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Quand les tablettes grignotent les liseuses électroniques (3)

J’ai déjà eu l’occasion de vous expliquer que les tablettes et les liseuses étaient deux types de terminaux que l’on ne pouvait pas comparer, car conçus pour des usages différents. Et pourtant… les constructeurs font le forcing pour imposer les usages de lecture sur les tablettes, à commencer par Apple qui nous fait l’article sur la finesse des détails de son écran (mais omets de préciser qu’il génère naturellement une plus grande fatigue visuelle et surtout beaucoup de chaleur).

Si pour le moment, les liseuses ont encore le dessus (il s’est vendu 720 M de ebooks en 2011 pour 130 M de iBooks), le fait qu’Amazon propose maintenant une tablette ne fait que renforcer l’amalgame entre ces deux formats. Avec un Kindle Fire à 200$, les utilisateurs s’équipent naturellement d’un terminal offrant plus de capacité et se forcent à lire des livres électroniques dessus (malgré l’inconfort de l’écran LCD qui n’est pas conçu pour ça). Une étude récente de RBC Capital démontre ainsi que la lecture de livres électroniques est de loin le premier usage du Kindle Fire :

La confusion est d’autant plus aggravée que les liseuses tentent également de grignoter des parts de marché aux tablettes avec des portages de jeux : Tetris Ported to the Kobo Touch. Résultat : des clients potentiels qui hésitent entre tablettes et liseuses et se rabattent vers le produit offrant la plus grande proposition de valeur. D’autant plus à mesure que l’on nous promet une expérience de lecture toujours plus spectaculaire : KAIST ITC Demonstrates a New Smart E-Book Interface.

Comme vous pouvez le constater sur la vidéo ci-dessous, cette interface expérimentale permet de reproduire le feuilleter d’un livre. Je ne sais pas trop quel est son intérêt réel, mais ça reste très impressionnant.

Mais outre ses problèmes de positionnement et de produits qui se cannibalisent, c’est bel et bien le contexte légal français qui complique la donne (Pourquoi l’ebook ne décolle pas en France). La loi sur le prix unique étouffe ainsi le marché et fixe un seuil de vente à près de 15€ pour les livres électroniques alors que les livres de poche en valent 6 à 8. Rajoutez à cela le lobbying très fort des éditeurs / distributeurs, les restrictions imposées par les constructeurs (It’s time for a unified ebook format and the end of DRM) et vous aurez des conditions de marché exécrables.

Nous avons donc d’un côté les liseuses et livres électroniques qui sont chers et austères ; et de l’autre, les tablettes et les applications éditoriales qui sont nettement plus agréables et bien mieux valorisées. Car l’astuce est la suivante : les ouvrages vendus dans les librairies électroniques (incluant l’iBooks Store) sont soumis à la loi du prix unique, alors que les livres enrichis vendus dans l’App Store ne le sont pas. Le résultat des cette situation est un terrible paradoxe : des ouvrages bien plus spectaculaires à un prix très inférieur.

Et la situation ne risque pas de changer avec les récentes évolutions des formats comme Epub3 ou KF8 : le marché se dirige inexorablement vers une domination des livres électroniques enrichis et donc des tablettes. Est-ce la fin des liseuses à encre électronique ? Non, car de gros progrès sont réalisés autour d’écrans à encre électronique couleur et car ces terminaux resterons toujours bien plus compétitifs en terme de prix de vente / encombrement / autonomie. J’anticipe donc un marché où les liseuses vont devenir une niche face à la domination de tablettes plus versatiles (2012 sera l’année des tablettes).

Ceci étant dit, n’oubliions pas un facteur important à prendre en compte : le coût de fabrication. Une fois qu’un livre est sorti en librairie, sa version numérique ne coûte rien à produire, alors qu’une version enrichie implique nécessairement des investissements plus conséquents (sans compter le fait que cela peut altérer l’ouvrage en lui-même).

Donc au final, les livres numériques enrichis et applications éditoriales sont-ils mieux que les livres électroniques traditionnels ? Là n’est pas la question, ce sont deux catégories de produit différent. Le problème vient plus des supports pour lire ces contenus. En cherchant à vendre des tablettes aux prix des liseuses, les constructeurs se tirent une balle dans le pied et déstabilisent le marché. Des pratiques tout à fait regrettables, car il existe déjà un précédent avec les netbooks : en cherchant à inonder le marché avec des machines low-cost, les constructeurs ont fortement dégradé l’image du produit et fait chuter les ventes des PC traditionnels.

Entendons-nous bien : je ne suis pas en train de faire le procès des tablettes low-cost (auxquelles je crois beaucoup), mais de condamner la gourmandise les constructeurs qui veulent s’imposer sur le marché des tablettes ET des liseuses avec un produit unique. Ce qui, nous le savons tous, est une hérésie. Au final, qui va gagner ? Certainement les tablettes, charge aux acteurs de l’écosystème du livre électronique (constructeurs, éditeurs, distributeurs…) d’anticiper cette orientation de marché.

Amazon à l’assaut du segment low-cost avec les nouveaux Kindle (4)

Après des semaines de spéculation, Amazon vient enfin de dévoiler sa nouvelle game de Kindle. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont livré ce à quoi le marché s’attendait : Amazon Kindle, du reader à la tablette, quatre nouveaux modèles pour dominer le marché.

La nouvelle gamme Kindle par Amazon

La nouvelle gamme est très cohérente avec trois nouveaux modèles :

  • Le Kindle, quatrième évolution du ereader de référence ;
  • Le Kindle Touch, une version équipée d’un écran tactile proposée avec et sans 3G ;
  • Le Kindle Fire, une tablette multimédia d’entrée de gamme.

Fidèle à son positionnement initial, le Kindle consolide donc son orientation grand public avec une gamme de prix très attractif : 99$ pour le Touch et 199$ pour le Fire.

Des ereaders plus mûrs pour inonder le marché

Concernant les nouveaux ereaders, je pense ne pas me tromper en disant que cette quatrième itération est la bonne, car la liseuse d’Amazon est à la fois compacte, légère et élégante. Vous pouvez constater les progrès réalisés depuis la première génération sortie en 2007 :

Les quatre générations de Kindle

Ce Kindle est proposé avec des boutons ou une interface tactile et s’aligne ainsi sur le facteur de forme des liseuses concurrentes comme le Kobo Touch. Une gamme de liseuses très convaincantes avec des prix ultracompétitifs : Amazon Announces $99 Kindle Touch, new Kindle for $79. Autant dire qu’avec un appareil d’entrée de gamme à moins de 80$, Amazon a toutes les chances de siphonner le marché.

Le tout nouveau Kindle Touch d'Amazon

Précisons toute de même que les tarifs annoncés sont ceux correspondants à l’offre sponsorisée, donc à une liseuse qui affiche des publicités et un économiseur d’écran sponsorisé. La version sans pub est commercialisée à 109$, ce qui n’est plus tout à fait la même chose… Quand bien même, avec cette nouvelle gamme et les liseuses d’ancienne génération qui seront très certainement bradées, Amazon va encore accroître sa domination du marché.

Pour vous aider à vous y retrouver dans les différentes machines du marché, je vous propose ce tableau comparatif : Comparing E-Readers: Kindles Vs. Nooks Vs. Sony Vs. Kobo.

Une tablette à bas prix pour stimuler les ventes du catalogue d’Amazon

Autre nouveauté particulièrement attendue par le marché, la tablette multimédia baptisée Kindle Fire. Là encore, Amazon livre une tablette d’entrée de gamme que le marché attendait : simple, élégante et à moins de 200$.

Kindle Fire, la nouvelle tablette multimédia de Amazon

À ce prix là, ne vous attendez pas aux mêmes prestations que l’iPad puisque la Kindle Fire ne propose pas de 3G, pas de caméra, pas de micro, pas de gyroscope… Et pourtant, cette tablette reste tout de même très attractive de par sa capacité à lire tout un tas de contenus multimédia :

Un format différenciant, pas vraiment concurrent de l’iPad : Tablets wars: Apple is from Venus, Amazon is from Mars. Le choix d’une machine équipé d’un écran de 7 pouces est une décision éclairée : La tablette d’Amazon est ainsi plus compacte, plus facile à transporter, elle propose plus d’autonomie et elle est moins chère à produire. Regardez bien les différentes vidéos disponibles, et vous verrez tout de suite la différence avec l’IPad (7″ contre 9″) qui fait de la Kindle Fire une tablette réellement mobile. Elle s’insère de plus parfaitement dans la gamme, une logique qui séduit : Amazon Kindle Fire: Tablet Product Strategy Done Right.

Une tablette plus petite que l'iPad

Autre décision futée : masquer le système d’exploitation. Il n’est ainsi à aucun moment fait référence à Android, le système d’exploitation de Google. Il existe de nombreuses explications à ce choix, mais je n’en retiendrais que deux : Android ne fait pas vendre (l’OS de Google ne soutien pas encore la comparaison avec iOS) et Amazon ne souhaite pas partager sa machine, pas du tout.

De ce fait, la Kindle Fire peut pratiquement être considérée comme concurrente des autres tablettes tournant sous Android. Nous nous dirigeons donc vers une configuration de marché tripolaire avec l’iPad, la Kindle Fire et les tablettes Android (en attendant l’arrivée des machines propulsées par Windows 8). Dans tous les cas de figure, même si la Kindle Fire tourne sous Android, le fait d’en gommer toutes traces n’est pas une très bonne nouvelle pour Google (lire à ce sujet : What Did Amazon’s Kindle Fire Just Do To Android? et Amazon’s Kindle Fire: A tablet more dangerous to Android than iPad).

Visiblement la tablette d’Amazon tournerait sur une version modifiée d’Android 2.2, elle permet donc de faire tourner toutes les applications disponibles sur l’Android Store. Le problème est que seul l’Amazon Android Store est accessible depuis la Kindle Fire. Il est donc légitime de se demander ce qui va se passer quand Google va mettre la pression pour favoriser le déploiement d’Android 3.0 : Toutes les applications Android seront-elles compatibles avec la Kindle Fire ? Difficile de le dire pour le moment.

Les applications Android sur le Kindle Fire

Autre choix d’Amazon : Commercialiser la Kindle Fire comme une tablette de consultation de médias. Contrairement à des machines plus puissantes et avec un plus grand écran, la tablette d’Amazon ne semble avoir été conçue que pour accéder aux contenus payants d’Amazon. Certes, le choix est considérable (100.000 films et séries TV, 17 millions de chansons, 1 million de livres, des centaines de magazines et comics…), mais la Kindle Fire semble tout de même plus limitée que ses concurrentes. Un choix visiblement assumé par Amazon qui a privilégié un prix ultra-compétitif plutôt qu’une machine versatile.

Dans la mesure où Amazon ambitionne de vendre entre 3 et 5 millions d’unités avant la fin de l’année, cette nouvelle tablette multimédia est une très bonne nouvelle pour les fournisseurs de contenu et notamment les éditeurs de magazines numériques. Grâce à Amazon, les éditeurs vont pouvoir faire jouer la concurrence auprès d’Apple et de ses conditions de distribution drastiques sur iTunes : For Publishers, The Amazon Kindle Fire Could Be A Much Bigger Business Than The iPad.

La lecture de magazines numériques avec le Kindle Fire

Dernière surprise concoctée par Amazon : le tout nouveau navigateur Silk. Pour résumer une longue explication technique, le navigateur embarqué dans la Kindle Fire ambitionne de révolutionner notre façon de consulter l’internet depuis une tablette grâce à un mode de fonctionnent synchronisé avec la plateforme de cloud computing d’Amazon. Concrètement, quand vous saisissez une URL, vous n’accédez pas directement à internet, mais vous transitez par les serveurs d’Amazon qui vont optimiser et compresser les pages web afin d’en accélérer le chargement.

Cette idée n’est pas neuve puisque le navigateur Opera propose déjà un fonctionnement similaire (Amazon’s Silk Web browser adds new twist to old idea). Par contre, la force de frappe d’Amazon au travers de sa gigantesque plateforme de cloud computing va apporter une nouvelle dimension à ce principe. Avec le navigateur Silk, Amazon devient ainsi un CDN (Content Delivery Network), au même titre qu’Akamai. Je ne suis pas un adepte de la théorie du complot, mais le fait qu’Amazon va mettre l’internet en cache pour vous en livrer une version édulcorée optimisée n’est tout de même pas très rassurantThe Implications of Amazon’s Silk Web Browser.

Certes, Amazon a su gagner la confiance des internautes (moi le premier puisque que je leur ai confié mon N° de CB depuis le siècle dernier), mais je ne peux m’empêcher de penser que sous couvert d’optimiser les temps de chargement, ils sont en train de construire un gigantesque moteur d’analyse comportemental. Essayez d’imaginer la finesse du profilage d’Amazon à partir du moment où ils ont accès à l’historique de tous vos achats, de tous les contenus que vous avez consultés, de tous les sites web que vous avez visités… alors si en prime vous avez synchronisé votre profil Facebook à votre compte Amazon… c’est le pompon !

Plus j’y réfléchis, plus je me dis que cette Kinde Fire n’est en fait qu’un terminal d’accès à l’écosystème d’Amazon. Un écosystème d’une richesse inégalée, mais un écosystème semi-ouvert dont on devine très facilement les contours.

Mais quoi que l’on puisse dire à ce sujet, je n’ai aucun doute sur le fait que cette tablette multimédia commercialisée à moins de 200$ va faire un carton. En six mois, Amazon peut tout à fiat écouler près de 10 millions de machines, car ils vont tout mettre en oeuvre pour faire jouer l’effet de volume : Quel sera l’impact des touchbooks low-cost ?.

Ceci étant dit, il reste de nombreuses questions en suspens :

  • L’intégration d’offres publicitaires ne va-t-elle pas ruiner l’expérience d’utilisation de cette nouvelle tablette ?
  • Le fait de ne pas du tout adresser le marché BtoB ne va-t-il pas limiter les ventes ?
  • Comment Google va-t-il réagir à cette approche biaisée (l’utilisation masquée d’Android) ?

À ce sujet, la sortie de la Kindle Fire est un sacré coup dur pour les autres tablettes : En s’octroyant de force le segment low cost, la tablette d’Amazon condamne les autres constructeurs à se battre sur le segment très risqué du middle market (le haut de gamme étant squatté par l’iPad). C’est en tout cas un sacré défi que Google va devoir relever, notamment avec la Motorola Xoom : Amazon has changed the tablet game: Now Google Has to Offer a $200 Motorola Tablet Too.

J’anticipe un affrontement biblique entre Amazon et Google, à tel point que certaines rumeurs parlent d’un rachat probable de PalmAmazon has Palm in its shopping cart, will it click Buy?. L’objectif de la manoeuvre serait pour Amazon de posséder son propre système d’exploitation (WebOS) pour se libérer de la dépendance à Google et proposer une offre plus différenciante.

Quoi qu’il en soit, tout ceci n’est pour le moment pas très impactant pour le marché français puisque Amazon n’y a pas officiellement mis les pieds. Voilà plusieurs années que les éditeurs français freinent des quatre fers pour retarder l’arrivée du Kindle en France, et l’introduction du Kindle Fire va être d’autant plus compliqué qu’il y a de nombreux formats différents (livre, magazine, films, séries TV, BD…) et donc un plus grand nombre d’ayants droit et industriels à convaincre : Why No Kindle Touch Or Fire For EU, UK?.

De nombreuses rumeurs circulent en ce moment (Un seul modèle de Kindle pour l’Europe ?La Kindle Fire d’Amazon en France, avant Noël ?), mais je suis plutôt pessimiste quant à la capacité d’Amazon de lancer sa plateforme de contenus numériques dans les prochains mois. À moins que… l’arrivée très prochaine d’iOS 5, avec son tout nouveau kiosque numérique, accélère la manoeuvre.

Au final, la nouvelle gamme d’Amazon (e-readers et tablette) sera de toute façon extrêmement bénéfique pour le marché. Non seulement ces nouvelles machines vont stimuler la concurrence, forcer les éditeurs à prendre le virage numérique, mais apporter de nombreuses opportunités aux annonceurs. Je ne me livrerais en aucun cas à un exercice de comparaison entre la Kindle Fire et l’iPad, puisque de toute façon le marché est suffisamment dynamique pour que l’ensemble des acteurs (Apple, Amazon, Google, Samsung, Acer, Asus, Microsoft…) voie leurs ventes augmenter.

Le marché des liseuses se porte à merveille (1)

Alors que les marchés financiers et analystes ne parlent que des touchbooks (de l’iPad et de ses nombreux challengers), un rapport publié par PewInternet la semaine dernière jette un pavé dans la marre : e-Reader ownership surges since last November; tablet ownership grows more slowly. Cette étude concerne le marché US, mais elle nous donne des chiffres tout à fait surprenants que l’on pourrait extrapoler au marché européen :

  • Le taux d’équipement en liseuses (12%) est supérieur à celui des tablettes (8%)
    Ereader tablet ownership
  • La croissance des ventes de liseuses est plus forte que celle des tablettes
    EReader Tablet growth

Tout comme ceux qui s’intéressent aux liseuses, j’ai été bluffé par ces chiffres. Nous aurait-on caché la vérité ? Non, pas réellement caché, mais plutôt occulté. Il faut dire qu’Amazon (le leader incontesté du segment) est extrêmement discret sur ses chiffres de vente et impose le silence à ses concurrents. Concernant les autres enseignements du rapport, pas de surprise : les liseuses sont surtout populaires auprès des personnes avec un haut niveau d’éducation et des revenus confortables (E-readers hit their stride while tablet growth more modest).

Au-delà de ces données de marché très instructives, d’autres indicateurs nous démontrent la bonne santé du secteur :

Tout ceci est très intéressant, mais qu’en est-il du marché français ? Pour le moment, le marché est encore embryonnaire avec des (très discrètes) offres de nos distributeurs nationaux : la Fnac avec le FnacBook et FranceLoisirs avec OYO / Chapitres. Je ne suis pas un spécialiste du marché de l’édition, mais je pense ne pas me tromper en disant que les grands acteurs ont déployé beaucoup d’énergie non pas pour stimuler l’adoption des liseuses, mais plutôt pour freiner l’arrivée d’Amazon. Il en résulte des chiffres de vente en dessous des autres pays européens (18M d’euros , cf. Livre numérique: 1,8% du marché français). Il convient tout de même de relativiser cette bien faible adoption par une bonne croissance (40%) et surtout par l’arrivée très prochaine (et inexorable) d’Amazon dans l’hexagone : Le Kindle bientôt en France, et pourquoi pas une tablette.

Entendons-nous bien : je ne jette pas la pierre aux maisons d’édition, car elles se défendent comme elle peuvent face à un acteur surpuissant dont l’arrivée risque de dérégler l’équilibre du marché (cf. Amazon est-il en train de créer sa propre chaîne du livre ? et Le livre de poche survivra-t-il au numérique ?). Mais bon, toute industrie est amenée à évoluer, je ne vois pas pourquoi l’industrie de l’édition refuserait de faire évoluer l’offre, surtout si les consommateurs le demandent.

Mais le pire dans tout ça, c’est que depuis le lancement du Kindle, d’autres compétiteurs ont fait leur apparition. Barnes & Noble, concurrent historique d’Amazon, a récemment refondu son offre et propose une alternative très crédible au Kindle. Amazon n’a donc pas d’autre choix que de s’exporter pour maintenir son leadership. L’Europe est donc une destination logique et l’offre d’Amazon devrait y être opérationnelle dès la rentrée en Allemagne et en Espagne (en plus de l’Angleterre). En plus de ces deux-là, il faut également compter sur Kobo, l’éditeur canadien, qui finalise son arrivée sur le marché français.

Bref, les conditions de marché sont enfin favorables avec des acteurs à gros moyens, une compétition féroce et de belles innovations technologiques encore à venir (notamment les écrans à encre électronique couleur). Espérons que les grands acteurs de l’édition sauront apprendre des erreurs des autres industries (musique, TV…) et évoluer en fonction des aspirations du marché et non lutter contre.

Panorama des terminaux alternatifs (18)

Saviez-vous qu’Apple avait lancé un PDA en 1998 ? Le look et les capacités du Newton font maintenant sourire, mais cette machine était tout à fait en avance sur son époque. Cela n’a pas empêché Apple de se prendre un gros bide avec cette machine. Historiquement les premiers PDA mis sur le marché remontent à 1980 avec une marque anglaise : Psion. De même, nous avons tendance à l’oublier, mais le premier smartphone (le 7110) ont été introduit il y a plus de 11 ans par Nokia.

Aujourd’hui les smartphones et tablets sont à la mode (tous les annonceurs veulent disposer de leur application) mais ne sont que la partie visible de l’iceberg : le plus gros de nos futurs usages de l’internet se fera au travers de terminaux alternatifs de tous formats et pas seulement les plus médiatisés (iPhone, iPad..). Se focaliser sur ces deux formats serait une erreur, car les usages vont encore fortement évolués et il faut se préparer dès maintenant à anticiper ces changements et exploiter les spécificités de ces nouveaux formats dans un contexte de marque (marketing,commerce en ligne / mobile…).

Des formats diversifiés pour couvrir de nombreux usages différents

Aujourd’hui, les smartphones et touchbooks font partie de notre quotidien. Le grand public et les annonceurs ne sont pourtant pas forcément bien éduqués quant aux spécificités de ces machines et surtout à l’utilisation qui peut en être faite (je lis encore de nombreux articles où l’iPad est considéré comme un lecteur de livres électroniques). Il est donc temps de vous proposer une définition de cette nouvelle génération de terminaux et d’en expliquer les différences.

Je vous propose ainsi cette définition : “Les terminaux alternatifs sont des appareils permettant de se connecter au web et/ou de consommer des contenus et services numériques“.

Il y a plusieurs subtilités dans cette définition :

  • Vous n’avez pas besoin de vous connecter au web pour consommer des services en ligne (ex : applications Twitter ou Facebook) ;
  • Les jeux peuvent être considérés à la fois comme des contenus numériques (s’ils sont achetés) ou des services numériques (s’ils sont téléchargeables gratuitement et reposent sur un modèle fermium ou d’abonnement) ;
  • La qualification de terminaux “alternatifs” ne fait aucunement référence à la portabilité (les dernières générations de TV connectées ne rentrent pas dans vos poches, ni même dans certains salons) ;
  • Les services numériques peuvent être rudimentaires (ex : les objets ambiants qui se contentent de diffuser des alertes).

Cette définition couvre donc une gamme très diversifiée de terminaux qui correspondent à des contextes d’usages très différents et des types de contenus et services plus ou moins bien adaptés. Pour vous y retrouver, je vous propose ce tableau de synthèse :

Comparaison des différents formats de terminaux alternatifs

Je distingue dans ce tableau les formats suivants :

  • Les smartphones qui sont, à mon sens, les terminaux les plus polyvalents. Ils sont nécessairement associés à un abonnement voix / data et sont propulsés par des systèmes d’exploitation sophistiqués généralement associés à une App Store (iPhone, Android, BlackBerry…).
  • Les netbooks / smartbooks / cloudbooks se distinguent des laptops par leur très faible encombrement et leur capacité de connexion. Ils sont les compagnons idéals des grands voyageurs, mais ne remplissent pas tout à fait les mêmes fonctions qu’un ordinateur traditionnel. Les constructeurs ont légèrement tâtonné avant de trouver un système d’exploitation adapté à ce format et à l’usage que l’on peut en faire (Windows ou Linux ne sont résolument pas des solutions idéales), mais tout devrait s’arranger avec l’arrivée de Chrome OS ou du futur Meego.
  • Les touchbooks / tablettes sont à mi-chemin entre smartphones et netbooks (Netbook + TabletPC = Touchbook). Tous ne sont pas équipés de puces 3G, aussi leur capacité de connexion est limitée. Parfaitement appropriés à la consommation de contenus numériques multimédia, ils ne sont pas nécessairement les mieux adaptés pour une lecture à l’écran prolongée (plus d’1/2 h). Là encore, les constructeurs sont encore en train d’affiner les systèmes d’exploitation et interfaces, mais nous devrions aboutir à quelque chose de parfaitement satisfaisant dans le courant de l’année (avec iOS 4.3 et Android 3.0). Pour le moment le champion incontesté de cette catégorie est l’iPad d’Apple, mais la concurrence est en train de s’organiser pour proposer des alternatives de plus en plus convaincantes.
  • Les e-readers se caractérisent par l’utilisation d’écrans à encre électronique. Ils proposent une gamme de fonctionnalités beaucoup plus restreintes que les trois formats précédents, mais sont par contre parfaitement optimisés pour la lecture à l’écran. Les dernières générations d’appareils cumulent de nombreuses qualités (légèreté, autonomie, simplicité, lisibilité) et n’attendent plus qu’un coup de pouce des éditeurs pour séduire le grand public (au travers notamment d’un catalogue plus large et surtout de prix plus raisonnables). Le Kindle d’Amazon est le produit le plus visible, mais il existe des e-readers parfaitement au point chez Sony ou Samsung. Barnes & Nobles est un des premiers à tenter l’introduction sur le marché d’une machine à écran couleur (le Nook) mais il va falloir attendre la finalisation de technologies comme Mirasol pour ouvrir de réelles opportunités de diversification des contenus (comics, vidéos…).
  • Les smartTV sont des téléviseurs connectés qui intègrent directement une technologie propriétaire (comme Yahoo! Connected TV ou Internet@TV de Samsung) ou exploitent un boitier externe comme Google TV. Ces téléviseurs permettent de consommer des contenus en VoD mais également des services en ligne (YouTube, FlickR, Facebook…) et même de consulter des pages web. Nous n’en sommes qu’au tout début de cette nouvelle catégorie, mais le potentiel est gigantesque (cf. La télévision est-elle l’avenir de l’internet ? et Pourquoi Google a quasiment déjà gagné la bataille du salon avec Google TV).
  • Les smartframes sont l’évolution des cadres à photos numériques. Ils permettent bien évidemment de diffuser vos contenus numériques (photos, musique…) mais également de remonter des alertes grâce à une connexion web. Un principe de widgets permet ainsi de brancher des services sur ces terminaux (emails, messages et notifications Facebook, suivi d’enchères sur Ebay…) dont l’écran tactile autorise un premier niveau d’interaction. Le Chumby est à mon avis le premier appareil réellement ambitieux de cette catégorie (introduit sur le marché en 2008) mais des acteurs comme Kodak, Sony ou encore Litl proposent des alternatives tout aussi intéressantes (avec respectivement le Pulse, le Dash et le Webbook).
  • Les consoles de jeux portables sont enfin trop souvent oubliées, elles permettent pourtant de surfer sur le web et de récupérer des jeux ou contenus sur des marketplaces. Les prochaines générations de DS et PSP devraient intégrer de façon native des services comme Facebook ou Twitter et proposer des modèles d’interactions un peu plus éloignés de leur fonction d’origine (le jeu). Pour le moment les consoles de Nintendo et Sony évoluent à leur propre rythme, mais il faudra surveiller de près des alternatives open source comme la Pandora.

Les différents formats sont évalués en fonction des critères suivants :

  • Web = La capacité à consulter des sites web ;
  • Social = La capacité à exploiter les plateformes sociales (au travers d’applications dédiées) ;
  • Lecture = L’expérience de consommation de livres, magazines et journaux électroniques ;
  • Jeux = L’expérience proposée au travers de jeux ;
  • Travail = La capacité à exploiter des documents ou services professionnels.

    N’oublions pas les objets connectés

    A ces 7 formats de terminaux alternatifs, il faudra également rajouter tous les objets communicants qui proposent des interactions douces (captage de présence, alertes, notifications…). Ces objets peuvent communiquer grâce à différentes technologies : connexion Wifi, connexion via un compteur électrique intelligent (smart grid), puce RFID ou NFC. Ces objets de toutes tailles et fonctions permettent de rendre des services rudimentaires dont on sous-évalue la valeur ajoutée :

    • Un vide-poche qui avertit vos proches de votre retour à la maison quand vous déposez vos clés dedans ;
    • Un badge qui transmet vos coordonnées aux personnes avec lesquelles vous avez parlé lors d’un salon professionnel ;
    • Des appareils électriques qui vont aider votre fournisseur d’électricité à optimiser votre facture en fonction de vos habitudes de consommation (ex : exploiter les heures creuses pendant lesquelles le KWh est moins cher)…

    Bref, les cas d’usage sont nombreux et nous n’en sommes qu’aux balbutiements de l’internet des objets qui va potentiellement transformer notre quotidien et ouvrir d’innombrables possibilités de nouveaux services. Mais ne nous égarons pas dans la futurologie, les terminaux alternatifs présentés plus haut sont déjà disponibles sur le marché et offrent des opportunités réelles.

    Des terminaux nomades pour prolonger le temps d’attention / d’exposition

    Tous ces formats de terminaux alternatifs existent pour satisfaire aux mieux les besoins du quotidien des utilisateurs. Ce quotidien a beaucoup évolué sur les 5 dernières années et les utilisateurs ont développé de nouvelles attentes :

    • Etre connecté en permanence à son cercle d’amis et contacts ;
    • Pouvoir consommer des contenus numériques partout où l’on se trouve (musique, jeux, livres, journaux et magazines…) ;
    • Vivre de nouvelles expériences reposant sur les avancées technologiques (3D, débits élevés) et l’intégration de pratiques sociales.

    Quant on y réfléchit bien, le but de tous ces terminaux alternatifs est d’étendre au maximum le temps d’attention des utilisateurs, une bonne nouvelle pour les producteurs de contenus et services, une très bonne nouvelle pour les annonceurs qui bénéficient également d’une plus grande période d’exposition pour placer leurs messages

    Si l’Europe et les Etats-Unis ont très clairement raté le virage de l’internet mobile au début des années 2000 (contrairement au marché asiatique), l’arrivée de l’iPhone sur le marché en 2008 a permis de rattraper une partie du retard et de réduire le nombre de formats en circulation (cf. Les smartphones vont-ils tuer les terminaux portables dédiés). Les années 2010 / 2011 marquent par contre le début d’une nouvelle ère d’innovations et de multiplication des formats (vos poches et sacs à main n’ont pas fini d’être encombrés par toute une série d’appareils).

    Quels défis pour les annonceurs ?

    Concernant l’exploitation que les annonceurs pourraient faire de ces différents formats de terminaux alternatifs, elle sera dépendante de leur capacité à bien appréhender les spécificités de ces derniers. En d’autres termes : pour qu’une marque puisse exploiter de façon convaincante ces différents terminaux alternatifs, elles devront au préalable acquérir une compréhension fine des capacités et faiblesses induites par les formats ainsi que des contextes d’usages.

    Non, l’iPad n’est pas l’eldorado attendu des éditeurs de livres et journaux. Non, Facebok n’est pas l’avenir des TV connectées. Non, les smartphones ne sont pas l’avenir des jeux mobiles. La réalité est plus nuancée et je vous invite à vous méfier des analyses et prédictions trop tranchées. J’anticipe ainsi une configuration de marché où l’attention des utilisateurs sera partagée entre différents terminaux, mais pourra être maintenue sur un nombre réduit de canaux / services. Facebook, Twitter, YouTube ou le Kindle Player sont ainsi disponibles sur la majeure partie de ces terminaux.

    Le plus gros défi des annonceurs va donc être d’adapter leur discours de marque et campagnes aux spécificités de ces terminaux afin de proposer une expérience et des interactions cohérentes. Nous connaissons déjà le transmédia, il va maintenant falloir se familiariser avec le transformat, à savoir des contenus et services qui sont disponibles sur les différents formats de terminaux alternatifs. Est-ce que la multiplication des formats va faire exploser les coûts de production / distribution ? Pas forcément, tout est une question d’anticipation et de compréhension des spécificités et contextes d’usage.

    Google expérimente les ebooks en HTML5Commentaires fermés

    Après ChromeExperiments et The Wilderness Downtown, Google continue d’évangéliser le marché sur les capacités d’HTML5 avec un nouveau projet : 20 Things I Learned About Browsers and The Web. Il s’agit en fait d’un livre numérique (sur le même modèle que ce qui existe en Flash comme le FluidBook) qui vulgarise le web au travers d’explications courtes et d’illustrations enfantines :

    Le livre numérique de Google en HTML5

    Outre la qualité de la réalisation (mise en page, traitements graphiques), ce sont les animations et interactions qui sont les véritables vedettes de ce livre :

    • Le bord de la page se corne au survol de la souris ;
    • Les pages se tournent comme sur un vrai livre ;
    • Certaines illustrations sont animées ;
    • Il est possible de sauter directement à une page en cliquant sur la frise sous le livre.

    Rien de très révolutionnaire, si ce n’est que tout est réalisé en HTML5, CSS3 et javascript. En quoi est important ? D’une part ce livre électronique ne repose sur aucune technologie propriétaire, mais chaque page possède sa propre URL et son contenu est parfaitement référencable (comme une page HTML en fait !).

    L'index du livre

    Cerise sur le gâteau, il existe même un mode de lecture à fort contraste pour lire au lit :

    La version nuit

    Au niveau du code source, vous pouvez aller vérifier vous même, mais c’est bien une page web traditionnelle :

    Le code source

    Vous pourriez me dire que cette première expérimentation signe l’arrêt de mort du format propriétaire iBooks d’Apple, mais les choses ne sont pas si simples, car ce livre électronique est illisible sur un iPad (malgré le fait que Safari utilise le même moteur de rendu que Chrome) :

    Le livre électronique en HTML5 illisible sur l'iPad

    Au-delà de cette (surprenante) incompatibilité, d’autres raisons font que cette expérimentation n’est pas réellement viable :

    • Il existe déjà un format ouvert pour les livres électroniques (ePub) qui fonctionne très bien et de plus sait gérer les DRM (et qui de plus est soutenu par Google : Google Now Offers Over a Million Free Ebooks in EPUB Format) ;
    • Les nombreux autres formats proposés par les constructeurs de e-readers (Comparison of e-book formats) ne vont certainement pas disparaitre, car il existe un important fonds documentaire à rentabiliser ;
    • Les e-readers ne sont pas assez puissants pour faire tourner un navigateur moderne comme Chrome.

    Bref, cette expérimentation ressemble plus à une opération d’intimidation (voir de propagande) qu’à une réelle volonté de bouleverser le secteur des livres électroniques. Elle s’inscrit donc dans la stratégie à long terme de Google (cf. Google à l’assaut d’iTunes et d’iOS avec Chrome et HTML5 ?).

    Bon ceci étant dit, je commence à voir de plus en plus d’initiative de remplacement de Flash par HTML5. Le lancement de Aviary HTML5 photo editor en est un bel exemple. Encore une fois, n’y voyez pas un signe de la mort prochaine de Flash (Pourquoi HTML5 et Flash ne peuvent être comparés) mais plutôt le retour sur le devant de la scène des technologies standards (CSS3 et javascript seront-elles les technologies RIA du future ?).

    /!\ Article initialement publié sur InterfacesRiches.fr.

    Vers des interfaces transparentes pour les ebooks ?Commentaires fermés

    Je souhaiterais aujourd’hui vous faire découvrir un concept d’interface transparente pour ebooks : Text 2.0. Par interface transparente, je fais référence à une interface invisible (pas de menu, de boutons ou d’icônes) qui serait pilotée par le regard :

    Ce concept nécessite donc le recours à une webcam placée au dessous de l’écran qui capterait le regard de l’utilisateur et permettrait de déclencher des actions selon des comportements définis à l’avance.

    Prototype de ebook utilisant une interface transparente
    Prototype de ebook utilisant une interface transparente

    Par exemple si un lecteur s’attarde sur un mot, sa définition est affichée dans une bulle :

    La définition d'un mot affichée si le regard est fixe
    La définition d'un mot affichée si le regard est fixe

    De même, si un lecteur se contente de survoler le texte et de lire en diagonale, l’interface va masquer la majorité des mots pour mettre en évidence ceux qui ont le plus d’importance d’un point de vue sémantique :

    Masquage des mots superflues par faciliter le survol d'un texte
    Masquage des mots superflus par faciliter le survol d'un texte

    Fonctionnalité bonus, si un lecteur prend le livre électronique en main et parcours la page de façon chaotique (il cherche sa ligne), l’interface affiche une petite flèche pour l’aider à reprendre sa lecture là où il l’avait laissée : :

    L'interface qui vous aide à retrouver votre ligne
    L'interface qui vous aide à retrouver votre ligne

    Magie ? Non, technologie. Ici le concept est poussé à l’extrême, mais il serait tout à fait possible de proposer ces fonctionnalités en complément de menus et boutons (recherche, accès à l’index…). L’idée serait alors d’assister l’utilisateur dans son quotidien ou plutôt de modifier légèrement le protocole d’interaction pour lui simplifier la vie. En tout la plus-valeur d’une telle interface justifie largement l’implémentation d’une webcam dans un ebook (c’est tout de meme plus discret qu’une EyeSeeCam !).

    (via Wired)

    /!\ Article initialement publié sur InterfacesRiches.fr.

    L’avenir de l’informatique est-il au mobile ou au tactile ? Les deux (en partie)Commentaires fermés

    L’avez-vous senti ? Le vent du changement ? Tout a commencé avec la sortie de l’iPhone, puis les netbooks et maintenant l’iPad. L’outil informatique est en train de réaliser sa mue. Une mutation qui a été mise en sommeil pendant deux décennies car la capacité d’innovation de l’industrie informatique était entièrement dédiée à la course à la puissance. Cette période est maintenant plus ou moins révolue dans la mesure où les utilisateurs (re)découvrent le plaisir d’usage des outils informatiques. Mais sommes-nous bien certain qu’il s’agit encore d’outils informatiques ? C’est là où les choses se compliquent…

    Si l’on regarde bien les deux dernières décennies, l’ordinateur est passé d’une optique de productivité (dans le cadre de l’entreprise) à une logique de puissance (pour les jeux en ligne) à une logique d’esthétisme (en réintroduisant l’ordinateur dans le salon). Mais plus nous cherchons à intégrer les ordinateurs dans notre quotidien personnel (hors entreprise) et plus nous nous éloignons de l’ordinateur tel que nous le connaissons (écran + clavier + souris).

    Même si tout le monde est d’accord pour dire que la souris est le périphérique le plus précis pour pointer quelque chose à l’écran et le clavier le périphérique le plus efficace pour saisir du texte, a-t-on réellement besoin d’une souris et d’un clavier dans le bus ou dans son salon ? Voilà pourquoi nous commençons à voir des objets communicants faire leur apparition (Lapin Nabaztag, Chumby…). Voilà pourquoi, fort du succès de l’iPhone, Apple a décidé de lancer l’iPad en le positionnant comme le terminal de référence dans votre salon.

    ipad

    J’entends d’ici les critiques dire qu’Apple n’a rien inventé, que les tablettes existent depuis longtemps, que les machines de dernière génération comme le Slate d’HP sont bien moins limitées et proposent des fonctionnalités dignes d’un véritable ordinateur. Ce à quoi je répondrais : l’iPad doit-il être considéré comme un ordinateur ?

    Cette question n’est pas anodine et mérite que l’on s’y attarde. Même si les composants qui le font tourner en sont très proches, un Chumby n’est pas un ordinateur (en tout cas il ne peut pas être vendu en tant que tel). Posons-nous maintenant la même question pour un smartphone… Eux non plus ne peuvent être (et ne sont pas) vendus comme des ordinateurs.

    chumby

    Poursuivons avec les smartbooks : Avec un positionnement à mi-chemin entre smartphones et netbooks, eux non plus ne seront pas vendus comme des ordinateurs. En fait ils seront vendus comme… autre chose. Autre chose que quoi ? Autre chose que l’ordinateur de papa et maman. Hé oui, car c’est bien de cela dont il est question : Créer un nouveau segment pour toucher une nouvelle cible, ou plutôt pour toucher une cible bien particulière qui est prête à sacrifier de la puissance et du confort (large clavier) pour de l’autonomie et de la mobilité (on l’emporte partout avec nous). Cette prise de position n’engage que moi, mais je suis fermement convaincu qu’il y a un potentiel gigantesque dans les smartbooks, auprès des jeunes, qui seraient la pierre angulaire de leur vie sociale (comme l’est le mobile).

    smartbook

    Passons maintenant à l’exemple des ebooks : beaucoup trop limités pour être associés à un ordinateur (je ne m’attarde pas sur ce point).

    kindle2

    Nous revenons donc aux touchbooks et à l’iPad, dont les usages sont diamétralement opposés aux ordinateurs professionnels. En fait l’iPad se positionne comme le terminal de tous les loisirs numériques : Musique, jeux, vidéos, livres, magazines et web. Web ? Oui tout à fait, car qui a dit que le web était la chasse gardée des ordinateurs ? L’iPhone nous a ainsi prouvé qu’il était tout à fait possible de consommer du contenu et des services en ligne au travers de mini-applications (en fait des widgets) et se passer du navigateur / clavier / souris.

    Est-ce ça alors l’avenir de l’informatique ? Non je ne pense pas. L’outil informatique tel que nous le connaissons (écran + clavier + souris) n’évoluera pas beaucoup dans la prochaine décennie car il va progressivement se spécialiser dans ce qu’il sait faire de mieux : La productivité. Il restera le roi dans le contexte de l’entreprise ou dans celui d’un bureau à la maison. Par contre, dans un autre contexte d’usage (salon + détente, bus + mobilité), il est condamné à évoluer car pas forcément adapté. En fait cette évolution a commencé il y a bien longtemps avec les terminaux dédiés qui équipent les livreurs ou les collaborateurs nomades : Ils sont passés au PDA depuis bien longtemps, car ces terminaux leur permettent d’être plus productifs sur le terrain.

    UPS_handled

    Mais alors, est-ce que l’iPad ne serait pas un gros PDA ayant évolué pour s’adapter à un contexte d’usage bien particulier (la détente dans votre salon) ? J’ai encore beaucoup de chose à reprocher à l’iPad, mais il est ce que nous avons de plus proche pour illustrer ce paradigme de l’outil informatique (avec le Litl). Il y a d’autres scénarios d’évolution (interfaces projetées, tables tactiles comme la Surface…) mais ils ne sont pas encore commercialisés.

    J’envisage donc un avenir où les utilisateurs vont partager leur temps entre des terminaux conçus dans une optique de productivité (ordinateurs), des terminaux nomades (consoles mobiles, smartphone, smartbooks) et des terminaux dédiés au divertissement. Dans cette dernière catégorie vous pouvez d’ailleurs faire rentrer les consoles de salon (qui font aussi office de media center comme la PS3). Entendons-nous bien : Il ne sera pas question de choisir entre l’un ou l’autre, mais plutôt de répartir les usages et d’exploiter le terminal et les modalités d’interaction qui sont les plus appropriés à la situation.

    Dans cette course au changement c’est certainement les jeunes générations qui basculeront le plus vite (génération Y et surtout génération Z) car elles n’ont pas encore pris les habitudes de nous autres (les “vieux” de plus de 30 ans). Ces usages mobiles / tactiles / ludiques / sociaux correspondent mieux à leur réalité que la notre car nous avons grandi dans un monde analogique.

    Donc au final, l’avenir de l’informatique n’est pas réellement au mobile ou au tactile, il est aux ordinateurs tels que nous les connaissons et qui remplissent parfaitement leur fonction. Par contre les usages purement informatiques vont petit à petit céder du terrain à des usages d’un nouveau genre où vont se mélanger les interfaces tactiles, les terminaux nomades, les TV connectées, les objets communicants… le tout dans une dynamique sociale / ludique où le web sera omniprésent (NDR : Ce postulat n’est valable que si l’on considère que l’internet n’est pas un outil informatique). Illustration avec le tout nouveau concept de smartphone social lancé par Microsoft (le Kin) qui inclut un espace de partage en ligne doublé d’une plateforme sociale (Kin Studio) :

    Le concept de smatphone social de Microsoft
    Le concept de smatphone social de Microsoft

    À partir de là, la grande question est de savoir où se situe votre marque dans ce tableau. Cette réflexion est valable à la fois pour l’externe (la façon dont votre offre est marketée / distribuée, les points de contact entre vos promesses de marque et les cibles) et pour l’interne (les outils et moyens qui sont mis à disposition des collaborateurs et la façon dont sont partagés / enrichis les savoirs).

    /!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.

    Qualcomm à l’assaut des smartbooks et de la convergence mobileCommentaires fermés

    J’ai eu ce matin une discussion très intéressante avec Jean Viraldi et Fabien Darrigues de chez Qualcomm (merci à Cédric pour avoir organisé la rencontre). Pour vous la faire courte, Qualcomm est spécialisée dans la conception et la fabrication de solutions de télécommunication mobile (ils sont entre autre inventeur de la norme CDMA et représente 1/3 des parts de marché des puces qui équipent les terminaux mobiles). Ils sont donc tout à fait légitime pour imaginer et concevoir les outils de communication de demain, et ça tombe car ce sujet me passionne en ce moment (cf. 2010 sera-t-elle l’année de l’informatique nomade et polymorphe ?).

    La fin de l’ère x86 et le basculement vers l’informatique nomade / mobile

    Intel a régné sans partage sur le monde des ordinateurs ces 30 dernières années grâce à l’architecture x86 (sur laquelle repose les familles de processeurs Intel mais aussi Cyrix, AMD, VIA…). Aujourd’hui les conditions de marché sont différentes dans la mesure où il y a bien plus de terminaux mobiles que d’ordinateurs. Les smartphones se sont ainsi imposés comme les ordinateurs de poche de notre quotidien, il s’en vend bien plus que d’ordinateurs (plus d’1,2 milliards de téléphones vendus en 2009). De même, les netbooks ont montrés les limites de l’architecture x86 en terme d’autonomie et de performances. Entendons-nous bien : Nous ne parlons pas de performance pure (un indicateur du siècle dernier) mais du ratio entre puissance et consommation. Et à ce petit jeu là, les architectures ARM sont imbattables car elles ont été conçues dans cette optique.

    L’année 2010 (et dans une certaine mesure l’année 2009) sera donc la charnière entre l’ère des PC (Personnal Computer = architecture x86) et l’ère des terminaux mobiles (architecture ARM). Nous ne parlons pas ici d’un remplacement mais plutôt de l’inversement de l’échelle des valeurs : Les plus gros enjeux et les plus belles opportunités sont à chercher du côté des terminaux mobiles plutôt que du côté des ordinateurs où les marges sont plus faibles et où les modèles économiques s’épuisent.

    À partir de là, la bataille ne va pas se dérouler autour des smartphones (car l’offre arrive à saturation) mais plutôt autour de nouveaux formats de terminaux dont vont découler de nouveaux services et usages : Smartbooks, touchbooks, webbooks, Personal Mobile Television, Personal Internet Viewer… les possibilités sont innombrables et nous n’en sommes qu’au début de l’informatique mobile, nomade et résidentielle.

    xbook

    Smartphone + Netbook = Smartbook

    J’ai déjà eu l’occasion de vous parler des smartbooks, cette nouvelle génération de terminaux mobiles qui vont venir s’intercaler entre les smartphones et les netbooks. Après en avoir discuté avec différents interlocuteurs, j’ai maintenant la conviction qu’ils appartiennent définitivement à la grande famille des terminaux mobiles et qu’ils vont ainsi bénéficier de l’héritage culturel des téléphones (par opposition à l’héritage culturel des ordinateurs et leur fascination pour la puissance “brute”). Les premiers concepts de smartbooks faisaient apparaitre des terminaux hybrides dont on ne savait pas trop à quelle famille ils étaient rattachés :

    qualcomm-smartbooks

    Maintenant que nous avons un premier terminal “viable” qui va être très prochainement lancé sur la marché (le AirLife de HP-Compaq), les contours de ce segment semblent encore plus ambigus avec un aspect très proche des netbooks mais des détails rappelant fortement les smartphones (système d’exploitation Android, écran tactile, boutons “Home” et “Menu” sous le pavé tactile…) :

    compaq-airlife

    Toujours est-il que même si la différence avec les netbooks est subtile, elle est pourtant bien réelle : Les netbooks sont des terminaux nomades alors que les smartbooks sont des terminaux mobiles. Il y a ainsi deux différences majeures dans les usages :

    • Les terminaux nomades sont connectés de façon ponctuelle (on les allument pour s’en servir) alors que les terminaux mobiles sont allumés toute la journée et même la nuit (ils restent en veille et on les recharge une fois par jour) ;
    • Les terminaux nomades utilisent des technologies de communication pull (WiFi) alors que les terminaux mobiles utilisent des technologies de communication push (SMS, alertes…).

    Ces deux différences font que l’on peut classer les terminaux dans une catégorie ou l’autre. Les smartbooks sont donc de gros smartphones et non des netbooks connectés. Qualcomm a monté une business unit dédiée à l’évangélisation des smartbooks et je compte bien suivre ça de très près car ils préfigurent l’avenir de l’internet mobile et certains analystes sont déjà très optimistes : 163 Million Smartbooks Expected to Ship in 2015.

    Vers la 4G et après ?

    Comment parler de terminaux mobiles sans aborder les normes ? Le Mobile World Congress de Barcelone a été l’occasion de dévoiler au grand public la roadmap vers la téléphonie mobile de quatrième génération, celle qui va autoriser des débits supérieurs à 50 Mbits/s. La norme LTE (Long Term Evolution) semble donc être bien partie pour assurer la transition entre L’HSDPA et… une version plus aboutie baptisée provisoirement LTE Advanced.

    Vous seriez en droit de me dire que la course au haut débit en situation de mobilité n’est pas une finalité (après tout l’important c’est la ratio entre débit et consommation) mais la proposition de valeur de la norme LTE est de proposée une consommation inférieure pour des débits équivalents à la 3G ou la 3,5G. Une aubaine pour les smartbooks et autres terminaux mobiles cherchant à maximiser leur autonomie.

    Outre les usages data où le débit n’est jamais assez élevé (LTE sera la norme de référence pour les modems-clés USB en 2011), la vidéo semble être un bon prétexte pour cette course à la bande passante. Que neni, car les réseaux de télécommunication ne supporteront jamais une montée en charge à grande échelle. Pour de la vidéo en situation de mobilité dans des conditions viables, il faudra plutôt chercher du côté de normes broadcast comme DVB-H plutôt que de rêver à une hypothétique solution viable d’unicast. Pour le moment le déploiement semble au point mort en France, mais les États-Unis semblent avoir prit une longueur d’avance avec des services déjà opérationnels comme le Flo-TV de Qualcomm.

    flo_tv

    Attendez-vous à voir débarquer des smartphones compatibles dès l’année 2010…

    Deux autres gros segments à adresser : Feature phones et eBooks

    En plus des smartphones, smartbooks et Personal Mobile Television, Qualcomm s’intéresse également à deux autres segments très porteurs : Les feature phones et les ebooks. Pour votre information (j’ai découvert ça la semaine dernière),feature phone” est le nouveau terme à la mode pour désigner les smartphones low-cost (moins de 100 $). On n’en parle pas beaucoup dans les médias, mais les feature phones représentent les 3/4 des parts de marché. Un segment moins sexy que celui des smartphones mais avec une intensité concurrentielle bien inférieure car l’écosystème est encore atomisé.

    Pour bien comprendre les conditions de marché, il faut s’intéresser aux systèmes d’exploitation : Là om l’on compte pas moins de 6 acteurs pour les smartphones (Google / Android, Apple et iPhone, RIM / BlackBerry, Nokia / Symbian, Palm, Microsoft / Windows Mobile,  Samsung / Bada) et il s’en créé encore (à l’image de MeeGo). Pour les feature phones la situation est différente puisque les OS varient d’un combiné à l’autre et qu’il n’y a pas réellement d’offre uniformisée. Qualcomm s’est donc lancé sur ce créneau avec Brew Mobile Platform, l’évolution de son système d’exploitation “maison”. Une solution particulièrement compétitive car adaptée aux “faibles” capacités hardware des feature phones qui ne peuvent s’offrir des composants trop onéreux.

    Faible coût ne rime pas forcément avec compromis sur la qualité de l’interface puisque la Brew MP est capable de faire tourner Flash Lite mais également Adobe Mobile Client pour les Rich Mobile Applications. Le tout récent HTC Smart est ainsi propulsé par Brew mais propose une interface très proche d’Android, on s’y tromperait !

    HTC_Smart

    La prochaine étape logique pour la Brew MP devrait être une application store centralisée.

    Autre segment en pleine ébullition : les eBooks. Alors que la blogosphère n’en finit plus de prédire le déclin du Kindle (équipé d’un écran à encre électronique) face à l’iPad (équipé d’un écran à LED), Qualcomm s’apprête à rentrer dans la danse avec une technologie d’affichage intermédiaire baptisée Mirasol. Cette technologie repose sur des membranes réflectives combinée à un système de rétro-éclairage à basse consommation qui autorise un excellent contraste en plein soleil, une grande autonomie, un affichage en couleur avec un taux de rafraichissement suffisant pour faire de la vidéo.

    qualcomm-mirasol

    Pourquoi la vidéo est-elle importante dans le contexte des ebooks ? Tout simplement parce que vidéo = belles pubs = revenus suffisant pour financer des contenus de qualité. Là où  le Kindle sera enfermé dans sa niche de livres / journaux payants, les terminaux équipés d’écran à technologie Mirasol seront plus versatiles (magazines et BD digitalisés) et plus confortables que l’iPad. Lancement prévu en fin d’année.

    2010, l’année de la convergence mobile ?

    Smartphones, smartbooks, personal mobile television, feature phones, ebooks… Qualcomm est petit à petit en train de se positionner sur tous les segments à fort potentiel pour s’imposer comme l’outsider de référence par rapport à des acteurs sur-médiatisés (Google, Apple, Microsoft). En proposant une plateforme intégrée (la fameuse puce SnapDragon) Qualcomm se positionne à la croisée de nombreux usages :

    • Informatique (au travers de nombreuses applications disponibles sur des systèmes d’exploitation compatibles comme Android) ;
    • Internet (avec la connectivité permanente) ;
    • Multimédia (avec des composants dédié au codage / décodage audio et vidéo) ;
    • TV (avec le réseau MediaFlo) ;
    • Jeux (les capacités 3D des composants graphiques sont largement suffisantes pour ça) ;
    • Édition (grâce à sa technologie d’affichage)…

    Tout ceci est très encourageant, et il ne manque plus qu’un domaine d’activité pour compléter ce tableau : La santé. Avec le vieillissement de la population et l’allongement de l’espérance de vie, ce sont des centaines des milliards de papy-boomers qui seront concernés par la nouvelle génération de terminaux à usage pseudo-médical :

    • Des téléphones simplifiés (avec de grosses touches) équipés d’une puce GPS et d’un bouton d’appel pour pouvoir facilement localisé et aider des personnes âgées en difficulté (subissant un malaise ou s’étant perdues car victime de la maladie d’Alzheimer) ;
    • Des visiophones simplifiés capables de faire du diagnostique à distance (comme le Health d’Intel) ou de retransmettre les constantes vitales de capteurs portées en permanence.

    Outre les applications évidente pour les personnes du troisième âge, ce types de terminaux peut intéresser les pouvoirs publics qui y trouverait un avantage économique (cela coûte beaucoup moins cher de surveiller un patient à son domicile plutôt que dans une chambre d’hôpital). Ces terminaux seraient donc potentiellement subventionnés par la sécurité sociale dans le cadre de la médecine ambulatoire.

    Plus que jamais je suis intimement convaincu que nous sommes à l’aube de gros changements dans notre façon d’appréhender les outils informatiques et de penser / concevoir les services qui accompagneront ces nouveaux usages.

    /!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.

    Quels contenus pour les touchbooks et ebooks ?Commentaires fermés

    Alors que la blogosphère n’en finit plus de spéculer sur le probable lancement du touchbook d’Apple la semaine prochaine, je m’interroge aujourd’hui sur les nouveaux usages qui vont se développer autour de ces nouveaux terminaux (puisqu’ils finiront par sortir, chez Apple ou un autre). Et tant que j’y suis, je souhaiterai également partager avec vous ma réflexion sur la dichotomie entre les contenus destinés aux touchbooks et ceux destinés aux ebooks.

    Surf d’appoint, contenus numérisés et additionnels pour les touchbooks

    Les dernières rumeurs concernant le touchbook d’Apple parlent d’un terminal versatile utilisé par toute la famille. Une rumeur parfaitement fondée car j’imagine tout à fait ce terminal de petit format trainer dans le salon afin de pouvoir faire des consultations rapides sur tel ou tel site.

    Le probable look&feel du probable touchbook d'Apple
    Le probable look&feel du probable touchbook d'Apple (image de Fotoboer)

    Pour une session de surf plus longue, les ordinateurs traditionnels (et même les netbooks) sont bien évidemment plus confortables, mais ils sont plus longs à démarrer et ne sont pas forcément rangés dans le salon. Outre cet usage premier, j’anticipe toute une série d’usages et de contenus spécifiquement adaptés aux caractéristiques de la machine (petite taille, très bonne autonomie, démarrage en quelques secondes…).

    Concernant les contenus, différents scénarios sont à envisager :

    Il y a également un ensemble de contenus additionnels couplés à des programmes TV ou autre :

    • Des encyclopédies de séries TV (résumés des épisodes, fiches sur les personnages…) qui seraient consultables avant / pendant ou après le visionnage d’un épisode (pourquoi pas sous forme d’abonnement ou sponsorisées) ;
    • Une retransmission enrichie d’évènements sportifs comme par exemple les J.O; d’hiver ou la coupe du monde, où il serait possible d’avoir les résultats et statistiques en temps réel sur votre touchbook pendant que vous regardez à la TV le direct, de même que des fiches très détaillées sur une équipe de foot ou un joueur (disponibles également sur abonnement ou sponsorisées par une marque) ;
    • Des flux d’informations ultra-fraîches centrées sur un évènement particulier, par exemple la catastrophe en Haïti qui serait couverte sous tous les angles ;
    • Des publications hybrides (texte + énigmes + visuels + vidéos) comme le propose Level 26 (cf. Le Diginovel Level 26 à l’épreuve du clic)…

    Les possibilités sont nombreuses (cf. 5 Industries an Apple Tablet Could Revolutionize) mais je suis persuadé qu’il est tout à fait possible de développer un écosystème viable d’applications et de contenus autour des touchbooks pour parfaitement exploiter leurs caractéristiques.

    Jeux low-fi, livres interactifs et apprentissage sur les ebooks

    Intéressons-nous maintenant aux ebooks. et plus particulièrement au Kindle d’Amazon qui combine la technologie révolutionnaire d’encre numérique (excellent contraste, autonomie de plusieurs semaines) et des capacités de communication via le réseau 3G Wispernet.

    Mais avant toute chose, juste une précision pour ne pas polluer votre réflexion : Non les livres électroniques ne remplaceront pas les livres papier, ils sont aux livres traditionnels ce que les fichiers MP3 sont au CD. Comprenez par là que l’expérience de lecture / écoute est certes inférieure, mais vous compensez cela par une praticité inégalée (n’importe quel chanson / livre accessible en quelques clics) et surtout du volume (des milliers de chansons / livres dans votre poche).

    Le livre électronique d'Amazon
    Le livre électronique d'Amazon

    La grosse annonce de cette semaine a été la disponibilité prochaine d’un kit pour pouvoir développer des applications pour le Kindle : Amazon to Launch App Store for Kindle. Ce kit ouvre ainsi de nombreuses possibilités :

    • Des jeux low-fidelity qui pourraient être joués en local (casse-tête et casual games : EA Readying ‘Popular and Fun’ Kindle Games) ou joués en ligne (des parties d’échec ou de dames qui seraient jouées en asynchrone contre un adversaire humain ou contre un agent intelligent) ;
    • Des livres-jeu comme il en existait avant (cf. la série des Livres dont vous êtes le héros) qui pourraient facilement être remis au goût du jour pour cibler leur public d’origine ;
    • Des cours de langue ou autre contenus pédagogiques (sous forme de leçons + exercices) ;
    • Des applications de personnal coaching (toujours sous forme de leçons + exercices / méditations) qui seraient une version simplifiée des programmes d’entrainement cérébraux mais sur des thématiques plus larges…

    Là encore tout reste à inventer et je suis persuadé que le Kindle (ou d’autres) peut s’aménager une niche très rentable s’il parvient à trouver sa cible (générations x et au-delà) et à lui fournir des contenus et applications adaptées (après tout Nintendo a bien réussi à convertir les seniors…).

    2010 sera une année cruciale pour la structuration du marché

    Je précise une chose importante : Touchbooks et ebooks ne sont pas à considérer comme des produits réellement grand public mais plutôt comme des offres de niche. Cela ne veut en aucune façon dire que ces niches ne seront pas rentables, bien au contraire ! Face à un internet où les utilisateurs sont habitués au tout gratuit, ces deux types de terminaux pourraient bien représenter de véritables bouffées d’oxygène pour certains secteurs à l’agonie.

    Pour le moment l’offre est tellement embryonnaire et le marché instable qu’il faut impérativement des acteurs sur-puissants pour “ouvrir la voie” et orchestrer de façon viable la rencontre entre ces machines, les contenus d’éditeurs tiers et le public qui ne sait pas encore trop à quoi cela va lui servir. Heureusement nous avons Amazon et Apple qui vont dominer le marché (au moins dans un premier temps) et éviter l’erreur de faire trop de compromis comme les constructeurs de netbooks ont pu le faire (et tuer ainsi un concept très prometteur).

    2010 sera donc une année cruciale pour bien poser les règles et conditions de marché pour qu’un écosystème durable se crée. Inutile de vous dire que je suis plus qu’impatient de voir comment cela va se dérouler…

    /!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.

    Vers une nouvelle bataille des navigateurs pour les ebooks et touchbooks ?Commentaires fermés

    Comme annoncé dans mes prédictions (et par 99% des experts et éditorialistes), 2010 sera résolument l’année des terminaux à format disruptif : ebooks et touchbooks. Cette disruption ne concerne pas que la taille de l’écran mais également les technologies employées (encre électronique pour les premiers, large écran tactile pour les seconds) et les usages.

    On annonce ainsi une authentique révolution pour la presse et l’édition qui verraient dans ces nouvelles machines l’opportunité de monétiser correctement leurs contenus. Le Kindle d’Amazon propose ainsi une expérience de lecture quasi-similaire à du papier pour des contenus de type news consommés sous forme d’abonnements. Les futurs touchbooks des grands constructeurs (Apple, HP, Dell…) proposeront également une expérience de lecture beaucoup plus riche pour des contenus de type magazine (cf. la démonstration de Time inc.).

    Concept de magazine digitalisé sur un touchbook
    Concept de magazine digitalisé sur un touchbook

    Pour le moment les scénarios d’usage sont assez limpides et ne semblent pas poser de problème.

    Ebooks et touchbooks en concurrence sur les bases de données

    Sauf que si l’on creuse un peu, on se rend compte que ces deux familles de terminaux,qui ne répondent en théorie pas réellement aux mêmes usages, pourraient bien entrer en concurrence directe sur un point bien précis : les bases de données. Tout l’intérêt des journaux électroniques comme ceux diffusés via le Kindle est de pouvoir facilement chercher et accéder à de l’information complémentaire (en passant ainsi d’un article à un dossier thématique à un autre article…).

    Exemple de documentation technique sur un Kindle
    Exemple d'article sur le Kindle

    De même, tout l’intérêt des magazines numériques est de pouvoir consommer de l’information façon rich media (texte avec belle mise en page, photos, vidéos…) dans un contexte agréable et non limitatif (article sur le dernier match de foot > tableau des scores du championnat > statistiques d’une équipe > meilleurs buts…). Dans les deux cas de figure, plus la base de données est riche et facile à parcourir et plus l’offre est alléchante. L’offre ? Quelle offre ? L’abonnement premium enfin ! Car c’est bien de cela dont nous sommes en train de parler : un principe d’abonnement qui donne droit aux infos les plus fraîches et aux données les plus complètes. Auparavant ce type de produit était vendu sur CD / DVD mais la possibilité de s’affranchir du support physique est bénéfique à la fois pour l’éditeur (meilleure marge) et pour l’utilisateur (plus de confort).

    Les éditeurs de presse traditionnelle proposaient déjà des formules payantes pour accéder à leurs archives, mais il est tout à fait possible d’étendre ce modèle (actus + base de données) à d’autres secteurs : le sport, la cuisine, les voyages, la documentation professionnelle (ex. Vidal, Dalloz, LefebvreLexisNexis et cie)… L’intérêt pour un éditeur sera donc de pouvoir proposer ce type d’abonnement sur le plus grand nombre de machines possibles (afin d’augmenter le nombre de clients potentiels). Problème : Les tailles / formats / technologies d’affichage varient d’une machine à l’autre. Le plus simple serait donc de pouvoir publier du contenu dans un format suffisamment souple pour pouvoir s’adapter aux contraintes / spécificités de ces différentes machines. Un format qui serait ensuite retravaillé au niveau de la machine par un… navigateur. Hé oui, car c’est bien de cela dont il s’agit : une nouvelle génération de navigateurs conçus pour manier un type bien particulier de contenu (actus + photos/vidéos + recherche dans une base de données) sur un type bien particulier de machines (cf. Quelles interfaces pour les touchbooks ?).

    Une nouvelle génération de navigateurs

    Outre la manipulation du contenu (lecture, recherche…) et des différents supports (livres, journaux…), ces fameux navigateurs de nouvelle génération pourraient également servir à deux fonctions bien précises :

    • Parcourir la marketplace de contenus (recommandations et achats de nouveaux contenus) ;
    • Gérer les transactions (vous ne donnez pas à chaque fois votre numéro de CB).
    Le Kindle Store d'Amazon
    Le Kindle Store d'Amazon

    Lire et gérer ces contenus, parcourir les rayons et acheter de nouveaux contenus, gérer les transactions… tout ceci ne vous rappelle rien ? iTunes peut-être ? Hé oui, car c’est bien de cela dont nous sommes en train de parler : un logiciel à mi-chemin entre Safari et iTunes. Et puisque l’on parle d’ iTunes, comment ne pas aborder le cas des applications. Prenons l’exemple du Cooq : il embarque des recettes, des fiches ingrédient mais également des applications de gestion de listes de course ou de planification des menus. Il pourrait en être de même pour les secteurs cités précédemment.

    Et puisque l’on parle d’iTunes, pourquoi ne pas aborder le cas des jeux ? Il y a bien évidemment l’exemple des jeux “papier” facilement transposables comme les grilles de sudoku ou les mots croisés / fléchés, mais il serait tout à fait envisageable d’avoir des jeux d’échec ou de dames sur un ebook : la machine ne gère que l’affichage du damier, les calculs sont effectués sur le serveur (c’est donc une forme de cloud-gaming).

    Alors bien sûr vous pourriez me dire que les tablets PC actuels embarquent Windows et disposent de toute l’artillerie nécessaire pour faire cela, mais je me permettrait de vous rappeler que nous ne parlons pas tout à fait de la même chose. La toute récente HP Slate présentée au CES 2010 est propulsée par Windows 7, mais ne répond pas du tout aux critères d’autonomie ou de confort de lecture que je me fait des touchbooks : il s’agit plus d’un ordinateur diminué (sans clavier ni souris) que d’un support de lecture viable (en tout cas ce n’est pas elle qui va sauver les métiers de la presse et de l’édition).

    La slate de HP, un contre-exemple de touchbook
    La slate de HP, un touchbook "obèse" gavé à Windows 7

    Sans rentrer dans le débat je suis persuadé que la surenchère technologique est vaine et je rejoins tout à fait l’avis de Paul Carr : Hey! Look behind you! It’s the tablet of the future!. Bref, il va bien falloir un socle technologique pour afficher du contenu dans de bonnes conditions (livre ou magazine électronique), gérer les abonnements et les transactions, faire tourner les applications… et gérer la publicité également. Hé oui, car c’est là un autre critère très important à prendre en compte : qui contrôle le navigateur contrôle également les publicités affichées dedans ? Ce n’est ainsi pas un hasard si Apple vient de mettre la main sur Quattro Wireless (une régie publicitaire mobile), c’est pour augmenter les revenus sur iPhone mais également pour préparer ceux de sa future iSlate : Apple to Acquire Mobile Ad Platform Quattro Wireless.

    Le Skiff Reader en ation
    Exemple de publicité sur le Skiff Reader

    J’anticipe déjà des contenus distribués gratuitement via iTunes car financés par de la publicité (mais disponibles également sans pub en version payante). Ceci est valable à la fois pour les journaux, les magazines et revues pro, les livres…

    Dans ce scénario peut-être que le mieux placé finalement ça sera Google. Google qui dispose du software (Android et Google Chrome OS), du hardware (il existe déjà un Nexus One, pourquoi pas un Nexus Two ?) et des contenus au travers de Google News, Goole Fast Flip et Google Books. Quand on y réfléchit bien Google sera peut-être le dernier à tirer mais semble cependant le mieux placé (cf. Say Hello to the Google Tablet et Google and HTC Working On a Chrome OS Tablet.

    MàJ (08/10/2010) : Nintendo pourrait être l’invité de dernière minute : Nintendo 1er sur le livre électronique en France en 2010 ?

    Amazon, Apple et Google… qui pouvait rêver de meilleurs compétiteurs pour un marché où celui qui proposera l’expérience d’utilisation la plus fluide remportera la mise. Et aussi les choix technologiques les plus pertinents. Et le modèle économique le plus viable. Et le navigateur le plus polyvalent (d’où le titre de l’article).

    /!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.