vers une informatique sans applications ?

    Intéressons-nous donc au coeur de l’offre de Google : le Web Store. Nous avons maintenant la confirmation que Chrome OS est une version dépouillée de Linux dont l’unique objectif est de faire tourner le navigateur Chrome. Cela veut dire qu’il n’est pas possible d’installer des applications sur une machine propulsée par Chrome OS. Les équipes de Google jouent sur les mots en vous disant qu’il existe des milliers d’applications dans le Chrome Web Store, mais ce ne sont en fait que des services en ligne. Puisque le hardware ne compte pas (pour le moment), puisque l’OS est transparent et puisque nous connaissons déjà tout ce qu’il y a à savoir sur Chrome, la pierre angulaire de Chrome OS est donc sa marketplace d’applications (cf. Google Chrome OS = iOS + iTunes) et le principe de cloudbook.

    La place de marché d’applications de Google

    Ne vous laissez pas berner par le terme de cloudbook, c’est un concept qui n’est pas neuf : The Network Computer Arrives…Finally! et Time Your Attack: Oracle’s Lost Revolution. L’idée est de ne rien stocker sur la machine : les données ET les applications sont en ligne. Cette approche présente d’innombrables avantages (pérennisation des données, facilité d’entretien et de mise à jour, démarrage ultra-rapide…) mais présente aussi un gros inconvénient : pas de connexion, pas d’utilisation. C’est une approche radicale, mais pour bon nombre d’utilisateurs, un ordinateur n’a d’intérêt que s’il est connecté à internet.

    La question est donc de savoir si un cloudbook peut remplacer un ordinateur traditionnel. Et là, les avis encore plus divisés : Chrome OS: What Is It Good For?In Defense Of Chrome OSGoogle, Chrome OS and the Big PictureGoogle Goes to the Cloud for New Idea in PC System… En substance : un cloudbook ne peut pas remplacer réellement remplacer un ordinateur, mais avons-nous encore besoin d’un ordinateur ? Et c’est là où se situe le pari de Google : concentrer l’ensemble des usages informatique dans le navigateur.

    Force est de constater que pour une bonne partie des utilisateurs, tout se passe dans le navigateur. Reste 5 à 10% d’usages qui peuvent potentiellement être migrés (retouche photo, musique…). Mon estimation est qu’une machine tournant sous Chrome OS pourrait convenir à la moitié de la population (grand public ET entreprise). Et c’est là le tour de force de Google : proposer une nouvelle approche de l’outil informatique qui se décline en BtoC et en BtoB. Si nous mettons de côté les graphistes et autres contrôleurs de gestion qui ont besoin de logiciels pour pouvoir travailler, il reste une très grosse partie de collaborateurs qui pourraient tout à fait se satisfaire d’un système d’exploitation diminué où toutes les applications seraient dans le navigateur (Emails, intranet, SalesForce, Zoho, Google Apps…).

    Un des gros enjeux de Google va donc être de convaincre les DSI que l’ensemble des collaborateurs n’a pas forcément besoin d’une machine avec Windows et Office. Ils ont donc tout naturellement lancé il y a quelques jours un outil de déploiement de Chrome pour les entreprises : Chrome is Ready for Business. Il est ainsi tout à fait envisageable d’équiper le personnel “terrain” avec de telles machines en remplacement des terminaux client/serveur : gestionnaires d’entrepôts, vendeurs en boutique, guichetiers…

    Le deuxième gros enjeu va être de séduire le grand public avec des applications en ligne qui tiennent la route. Et sur ce sujet, il existe déjà des choses tout à fait intéressantes : The Five Best Chrome Webapps That Aren’t Just Bookmarks. Et ce n’est qu’un début puisqu’il reste encore 6 mois à la communauté pour proposer des applications en ligne disruptives et 6 mois à Google pour perfectionner son OS. De plus, le principe de cloudbook est également une solution viable pour tous les contenus de divertissement :

    Pourquoi cette obsession pour le navigateur ? Tout simplement parce que c’est là où Google gagne de l’argent. Plus Apple vous éloigne de votre navigateur (en déportant vos usages sur des applications propriétaires et vos loisirs sur des contenus verrouillés) et plus ils gagnent de l’argent. Avec Google, c’est l’inverse : plus vous passer de temps dans votre navigateur et plus ils gagneront de l’argent (notamment via leur modèle publicitaire qui se diversifie d’année en année).

    Au final, le cloudbook à la sauce Google ne pourra pas concurrencer les ordinateurs traditionnels, mais peut potentiellement répondre aux besoins d’une large majorité des utilisateurs. Quelle majorité ? Tout est une question de persuasion (faire adhérer le grand public et les entreprises au principe de cloudbook) et de temps. D’ici à 2012, l’offre de Google pourrait ainsi menacer la moitié des parts de marché de Microsoft.

    Deux obstacles : les périphériques et Android

    Google vient donc de lever le voile sur sa stratégie, force est de constater qu’elle est ambitieuse. Il reste maintenant à résoudre deux problèmes de taille :

    • Le casse-tête de la compatibilité des périphériques. Sur ce point-là, il y a deux écoles : Essayer de rendre compatible le plus de périphériques et finir avec un OS obèse (Windows), ou se limiter à une sélection restreinte de périphériques “casher” (Mac OS). Je ne suis pas un spécialiste, mais je pense que Google a tout intérêt à imposer sa norme, mais je suis preneur d’avis structurés sur ce point.
    • Le possible phagocytage avec Android. Maintenir deux OS est en effet un travail titanesque et la logique voudrait de capitaliser sur une seule et même plateforme (comme peut le faire Nokia avec Meego). Certains observateurs s’empressent d’enterrer Chrome OS (Gmail Creator Paul Buchheit: Chrome OS Will Perish Or “Merge” With AndroidAndroid Has Won — Time for Chrome OS to Move Along?), mais je reste persuadé que la disparité entre les terminaux ciblés est tellement large que c’est une tâche impossible (De la difficulté de concevoir une interface multi-terminaux). Exploiter deux OS me semble donc être une approche plus sécurisante dans un premier temps.

    Encore une fois : Chrome OS tel qu’il nous ai présenté n’existe pas réellement. Le produit fini sera très certainement bien différent de ce que nous pouvons tester. Parviendront-ils à trouver des solutions à ces deux problèmes ? Oui je le pense. Les constructeurs sauront-ils proposer des machines avec un niveau de qualité suffisant ? Oui je le pense aussi. Google parviendra-t-il à nouer des partenariats intelligents avec les opérateurs pour proposer une offre viable ?Rien n’est moins sûr. Et c’est sur ce dernier “détail” que je suis le plus pessimiste. Puisse les opérateurs français voir plus loin que le bout de leur nez… Sinon il faudra attendre que Free lance son offre !

    /!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.

    Google Chrome OS = iOS + iTunesCommentaires fermés

    Si mes calculs sont exacts, voilà 1 an 1/2 que Google a annoncé son système d’exploitation Chrome OS (cf. Chrome OS, la pierre angulaire de l’empire Google). Une attente particulièrement longue qui pourrait probablement prendre fin bientôt, car la rumeur fait état d’un lancement probable le mois prochain : Google Chrome OS launching Nov 11? Difficile de dire si cette rumeur est infondée dans la mesure où ça n’a jamais dérangé Google de sortir un produit non achevé (euphémisme).

    Toujours est-il que les attentes sont au plus fort car en 1 an 1/2 il s’est passé beaucoup de choses :

    • Apple a torpillé les ventes de netbooks avec son iPad ;
    • Les ventes de terminaux mobiles équipés d’Android cartonnent ;
    • Facebook s’est imposé comme le nouveau roi du web.

    Quels enseignements peut-on tirer de ces trois faits marquants ?

    1. Le marché des équipements informatiques est en plein bouleversement (les clients veulent du neuf) ;
    2. La mobilité est une composante essentielle (indispensable pour faire des ventes)
    3. Les services “sociaux” sont mieux valorisés que les logiciels (en témoignent les publicités récentes pour des smartphones où sont surtout mises en avant les capacités à se connecter à Facebook, MSN Messenger…).

    Trois enseignements qui convergent vers Chrome OS et me font dire que Google a un très gros coup à jouer (cf. Avec Chrome OS Google se positionne sur l’outil informatique du futur), d’autant plus que son concurrent le plus sérieux (Apple) se retrouve avec une marge de manoeuvre extrêmement fine.

    L'interface de Chrome OS

    Apple, un géant qui risque de s’effondrer sous son propre poids

    Inutile de revenir sur la succès story d’Apple avec iTunes ni sur la position dominante qu’il occupe dans la chaine de valeur des contenus numériques. Mais si l’on y regarde de plus près, Apple se trouve en fait dans une position très fragile car :

    • Étant N°1, ils sont exposés à une concurrence impitoyable (toute l’industrie cherche des solutions pour contourner ce quasi-monopole) ;
    • Ils vont devoir accélérer la diversification pour tenir les promesses faites aux marchés financiers (notamment concernant l’iPad qui devrait petit à petit s’éloigner de l’iPhone, concernant l’Apple TV ou encore les services payants), hors diversification = risques ;
    • Le modèle de revenu, qui repose sur un écosystème ultra-fermé, ne leur permet pas d’avancer aussi vite que leurs concurrents.

    Pour être plus précis, ce n’est pas tant Apple qui est menacé mais plutôt le couple iTunes / iOS. Ce qui a fait la robustesse du système Apple va également faire sa faiblesse à mesure que la concurrence s’organise (et notamment celle de Google) :

    • iTunes, le canal de distribution et d’encaissement, fait figure de dinosaure avec ses mises à jour régulières de plus de 100 Mo et ses innombrables couches applicatives empilées les unes par dessus les autres (médiathèque + App Store + Genius + Ping…). À l’heure où tout le monde ne jure que par les logiciels en ligne, iTunes brille par sa rigidité et son opacité (impossible d’accéder autrement à votre iPhone / iPod).
    • iOS, le canal de consommation des contenus et applications repose sur une technologie hautement propriétaire. Présenté à la base comme le lien entre toutes les plateformes alternatives d’Apple (iPod / iPhone, iPad, iTV), ce système d’exploitation se retrouve maintenant confronté à un problème tout simple : 3 formats de terminaux = 3 types d’usages. Dur retour à la réalité pour Apple qui va devoir gérer un OS décliné en 3 distributions avec des spécificités toujours plus divergentes.

    Non seulement le côté fermé du système Apple motive les hackers à sortir des jailbreaks toujours plus performants (littéralement, “jail break” = “s’évader de prison“, sous-entendu “Apple = prison“), mais en plus, cela limite le potentiel de croissance : Plus l’écosystème Apple est fermé et plus ses revenus sont élevés. Ce qui veut dire que quand il y a une brèche dans cet écosystème (les jailbreaks), les revenus s’effondrent ; mais également que pour augmenter ses revenus, Apple doit verrouiller toujours plus d’utilisateurs. Formuler autrement : Apple a BESOIN de verrouiller ses clients et son écosystème pour maintenir ses marges et tenir les promesses faites aux marchés financiers.

    Même si ce modèle de revenu a fait ses preuves, et permis à l’action Apple de dépasser la barre des 300$, sa rigidité et son exposition aux critiques et jalousies vont ralentir sa croissance. Pire, le modèle fermé d’Apple se situe à l’opposé de celui de Google qui prône l’ouverture. Illustration avec le lancement récent de Game Center, une couche de social gaming, pour récupérer les parts de marché d’éditeurs indépendants comme OpenfeintCrystalPlus+Agon

    Chrome = OS + navigateur + SaaS + Store + Checkout + …

    À l’opposé du modèle Apple, nous trouvons donc celui de Google avec Chrome : Un navigateur / système d’exploitation open source qui s’appuie sur la communauté. Ce n’est ainsi pas un hasard s’il n’existe pas de site web officiel de Chrome OS, uniquement un site officiel pour Chromium OS.

    L’approche de Google repose donc sur des technologies et un écosystème ouverts. Le modèle économique de Google est ainsi parfaitement diversifié et sa croissance profitera à l’ensemble des acteurs de la chaine de valeur : Plus l’écosystème Chrome OS sera ouvert et plus les revenus seront élevés.

    Le principal avantage de ce modèle est qu’il ne génère aucune dépendance. Mieux, Google a initié avec Android et ses partenaires industriels un deal unique : le plus que gratuit (l’OS est gratuit et Google s’engage à partager les revenus publicitaires). Il ne me semble pas que ça a été annoncé officiellement, mais il y a de fortes chances pour que de telles conditions soient appliquées avec Chrome OS.

    Non seulement Chrome OS va bénéficier des faveurs de la communauté ainsi que des industriels, mais son évolution sera grandement simplifiée par le fait que les applications, services et contenus ne sont pas directement liés à l’OS ni même installés sur la machine :

    Les technologies qui vont propulser Chrome OS sont également morcelées pour en faciliter la maintenance et l’évolution : GearsNaCl, O3DStorage… Et enfin, les canaux de distribution seront eux aussi désolidarisés de l’OS : Web Store, Music et Editions (qui devraient être lancés d’ici la fin de l’année). Il ne manquera plus que Google Games pour compléter ce tableau (le rachat d’une start-up comme OnLive devrait leur permettre de gagner du temps).

    Premières images de Google Web Store

    Google pourrait faire tourner 100% des équipements connectés

    Avec Chrome OS et Android, Google pourrait potentiellement équiper n’importe quel équipement informatique :

    • Les ordinateurs, netbooks, et autres touchbooks ;
    • Les smartphones et smartbooks ;
    • Les TV et smartframes ;
    • Les kiosques et bornes tactiles ;
    • Les voitures, scooters, avions, bateaux et autres engins motorisés ;
    • Les objets connectés de plus petite taille (compteurs électriques, capteurs ambiants…)

    Bref, Google pourrait devenir incontournable pour tout terminal ou outil informatique connecté. À une époque je m’étais posé la question de la concurrence entre Chrome OS et Android. Cette question ne se pose plus tant le nombre de terminaux ciblés est vaste (il est bien plus simple de couvrir tout le spectre avec deux OS qu’un seul). À partir du moment où les contenus et services sont accessibles indifféremment sur les deux OS au travers d’un navigateur ou de widgets, ça ne pose pas de problème. Chrome OS et Android seront donc au coeur d’un seul et même écosystème.

    Une concurrence éloignée mais des acteurs à surveiller

    Apple et Microsoft sont les concurrents “historiques”, mais leur modèle économique et leur circuit de distribution diffèrent tellement de ceux que va utiliser Google que l’on ne peut pas réellement les comparer (il faut aller dans une boutique et acheter un DVD dans une boîte en carton pour mettre à jour Windows ou Mac OS, la préhistoire !).

    Mais tout n’est pas si simple, car Google devra également composer avec des acteurs de taille qui vont lui compliquer la tâche :

    • Facebook dont la domination du web ne cesse de croître et qui infiltre petit à petit l’ensemble des terminaux et services ;
    • Amazon qui progresse lentement mais sûrement sur les e-readers et pourrait nous surprendre avec une nouvelle génération de terminaux ;
    • Yahoo! qui pourrait bien jouer les trouble-fête en se mariant avec AOL et pourquoi pas un autre géant des médias (la naissance d’un consortium à trois bouleverserait le rapport de force dans le paysage des médias et des contenus, donc des annonceurs).

    Bref, la partie n’est pas gagnée pour autant. De nombreux paramètres sont à prendre en compte dans l’équation du succès, Google en maitrise déjà un certain nombre, mais il y en a un qui me semble décisif dans ce projet : la couche sociale. Google Me permettrait d’unifier l’ensemble des services à caractères “sociaux” et de réduire la dépendance à Facebook.

    Puisque Google propose déjà un modèle économique viable, des technologies robustes, de nombreux services et contenus, il ne resterait plus qu’à remettre à niveau la couche sociale de l’écosystème Chrome OS pour se mettre à l’abri de la concurrence (du moins pour les deux prochaines années). J’anticipe ainsi une configuration de marché où Apple continuerait d’exploiter les segments supérieurs (avec un fort ralentissement de sa croissance) et où Google viendrait s’installer durablement dans le quotidien numérique des foyers (le marché de masse).

    Vous pourriez me dire qu’un tel scénario (domination de Google) n’est pas très réjouissant, mais avez-vous beaucoup souffert du monopole de Microsoft ces 20 dernières années ? RDV dans un mois pour avoir un avant-goût du futur de l’informatique selon Google.

    MàJ (20/10/2010) : Il va falloir rajouter Mozilla dans la liste des concurrents potentiels avec ses Mozilla Web Apps :

    Ce projet est très proche de celui de Google avec des applications 100% web, un répertoire, une boutique (pour les applications payantes) et des applications auto-distribuées (un peu comme les extensions de Firefox).

    MàJ (22/10/2010) : Visiblement Apple ne compte pas se laisser faire puisqu’ils lanceront d’ici la fin de l’année leur propre Mac App Store.

    /!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.

    De la difficulté de concevoir une interface multi-terminauxCommentaires fermés

    Souvenez-vous il y a quelques temps je vous avait parlé de Moblin, un système d’exploitation pour Netbooks sur lequel intel travaillait (Quelle interface pour le système d’exploitation de demain ?). Aujourd’hui ce projet n’existe plus car il a été fusionné avec le projet de système d’exploitation Maemo de Nokia pour être renommé en MeeGo. Vou suivez ? Bon bref, ce que vous devez retenir est que MeeGo ambitionne d’être une plateforme de développement multi-terminaux mobiles, donc qui va pouvoir équiper aussi bien les netbooks, que les smartphones, que les téléphones standards, que les TV, que les ordinateurs de bord de véhicules…

    Se pose donc le problème de l’uniformisation de l’interface mais également de l’expérience utilisateur. Une première version pour netbooks a été publiée le mois dernier auprès de la communauté : MeeGo v1.0 Core Software Platform & Netbook User Experience project release. Cette première version reprend les fondamentaux de l’interface de Moblin avec sa barre de tâches en position haute (ils ont rajouté un peu de couleurs) :

    L'interface de MeeGo pour netbooks
    L'interface de MeeGo pour netbooks

    Nous avons également vu dernièrement la version pour smartphones faire son apparition : MeeGo for netbooks and smartphones gets Chrome and Fennec. Même si certaines règles semblent communes (le fond sombre pour les icônes du haut d’écran, le flux d’activité…) nous commençons à voir de sérieuses divergences dans l’interface :

    L'interface de MeeGo pour smartphones
    L'interface de MeeGo pour smartphones

    Ces divergences sont tout à fait normales car elles sont la conséquence de la prise en compte des contraintes de ces deux types de terminaux. Et ce n’est qu’un début car il va très certainement falloir également tenir compte des spécificités des smartphones eux-mêmes (d’un modèle à l’autre) :

    Vue paysage pour la version smartphones de MeeGo
    Vue paysage pour la version smartphones de MeeGo

    Et finalement cette semaine ont été publiée les premières images de la version touchbook : Pre-alpha MeeGo for tablets demo.

    Comme vous pouvez le constater sur la vidéo précédente, l’expérience utilisateur a été complètement repensée pour une manipulation au doigt (donc moins de précision et de clics) où l’on fait défiler les contenus par types de droite à gauche :

    La version touchbook de MeeGo
    La page d'accueil de MeeGo pour touchbooks

    Cette page d’accueil me semble tout à fait intéressante mais tranche complètement avec les principes posés pour les autres versions. Il y a également une vue plus traditionnelle avec des icônes sur un bureau et une barre d’applications pour basculer de l’une à l’autre :

    Les icônes de MeeGo pour touchbooks
    Les icônes de MeeGo pour touchbooks

    Nous sommes ici bien plus proche de l’iOS que du MeeGo pour netbooks. En soit ce n’est pas un drame mais cela illustre bien la difficulté de concevoir une interface suffisamment malléable pour convenir à différents types de terminaux.

    Si je ne me trompe pas, l’objectif de MeeGo est avant tout de fournir une plateforme technique stable, mais pas nécessairement une interface unifiée pour l’ensemble des terminaux visés. Certains éléments communs pourraient être conservés (jeux de couleurs, picto et typo, barre d’état…) mais le pari de proposer une interface unique me semble intenable (Microsoft s’y est cassé les dents avec Windows). Attendons de voir s’ils se lancent dans la publication de design guidelines (qui pourraient être très intéressantes)…

    MàJ (01/07/2010) : De nouvelles captures d’écrans viennent d’être publiées pour illustrer l’interface de la version smartphones de Meego  : MeeGo Handset Project Day 1 is Here.

    Nouvelles captures d'écrans de MeeGo pour smartphone

    Pas de gros changement par rapport à la précédente version mais un réel effort d’épuration de l’interface et une identité visuelle bien marquée (qui diverge toujours des autres versions).

    /!\ Article initialement publié sur SimpleWeb.fr.

    Qualcomm à l’assaut des smartbooks et de la convergence mobileCommentaires fermés

    J’ai eu ce matin une discussion très intéressante avec Jean Viraldi et Fabien Darrigues de chez Qualcomm (merci à Cédric pour avoir organisé la rencontre). Pour vous la faire courte, Qualcomm est spécialisée dans la conception et la fabrication de solutions de télécommunication mobile (ils sont entre autre inventeur de la norme CDMA et représente 1/3 des parts de marché des puces qui équipent les terminaux mobiles). Ils sont donc tout à fait légitime pour imaginer et concevoir les outils de communication de demain, et ça tombe car ce sujet me passionne en ce moment (cf. 2010 sera-t-elle l’année de l’informatique nomade et polymorphe ?).

    La fin de l’ère x86 et le basculement vers l’informatique nomade / mobile

    Intel a régné sans partage sur le monde des ordinateurs ces 30 dernières années grâce à l’architecture x86 (sur laquelle repose les familles de processeurs Intel mais aussi Cyrix, AMD, VIA…). Aujourd’hui les conditions de marché sont différentes dans la mesure où il y a bien plus de terminaux mobiles que d’ordinateurs. Les smartphones se sont ainsi imposés comme les ordinateurs de poche de notre quotidien, il s’en vend bien plus que d’ordinateurs (plus d’1,2 milliards de téléphones vendus en 2009). De même, les netbooks ont montrés les limites de l’architecture x86 en terme d’autonomie et de performances. Entendons-nous bien : Nous ne parlons pas de performance pure (un indicateur du siècle dernier) mais du ratio entre puissance et consommation. Et à ce petit jeu là, les architectures ARM sont imbattables car elles ont été conçues dans cette optique.

    L’année 2010 (et dans une certaine mesure l’année 2009) sera donc la charnière entre l’ère des PC (Personnal Computer = architecture x86) et l’ère des terminaux mobiles (architecture ARM). Nous ne parlons pas ici d’un remplacement mais plutôt de l’inversement de l’échelle des valeurs : Les plus gros enjeux et les plus belles opportunités sont à chercher du côté des terminaux mobiles plutôt que du côté des ordinateurs où les marges sont plus faibles et où les modèles économiques s’épuisent.

    À partir de là, la bataille ne va pas se dérouler autour des smartphones (car l’offre arrive à saturation) mais plutôt autour de nouveaux formats de terminaux dont vont découler de nouveaux services et usages : Smartbooks, touchbooks, webbooks, Personal Mobile Television, Personal Internet Viewer… les possibilités sont innombrables et nous n’en sommes qu’au début de l’informatique mobile, nomade et résidentielle.

    xbook

    Smartphone + Netbook = Smartbook

    J’ai déjà eu l’occasion de vous parler des smartbooks, cette nouvelle génération de terminaux mobiles qui vont venir s’intercaler entre les smartphones et les netbooks. Après en avoir discuté avec différents interlocuteurs, j’ai maintenant la conviction qu’ils appartiennent définitivement à la grande famille des terminaux mobiles et qu’ils vont ainsi bénéficier de l’héritage culturel des téléphones (par opposition à l’héritage culturel des ordinateurs et leur fascination pour la puissance “brute”). Les premiers concepts de smartbooks faisaient apparaitre des terminaux hybrides dont on ne savait pas trop à quelle famille ils étaient rattachés :

    qualcomm-smartbooks

    Maintenant que nous avons un premier terminal “viable” qui va être très prochainement lancé sur la marché (le AirLife de HP-Compaq), les contours de ce segment semblent encore plus ambigus avec un aspect très proche des netbooks mais des détails rappelant fortement les smartphones (système d’exploitation Android, écran tactile, boutons “Home” et “Menu” sous le pavé tactile…) :

    compaq-airlife

    Toujours est-il que même si la différence avec les netbooks est subtile, elle est pourtant bien réelle : Les netbooks sont des terminaux nomades alors que les smartbooks sont des terminaux mobiles. Il y a ainsi deux différences majeures dans les usages :

    • Les terminaux nomades sont connectés de façon ponctuelle (on les allument pour s’en servir) alors que les terminaux mobiles sont allumés toute la journée et même la nuit (ils restent en veille et on les recharge une fois par jour) ;
    • Les terminaux nomades utilisent des technologies de communication pull (WiFi) alors que les terminaux mobiles utilisent des technologies de communication push (SMS, alertes…).

    Ces deux différences font que l’on peut classer les terminaux dans une catégorie ou l’autre. Les smartbooks sont donc de gros smartphones et non des netbooks connectés. Qualcomm a monté une business unit dédiée à l’évangélisation des smartbooks et je compte bien suivre ça de très près car ils préfigurent l’avenir de l’internet mobile et certains analystes sont déjà très optimistes : 163 Million Smartbooks Expected to Ship in 2015.

    Vers la 4G et après ?

    Comment parler de terminaux mobiles sans aborder les normes ? Le Mobile World Congress de Barcelone a été l’occasion de dévoiler au grand public la roadmap vers la téléphonie mobile de quatrième génération, celle qui va autoriser des débits supérieurs à 50 Mbits/s. La norme LTE (Long Term Evolution) semble donc être bien partie pour assurer la transition entre L’HSDPA et… une version plus aboutie baptisée provisoirement LTE Advanced.

    Vous seriez en droit de me dire que la course au haut débit en situation de mobilité n’est pas une finalité (après tout l’important c’est la ratio entre débit et consommation) mais la proposition de valeur de la norme LTE est de proposée une consommation inférieure pour des débits équivalents à la 3G ou la 3,5G. Une aubaine pour les smartbooks et autres terminaux mobiles cherchant à maximiser leur autonomie.

    Outre les usages data où le débit n’est jamais assez élevé (LTE sera la norme de référence pour les modems-clés USB en 2011), la vidéo semble être un bon prétexte pour cette course à la bande passante. Que neni, car les réseaux de télécommunication ne supporteront jamais une montée en charge à grande échelle. Pour de la vidéo en situation de mobilité dans des conditions viables, il faudra plutôt chercher du côté de normes broadcast comme DVB-H plutôt que de rêver à une hypothétique solution viable d’unicast. Pour le moment le déploiement semble au point mort en France, mais les États-Unis semblent avoir prit une longueur d’avance avec des services déjà opérationnels comme le Flo-TV de Qualcomm.

    flo_tv

    Attendez-vous à voir débarquer des smartphones compatibles dès l’année 2010…

    Deux autres gros segments à adresser : Feature phones et eBooks

    En plus des smartphones, smartbooks et Personal Mobile Television, Qualcomm s’intéresse également à deux autres segments très porteurs : Les feature phones et les ebooks. Pour votre information (j’ai découvert ça la semaine dernière),feature phone” est le nouveau terme à la mode pour désigner les smartphones low-cost (moins de 100 $). On n’en parle pas beaucoup dans les médias, mais les feature phones représentent les 3/4 des parts de marché. Un segment moins sexy que celui des smartphones mais avec une intensité concurrentielle bien inférieure car l’écosystème est encore atomisé.

    Pour bien comprendre les conditions de marché, il faut s’intéresser aux systèmes d’exploitation : Là om l’on compte pas moins de 6 acteurs pour les smartphones (Google / Android, Apple et iPhone, RIM / BlackBerry, Nokia / Symbian, Palm, Microsoft / Windows Mobile,  Samsung / Bada) et il s’en créé encore (à l’image de MeeGo). Pour les feature phones la situation est différente puisque les OS varient d’un combiné à l’autre et qu’il n’y a pas réellement d’offre uniformisée. Qualcomm s’est donc lancé sur ce créneau avec Brew Mobile Platform, l’évolution de son système d’exploitation “maison”. Une solution particulièrement compétitive car adaptée aux “faibles” capacités hardware des feature phones qui ne peuvent s’offrir des composants trop onéreux.

    Faible coût ne rime pas forcément avec compromis sur la qualité de l’interface puisque la Brew MP est capable de faire tourner Flash Lite mais également Adobe Mobile Client pour les Rich Mobile Applications. Le tout récent HTC Smart est ainsi propulsé par Brew mais propose une interface très proche d’Android, on s’y tromperait !

    HTC_Smart

    La prochaine étape logique pour la Brew MP devrait être une application store centralisée.

    Autre segment en pleine ébullition : les eBooks. Alors que la blogosphère n’en finit plus de prédire le déclin du Kindle (équipé d’un écran à encre électronique) face à l’iPad (équipé d’un écran à LED), Qualcomm s’apprête à rentrer dans la danse avec une technologie d’affichage intermédiaire baptisée Mirasol. Cette technologie repose sur des membranes réflectives combinée à un système de rétro-éclairage à basse consommation qui autorise un excellent contraste en plein soleil, une grande autonomie, un affichage en couleur avec un taux de rafraichissement suffisant pour faire de la vidéo.

    qualcomm-mirasol

    Pourquoi la vidéo est-elle importante dans le contexte des ebooks ? Tout simplement parce que vidéo = belles pubs = revenus suffisant pour financer des contenus de qualité. Là où  le Kindle sera enfermé dans sa niche de livres / journaux payants, les terminaux équipés d’écran à technologie Mirasol seront plus versatiles (magazines et BD digitalisés) et plus confortables que l’iPad. Lancement prévu en fin d’année.

    2010, l’année de la convergence mobile ?

    Smartphones, smartbooks, personal mobile television, feature phones, ebooks… Qualcomm est petit à petit en train de se positionner sur tous les segments à fort potentiel pour s’imposer comme l’outsider de référence par rapport à des acteurs sur-médiatisés (Google, Apple, Microsoft). En proposant une plateforme intégrée (la fameuse puce SnapDragon) Qualcomm se positionne à la croisée de nombreux usages :

    • Informatique (au travers de nombreuses applications disponibles sur des systèmes d’exploitation compatibles comme Android) ;
    • Internet (avec la connectivité permanente) ;
    • Multimédia (avec des composants dédié au codage / décodage audio et vidéo) ;
    • TV (avec le réseau MediaFlo) ;
    • Jeux (les capacités 3D des composants graphiques sont largement suffisantes pour ça) ;
    • Édition (grâce à sa technologie d’affichage)…

    Tout ceci est très encourageant, et il ne manque plus qu’un domaine d’activité pour compléter ce tableau : La santé. Avec le vieillissement de la population et l’allongement de l’espérance de vie, ce sont des centaines des milliards de papy-boomers qui seront concernés par la nouvelle génération de terminaux à usage pseudo-médical :

    • Des téléphones simplifiés (avec de grosses touches) équipés d’une puce GPS et d’un bouton d’appel pour pouvoir facilement localisé et aider des personnes âgées en difficulté (subissant un malaise ou s’étant perdues car victime de la maladie d’Alzheimer) ;
    • Des visiophones simplifiés capables de faire du diagnostique à distance (comme le Health d’Intel) ou de retransmettre les constantes vitales de capteurs portées en permanence.

    Outre les applications évidente pour les personnes du troisième âge, ce types de terminaux peut intéresser les pouvoirs publics qui y trouverait un avantage économique (cela coûte beaucoup moins cher de surveiller un patient à son domicile plutôt que dans une chambre d’hôpital). Ces terminaux seraient donc potentiellement subventionnés par la sécurité sociale dans le cadre de la médecine ambulatoire.

    Plus que jamais je suis intimement convaincu que nous sommes à l’aube de gros changements dans notre façon d’appréhender les outils informatiques et de penser / concevoir les services qui accompagneront ces nouveaux usages.

    /!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.

    2010 sera-t-elle l’année de l’informatique nomade et polymorphe ?Commentaires fermés

    Après presque 30 années de domination sans partage, j’ai comme l’impression que l’outil informatique traditionnel (écran + clavier + souris) est en train de sérieusement se ringardiser. Le couple Windows – Intel semble en effet avoir atteint son apogée et l’on se dirige tout droit vers un nouveau cycle d’innovation pour faire émerger de nouvelles catégories de terminaux et de nouveaux usages.

    De l’internet mobile à l’internet nomade

    Je pense ne pas me tromper en disant que la révolution mobile a fait long-feu en France et dans les pays occidentaux en général. Autant l’Asie a connu un formidable essor des services mobiles dans les années 2000 (principalement en Corée du Sud et au Japon), autant le WAP évoque un demi-échec (lire à ce sujet Ne confondez plus internet mobile et internet en situation de mobilité). Mais ne parlons plus du passé et tournons-nous vers l’avenir car l’avènement de l’iPhone et des netbooks a permit au marché de comprendre qu’il n’est pas forcément nécessaire d’avoir un écran de 19″ et un processeur à quadruple-coeur pour profiter de services en ligne dans de très bonnes conditions. L’idée étant de compenser du débit et de la puissance par de l’autonomie et de la praticité (il faut 30 secondes pour allumer son iPhone et relever ses mails).

    De plus, je note une forte volonté des industriels de sortir de l’impasse du web gratuit où les producteurs et distributeurs de musique, films, séries TV, news… s’arrachent les cheveux pour trouver des modèles économiques viables sur un média où les utilisateurs sont habitués au tout gratuit. Les conditions de marché semblent donc réunies pour initier la révolution de l’outil informatique et sortir de la domination du PC (dans le sens “Personnal Computer“).

    Bien évidement il existera toujours et nous continuerons à utiliser des ordinateurs (fixes ou portables), mais ils devront partager leur part d’audience avec d’autres types de terminaux qui nous permettrons de consommer des contenus, d’exploiter des services et de prolonger nos interactions sociales dans d’autres contextes. Ces terminaux nous les connaissons déjà (smartphones, netbooks, touchbooks, terminaux grand public ambiants…) mais leur prolifération et la part d’usage que nous leur réservons va petit à petit augmenter et inverser la tendance.

    allbook

    Eric Schmidt, PDG de Google, a ainsi déclaré que l’avenir de l’internet était au mobile. Ce n’est pas également un hasard si Steve Jobs a annoncé en ouverture de sa dernière keynote qu’Apple était une société de terminaux mobiles. Non pas que ces patrons ne croient plus en l’informatique “traditionnelle”, mais plutôt que les meilleures opportunités sont à chercher en dehors du cadre des ordinateurs tels que nous les connaissons (avec écran, clavier et souris). L’approche de services morcelés en widgets (ou applications chez Apple) semble en effet beaucoup plus facile à contrôler (d’un point de vue modèle économique).

    Nous ne parlons pas seulement des terminaux qui tiennent dans la poche et que nous trimbalons partout avec nous, mais plutôt des terminaux à encombrement réduit et à grande autonomie qui peuvent servir partout mais dont l’essentiel des usages se fait en intérieur dans votre salon ou chambre (à l’image des consoles de jeux portables comme la Nintendo DS). L’avantage de ces terminaux est de supprimer toute dépendance aux fils (alimentation, réseau), nous parlons plus ainsi d’internet nomade plutôt que d’internet mobile.

    Une course à la taille critique pour les systèmes d’exploitation

    Il en va de même pour l’iPhone, terminal mobile de référence qui est également capable de rendre de très bon services d’appoint pour vous éviter d’avoir à démarrer votre ordinateur (regarder la météo ou le programme TV, vérifier ses emails ou Twitter, jouer 5 minutes…). L’iPhone et son modèle de distribution fermé fait ainsi beaucoup d’envieux. Nombreux sont ceux qui aimeraient bien réitérer cet exploit à l’image de Palm, Blackberry ou encore de cette alliance entre 24 opérateurs pour lancer une plateforme ouverte d’applications sur mobiles. Le but de la manoeuvre est de créer un marché-cible suffisamment grand pour créer un écosystèmes de développeurs et d’éditeurs d’applications.

    OK très bien, mais il va falloir faire preuve de plus d’ambition pour convaincre le marché. D’autant plus que cette alliance ne prend en compte qu’une partie de l’équation (les terminaux mobiles). Je suis ainsi beaucoup plus attentif au tout récent partenariat entre Nokia et Intel pour fusionner leurs systèmes d’exploitation respectifs (Maemo et Moblin) en une plateforme unifiée du nom de MeeGo.

    MeeGo
    MeeGo, le système d'exploitation multi-terminaux

    L’idée est de construire sur un noyau Linux une architecture logicielle suffisamment souple pour s’adapter à différents types de terminaux connectés :

    MeeGo-Architecture
    L'architecture logicielle de MeeGo

    En proposant une plateforme logicielle unique pour un grand nombre de terminaux (smartphones, netbooks, TV et véhicules connectés…), Nokia/Intel s’assurent ainsi un soutien de nombreux développeurs et éditeurs souhaitant toucher un maximum de cibles et décliner leurs applications sur un maximum de terminaux en un minimum de temps. Nous allons donc très probablement assister à une course à la taille critique. Je ne pense pas qu’un système va écraser les autres mais plutôt une configuration où le marché est réparti entre 4 à 5 OS.

    Des terminaux polymorphes pour contenter le plus grand nombre

    À partir du moment où le “problème” du système d’exploitation (et du nombre d’applications disponibles) est résolu, rien n’empêche les industriels de segmenter le marché à l’infini et de proposer différents formats de terminaux pour cibler de façon plus fine les différentes niches de clients.

    Des touchbooks pour petits et grands
    Des touchbooks pour petits et grands

    Le but de la manoeuvre est de proposer des machines parfaitement adaptées aux clients-cibles. Ça fonctionne donc pour les petits avec le iXL de Play Fish mais ça pourrait aussi fonctionner pour les séniors ou n’importe quelle autre niche.

    Et puisque l’on parle de segmentation, impossible de ne pas évoquer le tout récent Windows Phone de Microsoft. Conscient du retard accumulé avec Windows mobile, les équipes de Microsoft ont pris la décision radicale de faire table rase du passée et de proposer un tout nouveau concept avec cette téléphone grand public propulsé par le système d’exploitation du Zune.

    wp7_startscreen

    Sage décision car le marché des smartphones sur-puissants à vocation BtoB commence à être sacrément bouché (Symbian, Android, BlackBerry, Palm). C’est donc un coup de maître de la part de Microsoft qui rompt définitivement l’héritage culturel de Windows et Office pour se montrer sur un nouvel angle (Xbox, Zune, Facebook). Ce nouveau positionnement grand public et plus abordable en terme de sophistication et de prix va permettre à Microsoft de réduire considérablement la pression concurrentielle en s’attaquant au middle-market (situé entre les téléphone basics et les smartphones).

    Nouveaux usages = nouveaux revenus (ou pas)

    Je n’ai pas eu la chance de participer au grand raout annuel de la mobilité à Barcelone (le Mobile World Congress), mais les comptes-rendus que je peux lire à droite et à gauche (cf. Mobile World Congress: some thoughts on day 1) me laissent penser qu’une nouvelle vague d’innovation est en train de déferler avec beaucoup d’investissements dans le software, une segmentation plus fine et une réflexion de fond sur les usages. Et même si les terminaux sont globalement plus intelligents, la sur-enchère technologique semble être compensée par des approches marché plus pertinente : Moins de puissance mais plus d’autonomie, de confort, d’adéquation…

    L’innovation s’accélère, et les géants du monde informatique (Google, Apple, Microsoft) ne compte pas se laisser distancer. Pourquoi ? Tout simplement car cette vague de terminaux alternatifs va avoir une conséquence directe sur les revenus générés par la vache à lait du web : la recherche. Autant les ordinateurs sont parfaitement équipés pour faire une recherche dans de bonnes conditions (clavier complet pour saisir les mots-clés, large écran pour afficher les résultats, souris pour naviguer dans les résultats), autant sur un touchbbok ou un smartphone c’est complètement différent car les périphériques de saisie / d’affichage rendent la recherche plus délicate.

    Nous sommes ainsi dans une dynamique de découverte plutôt que de recherche. Les géants comme Google, Apple et Microsoft investissent massivement pour ne pas perdre le contrôle de l’interface et se réserver des espaces de valorisation et de mise en avant du contenu. Les bannières et autres mots-clés sponsorisés vont donc être remplacés par des têtes de gondoles. Qui s’en plaindra ?

    Un nouveau paradigme de l’outil informatique

    Les 10 dernières années ont été consacrées au perfectionnement des services et contenus web consommés au travers d’un ordinateur. Les 10 prochaines années seront consacrées à la découverte de nouveaux services / contenus et à l’appropriation de nouveaux types de terminaux aux contraintes et spécificités très variées. Tout ceci vous semble peut-être un peu lointain, mais je vous donnes rendez-vous en 2020 pour faire le point sur ces usages nomades et surtout sur l’impact qu’ils vont avoir sur notre façon de concevoir, distribuer et consommer de nouveaux services et contenus. Peut-être engendreront-ils de nouvelles formes de dépendance ou de cyber-criminalité…

    Je suis en tout cas fermement convaincu que nous entrons dans une nouvelle ère, celle de l’informatique nomade, tactile et sociale. Il va donc nous falloir complètement ré-inventer les expériences utilisateur (interfaces et contenus) pour mieux coller à ce paradigme du marché.

    /!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.

    Avec Chrome OS Google se positionne sur l’outil informatique du futurCommentaires fermés

    Depuis l’annonce préliminaire de juillet dernier j’attendais avec impatience la sortie de Chrome OS, le système d’exploitation de Google (cf. Chrome OS, la pierre angulaire de l’empire Google). C’est maintenant chose faite avec une présentation publique en fin de semaine dernière dont vous trouverez une retranscription complète ici : Live From Google’s Chrome OS Event.

    Chrome = Chrome OS

    Pour faire simple disons que ce système d’exploitation n’est ni plus ni moins que le navigateur que nous connaissons déjà (Chrome). Comprenez par là qu’avec Chrome OS vous pourrez faire tout ce que vous avez envie de faire… du moment que ça se passe dans le navigateur (Chrome), en d’autres termes : applications et stockage en ligne obligatoires.

    Dans leur façon de présenter les choses, ils ont retiré tout ce qui n’était pas nécessaire pour ne garder que l’essentiel (le navigateur). Donc dans l’absolu, Chrome OS est plus un navigateur augmenté qu’un système d’exploitation diminué. Le principal bénéfice avancé est que Chrome OS sera hyper-rapide à démarrer et ultra-sécurisé (du moins autant que Chrome). Le principal inconvénient est de… ne pas réellement proposer la même chose qu’un autre système d’exploitation.

    Comparaison OS / Chrome OS
    Comparaison OS / Chrome OS

    L’interface de Chrome OS ressemble donc forcément beaucoup à Chrome :

    L'interface de Chrome OS
    L'interface de Chrome OS

    Les seules différences notables viennent des indicateurs de charge en haut à droite et de l’onglet d’applications en haut à gauche :

    L'onglet applications de Chrome OS
    L'onglet applications de Chrome OS

    Vous noterez la possibilité de “figer” des onglets pour vos applications favorites (Gmail, Google Docs…) :

    Zoom sur le système d'onglets de Chrome OS
    Zoom sur le système d'onglets de Chrome OS

    Pour en savoir plus, je vous recommande cette vidéo sur la philosophie de l’interface :

    Sinon dans les grandes lignes Chrome OS ne pourra pas être téléchargé et installé (il faudra utiliser un matériel spécifique dont nous n’avons pas encore les spécifications si ce n’est que ces machines devront être obligatoirement équipées de disques SSD), la version définitive ne sortira qu’en fin d’année prochaine mais le code source est d’ores et déjà disponible en open source.

    Pour une revue plus complète des détails, je vous propose de lire ces articles :

    Ce dernier article m’interpelle particulièrement car il est mentionné en fin d’article que tout ce que proposera Chrome OS sera également disponible dans Chrome (donc pour Windows, Mac OS…). Une information non-négligeable mais dont je n’ai trouvé confirmation nulle part ailleurs.

    Chrome OS n’est qu’une pièce du puzzle

    Si nous résumons bien : Google Chrome repose entièrement sur Chrome donc hérite de ses fonctionnalités, il ne tournera que sur du matériel adapté (visiblement au format netbook et sans disque dur) qui imposera le stockage en ligne (ils disent “data-on-the-cloud” parce que ça fait plus chic) et les applications en ligne (de préférence celles de Google). Chrome OS est donc la pierre angulaire de nombreux produits et services de Google que nous pouvons résumer avec l’équation suivante :

    Chrome OS = Chrome + Gears + NaCl + Storage

    À cette liste devraient pouvoir s’ajouter les technologies en cours de finalisation (comme le protocole SPDY qui est censé améliorer les performances de HTTP ou encore O3D). En fait la liste est très loin d’être complète… du moment que cela ne rentre pas en concurrence avec Android, l’autre système d’exploitation de Google mais pour les terminaux mobiles. Peut-être est-ce cette proximité dans la gamme de produits de Google que les membres de l’équipes se sont sentis obligés de préciser que les futurs machines “compatibles” Chrome OS seraient au format netbook mais avec un écran légèrement plus grand (au moins 11″).

    La répartition du marché selon Google
    La répartition du marché selon Google

    Donc si l’on décortique le schéma ci-dessus : les géants se battent pour les extrêmes (sur le segment des laptops et téléphones mobiles) alors que Google cible plutôt les offres intermédiaires (netbooks et tablets). Ce schéma prend tout son sens quand on apprend que Sergey Brin aurait évoqué à demi-mot la probable fusion d’Android et de Chrome Os dans un avenir proche : Brin evoque une fusion d’Android et Chrome OS.

    Malgré ces précisions les premières réactions sont tout naturellement tournées vers l’impact de ce lancement (prochain) sur le marché des netbooks :

    Mais attention à ne pas tirer de conclusions hâtives : Chrome OS n’est pas réellement concurrent de Windows mais plutôt de Windows sur netbook.

    Pas réellement un concurrent de Windows (ni de Mac OS)

    Je rejoins tout à fait l’avis de Ars Technica sur le fait que les équipes de Google ont opté pour un positionnement radicalement différent de Windows (ou de Mac OS) : oubliez votre desktop, l’avenir de l’informatique est dans les nuages. Pour résumer une longue histoire disons qu’après 20 ans de règne sans partage, Microsoft a érigé des barrières à l’entrée tellement hautes autour de son Windows que plus personne ne peut prétendre  l’en déloger. Il y a bien évidemment Apple mais son Mac OS n’a pas réellement cette ambition et se contente bien de son positionnement de niche (pour des raisons trop longues à lister dans cet article). Comprenez par là que Windows est et restera le système d’exploitation de référence pour les ordinateurs de type “desktop” et ce jusqu’à la disparition de ce segment de marché (probablement dans une dizaine d’années).

    La disparition des desktops ? Oui tout à fait, les ordinateurs tels que nous les connaissons sont condamnés à disparaitre : trop cher à produire (surtout avec la raréfaction des matières premières à prévoir), trop gourmands en ressources, pas réellement adaptés à la réalité de ce que vont devenir les usages de l’informatique dans les années à venir. Le pari de Google est donc de se positionner en avance de phase et de miser sur la prochaine génération d’outils informatique : les netbooks XL. L’idée étant de ne pas faire supporter au client le cout de composants et logiciels permettant de supporter des tâches “lourdes” mais dont le grand public ne se sert quasiment jamais (Photoshop, montage vidéo, conception 3D…).

    Regardez l’effervescence autour des médias sociaux (publication et partage de contenus, sociabilisation…) et des services “on-the-cloud” (données, musique…) et vous aurez une idée de ce à quoi ressemblera l’informatique grand public dans 10 ans. Bien évidemment il y aura toujours des “gros” ordinateurs pour faire tourner les applications professionnelles mais l’essentiel de ce que l’on pourra faire sera calculé sur des serveurs et délivré sur un machine “légère”. Alors vous pourriez bien me dire “peut-être mais moi je ne me séparerais jamais de ma musique que j’ai encodé avec mes petits doigts depuis ma médiathèque de 450 CD“, et je vous répondrais “ha mais moi non plus !“. Par contre ça sera complètement différent pour le commun des mortels (les djeunz de nos jours) qui n’ont jamais possédé de CD (ou encodé eux-mêmes des MP3).

    Donc si je récapitule : la configuration de marché actuelle (majorité de desktops, minorité de netbooks) va s’inverser (majorité de netbooks, minorité de desktops). Il reste le cas particulier des jeux vidéos, principal vecteur de prescription des grosses configurations, mais quand on regarde la qualité des jeux auxquels il est possible de jouer en ligne (Dofus, Poptropica… et tout ce que nous réserve les Rich Internet Games), le raz-de-marée des casual / social games, la chute du prix des consoles… on se dit que cette configuration de marché là peut également changer (en évoluant notamment vers le cloud gaming).

    Bref, l’avenir de l’informatique grand public est à chercher du côté des netbooks (pas des desktops) et Windows est plutôt mal parti de ce côté là, même avec Seven. Reste encore à Google à trouver l’équilibre entre prix, puissance et autonomie. Le facteur prix est forcément limité car la future tablet d’Apple va rafler le haut du marché (=> moins de 500 $). Le facteur autonomie est impérativement à privilégier pour se démarquer des laptops low-cost (=> plus de 8 h). Reste la puissance qui peut être modulée, et elle le sera à la baisse car il faudra impérativement doter ces machines compatibles Chrome OS d’une connexion permanente (Wi-Fi, 3G…) pour que l’alternative data-on-the-cloud soit à peu près crédible.

    En tout cas le moins que l’on puisse dire est que ce positionnement radical divise la communauté :

    La concurrence est déjà là

    Si les netbooks sont donc l’avenir de l’informatique grand public, et je le pense fortement, la bataille va donc être rude pour Google car plusieurs acteurs sont déjà sur le coup (cf. Intel et Jolicloud à la recherche de l’interface parfaite pour les netbooks) :

    Bref, il ne sera pas si simple de s’imposer sur ce créneau à fort potentiel. Et ce n’est rien de le dire car nous n’en sommes qu’aux prémices d’un changement radical dans notre façon d’exploiter l’outil informatique et les services en ligne. Changement tellement grand qu’il nécessitera plusieurs galops d’essais, et Google vient juste d’en faire un tout petit. Il reste donc un énorme travail à accomplir, et surtout un marché à faire évoluer.

    /!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.

    Quelle interface pour le système d’exploitation de demain ?Commentaires fermés

    Avec la sortie prochaine de Chrome OS (le futur système d’exploitation de Google pour les netbooks) le débat est relancé sur l’évolution des interfaces des systèmes d’exploitation. Ou plutôt devrais-je dire sur la non-évolution des interface. Et oui, car force est de constater qu’en plus de 25 ans la logique des interfaces de nos systèmes d’exploitation n’a pas beaucoup évoluée : la résolution et le nombre de couleurs ont été améliorés, de même que les traitements graphiques (ombrages, reflêts, transparence…), mais tout repose sur le même triptyque : menus, icônes et fenêtres.

    Quasiment pas de réelles innovations en 20 ans

    Tout a commencé en 1981 avec le bureau 8010 Star de Xerox conçu au légendaire PARC (cf. Operating System Interface Design Between 1981-2009) :

    Xerox8010.gif
    L'interface 8010 Star de Xerox

    Cette interface a par la suite été récupérée et adaptée par Microsoft avec Windows dont le règne a commencé avec Windows 3 :

    windows3.gif
    L'interface de Windows 3

    Ici l’interface du futur Windows 7 qui n’apporte pas grand chose de neuf depuis l’apparition du bouton “Start” à partir de la version 95 :

    Windows7.jpg
    L'interface de Windows 7

    Chez Apple c’est la même chose, lorsque l’on y regarde de plus près, tout était déjà en place à partir de 1984 avec le Mac OS 1 :

    MacOS1.gif
    L'interface de Mac OS 1

    Nous sommes maintenant à la version 10.6 mais les fondamentaux sont toujours les mêmes (menu en haut, fenêtres avec les boutons dans le coin supérieur gauche, corbeille…) :

    MacOS-Leopard.jpg
    La dernière version de l'interface de Mac OS X

    Bon OK, il y a bien le Dock qui a fait son apparition, mais c’est tout.

    La 3D est-elle une solution ?

    Depuis quelque temps nous commençons à voir arriver la 3D pour faire rentrer toujours plus de bordel fenêtres sur un seul écran avec notamment le très impressionnant KDE 4.2 reposant sur un noyau Linux :

    KDE_42.jpg
    Le bureau en 3D de KDE

    La rumeur prétend qu’Apple travaillerait sur une version pseudo 3D de son Mac OS (Bientôt un bureau en 3D chez Apple ?) :

    MacOS_3d.jpg
    Prototype de version 3D pour le Mac OS

    Même si la 3D apporte du sensationnel à l’interface, je doute qu’elle révolutionne le genre.

    Nouveaux usages = nouvelles interfaces

    En fait si les interfaces de nos systèmes d’exploitation n’ont pas beaucoup changées, c’est parce que les ordinateurs et les usages qui vont avec n’ont pas beaucoup changés : un écran, un clavier, une souris et des applications. Oui mais voilà, avec l’apparition des netbooks, les usages sont progressivement en train de changer. Et pour accompagner ces changement, les interfaces doivent s’adapter et prendre en compte le contexte et les habitudes de consommation des utilisateurs : mobilité, plateformes sociales…

    Jusqu’à présent les quelques tentatives d’adaptation de systèmes d’exploitation n’étaient pas réellement convaincantes (du très rébarbatif Windows XP au simplissime Xandros), veines tentatives pour faire rentrer au chausse-pied des interfaces XL dans des machines XS. Heureusement qu’Intel a décidé d’investir pour développer Moblin, une interface novatrice qui colle beaucoup mieux aux coques des netbooks (cf. Intel et Jolicloud à la recherche de l’interface parfaite pour les netbooks).

    Plusieurs innovations sont tout à fait remarquables dans cette interface next-gen, tout d’abord le tableau de bord (baptisé MyZone) qui présente un condensé d’informations et un accès simplifié aux principales fonctions :

    Moblin_MyZone.jpg
    La page de démarrage de Moblin

    Cette page de démarrage est divisée en quatre espaces :

    • En haut la toolbar à mi-chemin entre un site web (pour les onglets) et un téléphone portable (pour l’heure et les icônes en haut à droite) ;
    • Sur la colonne de gauche, les activités récentes (RDV et applications récentes) ;
    • Sur la colonne centrale, les derniers sites web visités et fichiers ouverts ;
    • Sur la colonne de droite, les dernières infos en provenance de votre social graph.

    Deux caractéristiques sont à retenir de cette interface : un fort contraste (pour ceux qui utilisent leur machine en extérieur) et des zones d’interaction bien larges (pour faciliter l’usage du pavé tactile). Vous noterez que cette interface tranche avec les autres interfaces de systèmes d’exploitation (Windows, Mac OS, Ubuntu…) dans la mesure où elle abandonne le principe d’icônes sur le bureau, de menu “Start” et autres side bar. C’est un changement majeur et l’inspiration semble plus venir du monde des mobiles que du monde des ordinateurs.

    Dans les autres améliorations notables je citerais également l’onglet Network Connection qui est un modèle d’intuitivité et d’efficacité :

    Moblin_Network-connection.jpg
    L'interface de connexions réseaux de Moblin

    Les plus observateur reconnaitront dans cet écran l’héritage de l’iPhone mais force est de constater que les équipes de Intel ont fait un travail remarquable pour intégrer dans cette interface les usages courant des utilisateurs (status update, friends list, media gallery…).

    Il ne manque plus à ce Moblin que la prise en compte d’un écran tactile pour réussir le tour de force d’aligner l’interface d’un système d’exploitation avec les usages des utilisateurs. Je dois bien avouer être plus qu’enthousiasme face à ce Moblin qui préfigure un réel renouveau du genre. Attendons de voir ce qu’Apple va faire avec son futur netbook / tablet prévu pour octobre…

    /!\ Article initialement publié sur SimpleWeb.fr.

    Chrome OS, la pierre angulaire de l’empire GoogleCommentaires fermés

    Cela fait à peine 24 H que l’annonce de Chrome OS a été faite et pourtant les avis convergent en ce qui concerne les intentions de Google : réinventer l’outil informatique et les usages des services en ligne. En fait cela avait déjà commencé avec l’annonce de Wave, mais cette entreprise ne se fera pas en un jour (ni en un an).

    Chrome OS ?

    Reprenons depuis le début avec ce que nous savons sur Chrome OS :

    • Ce n’est pas un nouveau système d’exploitation mais une nouvelle interface graphique reposant sur un noyau Linux ;
    • Il sera gratuit (normal car les équipes de Google comptent s’appuyer sur la communauté pour le finaliser) ;
    • Il pourra tourner sur un netbook et plus si affinités (grâce au support des processeurs ARM en plus des architecture x86 d’Intel) ;
    • Il reposera essentiellement sur le navigateur Chrome qui servira d’environnement d’exécution pour des applications en ligne “standards” (HTML ou Flash) ou spécifiquement conçues pour Chrome (sous-entendu reposant sur les technologies Google comme NaCl ou avec le futur HTML 5) ;
    • Il devrait sortir pour mi-2010.

    Nous ne savons donc pas encore grand chose sur Chrome OS, toujours est-il qu’il serait illusoire de croire que Google a la capacité de nous sortir un système d’exploitation en à peine un an car c’est un chantier titanesque qui demande des années et une armée de développeurs.

    Pourquoi cibler les netbooks ?

    Au-delà des taux de croissance très impressionnants annoncés par l’industrie, le marché des netbooks ressemble plus à une niche qu’à autre chose : 11 millions d’unités vendues en 2008 pour une prévision de 39 millions de machines en 2013 (Let’s all take a deep breath and get some perspective). C’est peu, à peine 1/10ème du marché des ordinateurs, mais c’est suffisamment gros pour s’y intéresser. D’autant plus que les netbooks n’ont pas encore trouvés leur place : les “observateurs” du marché s’acharnent à les faire passer pour des ordinateurs low cost alors que leur potentiel réside dans de nouveaux usages et surtout dans une nouvelle approche de l’outil informatique.

    C’est également un marché très instable apparamment dominé par Microsoft avec un produit en complet décalage avec le potentiel des machines. Pour résumer : les 97% de parts de marché de Microsot ne sont qu’un leurre, le grand public réclame Windows car c’est le seul OS qu’il connaisse mais donnez-leur un iPhone et il leur pousse des ailes. Tout ce qu’il manque aux netbooks c’est un acteur qui daigne investir de l’argent pour éduquer et convaincre les clients.

    C’est enfin un marché sur lequel Google peut compter sur des partenaires de taille : Des constructeurs (Acer, Asus, HP, Lenovo), des fabricants de puces (Qualcomm, Texas Instrument) et même un éditeur (Adobe).

    Quelques difficultés à prévoir

    Mais tout ne va pas être simple pour Google car le géant de la Silicon Valey devra faire face à de nombreuses difficultés, à commencer par les ressources : les équipes de Google ne peuvent pas être sur tous les fronts à la fois et la communauté risque de se lasser d’être sans cesse sollicitée (notamment comme cela a été le cas pour Android).

    Il y a ensuite le douloureux problème de la compatibilité des périphériques : Sera-t-il possible de faire fonctionner votre webcam, votre imprimante ou de brancher votre appareil photo numérique ? Difficile à imaginer, il faudrait alors que les constructeurs fournissent un effort considérable pour livrer les bons drivers.

    Il y a enfin le problème des marges très réduites sur le créneau des netbooks. Concrètement, avec un système d’exploitation gratuit Google cible le bas du marché. OK, mais comment vont-ils gagner de l’argent ? Autant iTunes est gratuit mais Apple gagne beaucoup d’argent avec (il faut payer d’un côté pour le hardware et de l’autre pour les musiques ou applications) autant si Chrome OS est gratuit, comment Google va-t-il dégager des revenus ? Certainement pas avec le matériel, ni avec les services puisque l’offre de Google est majoritairement gratuite.

    Pas réellement un concurrent pour Windows

    Malgré les apparences, Chrome OS n’est pas un concurrent de Windows mais plutôt de Linux. Au risque de me répéter : Faire tourner Windows sur un netbook est une aberration car cela limite fortement l’usage que l’on peut en faire (Les netbooks vont-ils amorcer la révolution du web 3.0 ?). Les netbooks n’ont pas besoin de Windows, mais Windows a besoin des netbooks pour maintenir les ventes. Et à ce petit jeu Microsoft est passé champion dans l’art de verrouiller un marché et d’étouffer la concurrence. Sauront-ils étouffer Google ? J’en doute, certainement pas avec Windows 7 qui ne prend pas en compte les spécificités des netbooks (contrairement à Moblin).

    Chrome_Windows.jpg

    Mais ne vous en faites pas pour Microsoft, ils ont d’autres tours dans leur sac (Five Reasons Why Microsoft Does Not Need To Worry About Google Chrome OS), à commencer par une grosse annonce à venir sur la prochaine version d’Office (qui sera très certainement disponible en mode SaaS : Why Chrome OS Now? Because Microsoft Office In The Cloud Comes Monday). Il y a de plus ce projet de navigateur chez Microsoft Research (nom de code Gazelle) qui se veut être le premier “browser-based OS” (Introducing Microsoft’s Gazelle, A Web Browser as a Multi-Principal OS) ça ne vous rappelle rien ?

    Pas du tout un concurrent pour Apple

    Vient ensuite logiquement la question de savoir si cette annonce ne va pas faire de l’ombre à Apple qui a toujours craché sur le segment des netbooks mais qui compte (d’après les rumeurs) sortir sa propre machine d’ici l’année prochaine. Rassurez-vous, cela ne va pas le moins du monde affecter Apple qui a toujours su se créer sa propre niche(Why Google’s Chrome OS Bomb Has Minimal Fallout On Apple). Traduction : Apple ne sortira pas de netbook mais un produit légèrement différent qu’il sera le seul à maitriser.

    D’un autre côté, le grand public est très friand des services simples et efficaces de Google, réussiront-ils à lancer une alternative crédible (la qualité d’Apple sans en payer le prix) ? Pas sûr dans la mesure où les consommateurs ne sont pas dupes : le Gphone est un très bel appareil, mais ce n’est pas un iPhone. Bref, tout ça pour dire que Google sait très bien faire du Google mais qu’ils ne rivaliseront jamais avec Apple.

    Le jeu sera-t-il le premier domaine d’application crédible pour les netbooks ?

    J’avais déjà exprimé en début d’année la possibilité d’une approche verticale pour les netbooks avec le marché des enfants. Je crois toujours fortement à cette hypothèse, tout comme celle d’une machine sponsorisée par des éditeurs de jeux. Le principe est simple :  proposer une offre à moins de 100€ pour un netbook avec des jeux pré-installés dessus.Disney le fait déjà, pourquoi pas Adibou ou Prizee ? (cf. Hands On With Disney’s Netbook for Kids)

    Disney_Netbook.jpg
    Le netbook pour les enfants de Disney

    Les netbooks ne sont pas des machines très puissantes, mais pour faire du casual games ils sont largement suffisants :How Will Google Chrome OS Change Gaming?. Rappelons de plus que Google compte intégrer O3D dans la prochaine version de Chrome, de quoi en faire un parfait candidat pour du Rich Internet Games.

    Une nouvelle génération de système d’exploitation pour une nouvelle génération d’ordinateurs

    Au risque de me répéter (bis) : les netbooks ne sont pas de petits ordinateurs (ni même de gros smartphones), ils piochent le meilleur de ces deux mondes pour proposer une nouvelle approche et surtout correspondent à de nouveaux usages. Inutile de se poser la question de savoir s’il sera possible de faire tourner Photoshop sur Chrome OS puisque de toute façon il ne tourne pas sur un netbook avec Windows XP, là n’est pas l’objectif des netbooks.

    Aujourd’hui c’est Intel avec son Moblin qui nous montre le vrai potentiel des netbooks : un usage intensif (exclusif ?) de services en ligne, une mobilité sans compromis et des applications à réinventer. Il y a aussi Jolicloud sur le créneau, mais leur approche n’est pas aussi poussée que celle d’Intel.

    moblin_v2.jpg
    L’interface révoltutionnaire de Moblin

    Il reste bien évidemment d’autres questions en suspens comme par exemple la possibilité de faire tourner des applications en ligne en mode déconnecté ou la gestion de la synchronisation, mais les travaux autour de HTML 5avancent à grand pas et le futur des applications next-gen est en marche. Quand Gmail est sorti il y a 5 ans, je ne me doutais pas qu’il allait me faire complètement oublier les logiciels de messagerie, et pourtant… jamais plus je ne reviendrais à un système de messagerie classique.

    C’est donc un pari sur l’avenir que Google fait en misant sur le tout en ligne (ou plutôt sur les applications légères) mais de toute façon leur Chrome Os est encore loin d’être prêt donc ils ont tout le temps pour continuer à préparer le marché.

    Conclusion

    S’il y a bien une chose dont je suis certain, c’est qu’à sa sortie Chrome Os ne va pas révolutionner le monde de l’informatique ou de l’internet. Ce chantier se gagnera sur le moyen terme (5 ans), tout comme c’est le cas pour Wave, un produit révolutionnaire mais qui mettra du temps avant de réveler son potentiel.

    J’ai également une autre certitude : Chrome OS va être la pierre angulaire de la stratégie de Google, le lien entre les différents services et le digne successeur de Google Desktop qui n’a pas réussi à s’imposer (mais qui aurait pu jouer ce rôle). En poussant la réflexion, on peut également se dire que Chrome est la pièce centrale d’un puzzle que Google élabore depuis de nombreuses années.

    Et si ce Chrome OS n’était qu’un galop d’essai ? Un échauffement pour une ambition encore plus vaste : Après les netbooks, les ordinateurs ? Pourquoi pas… d’ici là ils devront d’abord résoudre le problème de la compatibilité des périphérique et au moins lancer un site web, ça serait la moindre des choses !

    /!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.

    Google lance Chrome OS, un système d’exploitation pour netbooksCommentaires fermés

    Après de nombreuses rumeurs, voilà c’est officiel, Google vient de lancer son système d’exploitation pour netbooks : Introducing the Google Chrome OS. Ils ont pour ambition de repenser les systèmes d’exploitation. Nous ne savons pour le moment pas grand chose de ce projet, juste que son code-source sera publié en open source dans le courant de l’année (comme les autres projets Google) et qu’il sera disponible sur des produits grand public à partir du milieu de l’année prochaine.

    Quelques précisions sur ce projet :

    • Il fonctionnera sur les netbooks équipés de processeur x86 / Intel et ARM (contrairement à Moblin et Windows 7) ;
    • L’architecture logicielle repose sur un kernel Linux, un nouveau système de fenêtrage dont on ne connait pas les détails et Chrome ;
    • Il pourra potentiellement entrer en concurrence avec Android (qui a déjà été installé avec succès sur certains netbooks).

    Visiblement l’accent sera mis sur la rapidité (temps de démarrage), la sécurité (le choix de Linux semble judicieux) et les services en ligne (forcément puisque c’est un produit de chez Google). N’y voyez pas un premier pas vers un authentique système d’exploitation made in Google qui pourrait concurrencer Windows, ce Chrome OS n’est qu’une interface graphique posée sur un noyau Linux. Il existe déjà des acteurs ayant adopté la même stratégie comme gOS.

    ChromeOS.jpg
    Chrome OS dans votre netbook

    Et justement, puisque l’on parle de la concurrence : Windows 7 va être le premier touché, logique puisqu’ils ont près de 90% des parts de marché (cf. Google’s Biggest Direct Assault on Microsoft: Open Source Desktop OS Based on Chrome). Mais c’est surtout à Intel que je pense avec son tout récent Moblin. Intel est un acteur très puissant mais possède-t-il la même force de persuasion que Google ? De plus, Intel est avant tout un fournisseur de puces, pas de services, d’où des leviers peu efficients comparés à Google. Il y a ensuite Jolicloud qui repose sur une architecture similaire, mais le marché est grand et ces deux systèmes peuvent tout à fait cohabiter sans trop de se faire de tort (au même titre que Netvibes et iGoogle). Évacuons la concurrence probable avec Android : Chrome OS sera un système d’exploitation conçu et optimisé pour les netbooks, ce qui n’est pas le cas pour Android qui a été conçu pour tourner sur différents types de processeurs et surtout dont l’interface est adaptée aux contraintes des mobiles.

    asus_android_netbook.jpg
    Une relique du passé ?

    Le choix de “Chrome OS” comme nom n’est pas anodin : ils veulent privilégier au maximum les services en ligne et installer un minimum de choses sur la machine. Ceci va de pair avec la stratégie de Google et surtout avec la stratégie d’intégration verticale autour de Chrome dont la prochaine version risque de nous réserver de nombreuses surprises et notamment l’intégration prochaine de Native Client et O3D (cf. Opera 10, Chrome 4, Firefox 4 : Vers des plateformes sociales et applicatives). Chrome confirme donc son statut de cheval de Troie, plus particulièrement pour le marché des netbooks qui sont des machines à fortes contraintes (puissance du processeur, capacité de stockage…). D’après ce que l’on sait, Google souhaite tout miser sur les applications en ligne en posant la promesse suivante : les applications développées pour Chrome OS pourront également tourner sur n’importe quelle machine du moment que c’est dans Chrome. La boucle est bouclée : Chrome est maintenant désigné comme la plateforme applicative de Google, ne reste plus qu’à sortir une version stable pour Linux (oups !).

    Plusieurs questions restent en suspens :

    • Chrome OS sera-t-il gratuit ? Oui tout comme Android, une stratégie simple pour couper l’herbe sous les pieds de Microsoft et favoriser l’adoption.
    • Pourra-t-on utiliser un autre navigateur que Chrome ? Oui mais cela limitera les possibilités car toute la logique applicative repose sur Chrome.
    • Y aura-t-il de la publicité ? Non ils ne sont pas stupides à ce point, les revenus viendront d’autres sources.
    • Chrome OS va-t-il révolutionner l’expérience des netbooks ? Oui certainement car un système qui démarre de façon quasi-instantanée risque de faire beaucoup de tort à Windows qui ne parvient pas à descendre sous la barre des 30 secondes. Rapidité et sécurité sont les deux maîtres-mots de Google pour son OS, une posture vraiment agressive vis à vis de Microsoft (Five Things Google’s Chrome OS Will Do for Your Netbook).
    • Google risque-t-il de faire de l’ombre à Apple ? Non pas réellement car Apple est passé maître dans l’art de se créer sa propre niche. Il n’empêche que cette annonce doit tout de même faire grincer des dents (Prediction: Google and Apple go to War).
    • Chrome OS permettra-t-il aux netbooks de conquérir le marché des entreprises ? Oui certainement, du moins pour les entreprises déjà clientes de Google Apps (10 Things We’re Dying to Know About Chrome OS).
    • Google parviendra-t-il à trouver un partenaire industriel ? Oui tout à fait, à commencer par ARM qui se fera un plaisir de faire rentrer un constructeur dans la danse (Google Chrome OS & What It Means For Future of Computing).

    Cette annonce confirme en tout cas le potentiel des netbooks (Les netbooks vont-ils amorcer la révolution du web 3.0 ?) et surtout le fait que la bataille se situera au niveau du système d’exploitation (Intel et Jolicloud à la recherche de l’interface parfaite pour les netbooks). Maintenant que Sony a annoncé sa ligne de netbooks (Netbooks Finally Exist: Sony VAIO W to Hit for $499), il ne reste plus qu’Apple se décide enfin à rentrer dans l’arène pour que le créneau des netbooks explose en 2010 !

    Il parait que Microsoft va faire une grosse annonce la semaine prochaine au sujet de Windows 7 et potentiellement d’une version optimisée pour les netbooks de Windows 7. Attendons et observons…

    /!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.

    Page 1 of 212