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Un assistant personnel dans votre smartphone avec Siri, Now et Gimbal (3)

Lancé en octobre 2011 par Apple avec son iPhone 4s, Siri est vite devenu un objet de curiosité pour bon nombre d’observateurs. Il faut bien avouer que cette nouvelle fonctionnalité a de quoi surprendre : un assistant personnel dans votre smartphone que vous interrogez en parlant, rien de tel pour se faire passer pour le dernier de zinzins. Après des débuts chaotiques, Siri a fini par trouver sa place… surtout aux États-Unis où Apple a su nouer des partenariats intéressants avec de grands fournisseurs de contenus et services.

L’interface de Siri

Outre l’interface vocale qui a beaucoup été décriée, quoique l’on puisse y trouver un intérêt (La Chevrolet sera la première voiture à parler le Siri), c’est plus sa capacité d’intelligence artificielle couplée à un accès direct aux données personnelles de l’utilisateur (messages, emails, carnet d’adresses, calendrier, localisation…) qui en fait un terrain d’expérimentation particulièrement intéressant. L’attrait de Siri ne repose donc pas dans le fait de pouvoir programmer un RDV en faisant son jogging, mais plutôt d’y associer toujours plus de services et de sources d’information. Apple y croit très fort, mais semble pour le moment plus préoccupé par le brevetage de son système (Apple seeks patent for Siri automated assistant). Dans la réalité, surtout la nôtre, Siri pêche encore par sa compréhension du français et par la valeur ajoutée très limitée des services qu’il propose aux utilisateurs français.

Plus pragmatique, Google a lancé son propre assistant personnel en juin 2012 avec la sortie d’Android 4.1 : Google Now. Présenté comme un concentré des services et du savoir-faire de Google, ce Now a tout de suite impressionné la communauté par sa redoutable efficacité.

Accessible depuis l’écran de verrouillage, Google Now se présente sous la forme de fiches (cards en anglais) vous indiquant la météo locale, le trajet pour votre prochain RDV, les informations de votre prochaine réservation (avion, restaurant, train…), les anniversaires de vos proches… Vous avez également la possibilité de définir des alertes en fonction de sujets d’actualité, du cours d’une action, d’une rencontre sportive, d’un concert…

L’interface de Google Now

Tout comme Siri, Google Now est également activable et interrogeable à la voix, et on parle même d’une prochaine intégration à Chrome : Chrome code update reveals plans for desktop Google Now integration.

Là où Google Now impressionne, c’est qu’il anticipe vos besoins, par exemple en vous prévenant que si vous ne partez pas dans l’instant, vous allez être en retard à votre RDV (il propose aussi d’envoyer un SMS pour prévenir du retard). Au début ça fait peur, mais après, on commence à envisager une infinité de possibilités, d’autant plus que les équipes ont d’énormes ambitions pour améliorer le service : How Google Plans to Find the UnGoogleable.

Est-ce donc ça l’avenir de la recherche : apporter des premiers éléments de réponse en fonction du contexte avant même que l’utilisateur ait fait une recherche ? Peut-être… Toujours est-il que les acteurs de la mobilité s’intéressent de très près à ses assistants personnels à des fins de fidélisation comme Samsung avec S-Voice (Samsung S-Voice is a Siri rival for Galaxy S III) ou LG avec Quick Voice (LG launches ‘Quick Voice’ on its phones in Korea, goes head to head with S Voice and Siri).

Dernier exemple en date : Gimbal, la technologie d’intelligence contextuelle que Qualcomm est en train de tester en Asie : Gimbal, Qualcomm’s innovative mobile technology, set for first rollout with Dentsu in Japan. Le principe de Gimbal est de créer un profil enrichi des utilisateurs de terminaux mobiles en fonction des endroits où ils se déplacent, de leurs usages et de leur rythme. Ce profil est ensuite mis à disposition des applications pour proposer une expérience plus personnalisée.

Assistant personnel ou moteur de ciblage publicitaire ? Le moins que l’on puisse dire est que les équipes de Qualcomm se sont plus souciées de  séduire les annonceurs et développeurs d’application que les utilisateurs finaux ! Très peu d’informations ont filtré sur cette technologie, mais elle vient accréditer mon intuition sur le prochain cheval de bataille des services mobiles : l’hyper-personnalisation.

L’iPhone est maintenant un produit de niche, l’iPad sera le prochain (8)

La compétition entre Google et Apple pour la domination de la sphère mobile n’a jamais été aussi acharnée, surtout avec la sortie récente de la gamme complète Nexus. Ces derniers trimestres ont été marqués par l’inexorable montée en puissance des smartphones propulsés par Android. Force est de constater que nous avons maintenant franchi un palier avec la sortie d’un rapport équivoque par IDC : Android Marks Fourth Anniversary Since Launch with 75.0% Market Share in Third Quarter. En quatre ans, Android a donc réussi à conquérir 75% de parts de marché, laissant Apple avec à peine 15%.

Répartition des volumes et parts de marché des smartphones (source : IDC)

Précisons que ces chiffres correspondent aux unités livrées aux distributeurs et non vendues (mais elles seront bien vendues un jour). Cette spectaculaire domination soudaine est la résultante de chiffres de vente exceptionnels pour des modèles de référence comme le Galaxy S3 de Samsung, ainsi qu’une période creuse pour Apple qui vient à peine de lancer l’iPhone 5.

Nous pouvons donc officiellement dire qu’Android est la plateforme mobile dominante et que l’iPhone est un produit de niche. Une affirmation qui ne me surprend pas vraiment tant l’écart des prix de vente est important entre les derniers smartphones Android et celui de la marque à la pomme. Apple se retrouve dans la configuration de marché qu’il aurait toujours dû avoir : un verrouillage du segment supérieur. 15% de parts de marché suffisent largement à Apple pour dégager des bénéfices très confortables et continuer à faire rêver les utilisateurs du monde entier.

Pour les tablettes, la tendance est la même : une irrésistible érosion des parts de marché de l’iPad face à une concurrence impitoyable (Apple drops to 50.4% tablet market share in Q3). Même si Apple parvient à conserver la moitié des parts de marché, ils ne peuvent pas lutter face aux prix pratiqués par Samsung, Asus et Amazon.

Répartition des volumes et parts de marché des tablettes (source : IDC)

Là encore, nous parlons d’unités livrées et non vendues, mais il n’y a aucune raison pour que le marché des tablettes ne suive pas la même progression que celui des smartphones. D’autant plus qu’Apple doit faire face à une concurrence encore plus pressante de Samsung, de Google / Asus (qui vend 1 million de Nexus 7 par mois) ou de distributeurs comme Amazon, Barnes & Nobles ou même de Kobo.

Encore une fois, rien de tout ceci n’est surprenant dans la mesure où les géants de l’internet investissent des sommes et une énergie considérable dans ce domaine (Microsoft et Google rattrapent leur retard sur Apple). La grande inconnue dans cette histoire est de savoir comment Microsoft va s’en sortir avec sa tablette hybride et hypothétiquement un smartphone sous sa marque (Microsoft Is Reportedly Testing Its Own Smartphone). Il y a encore de très belles places à prendre sur le marché professionnel, encore faudrait-il que les équipes de Microsoft se décident à sortir les offres adéquates.

Maintenant que nous savons où le marché se dirige, il devient plus qu’urgent de définir une feuille de route viable à long terme et de faire monter en compétences vos équipes internes pour pouvoir aborder la mobilité avec plus de sérénité (Pourquoi lancer une application mobile ne sert à rien).

Apple et Google n’ont pas encore gagné la bataille du mobile (5)

Si vous vous intéressez à la mobilité et au marché des smartphones, il ne vous aura pas échappé que le marché est actuellement scindé en deux entre iOS et Android. Les statistiques montrent en effet une domination écrasante d’Apple et de Google / Samsung :

Cet affrontement épique ne reflète néanmoins pas la dynamique réelle du marché. Il y a en effet des acteurs historiques toujours présents qui fournissent des efforts considérables pour finaliser de nouvelles offres et de nouveaux concurrents qui expérimentent des pistes tout à fait intéressantes. Apple a mis l’industrie KO avec la sortie son iPhone, ça leur a prit 5 ans, mais les acteurs historiques de la téléphonie commencent enfin à contre-attaquer avec des propositions plus que crédibles.

RIM est ainsi le plus bel exemple de cette contre-attaque avec la présentation la semaine dernière de sa plateforme Blackberry 10 qui tente un pari audacieux (The Future Of RIM: “BlackBerry Isn’t For Everyone), mais néanmoins tout à fait convainquant : BlackBerry 10, a closer look.

Outre le fait que cette nouvelle version de leur système d’exploitation soit la seule plateforme réellement multi-tâche, un certain nombre de nouveautés tout à fait intéressantes nous prouvent qu’Apple n’a pas le monopole de l’innovation :

  • Un clavier virtuel remarquablement bien pensé
  • Un appareil photo exploitant à merveille le mode vidéo pour des photos plus réussies
  • Une gestion pro/perso facilitée

Autant le dire tout de suite, il y a bien longtemps que je n’avais pas été autant enthousiasmé par des innovations sur les smartphones.

Microsoft a également fait un pari audacieux avec Windows Phone 7 en optant pour une interface et une logique applicative radicalement différente de celle prise par iOS (et Android). Ils ont, eux aussi, mis un certain temps à accoucher d’un appareil qui tienne la comparaison, mais y sont finalement parvenus avec le Lumia 900 de chez Nokia. Pour le moment la réponse du marché n’est significative, mais ils pourraient bien nous surprendre avec Windows Phone 8 qui a plus d’un atout dans sa manche (intégration de Skype, synchronisation avec Windows 8…) et des parts de marché à conquérir sur le segment des utilisateurs professionnels délaissé par Apple et Google.

Enfin, d’autres acteurs explorent une troisième option avec un système d’exploitation plus léger et une interface reposant sur HTML. (ce qui n’est pas sans rappeler Chrome OS). Mozilla a ainsi présenté en fin d’année dernière son projet Boot to Gecko (Mozilla’s Boot to Gecko – The Web is the Platform) qui devrait se concrétiser prochainement : Brazil will be the first country to get Mozilla’s Boot to Gecko open web devices.

Dans le même esprit, Intel et ses partenaires (la fondation Linux et Samsung) vient de dévoiler Tizen le successeur du défunt MeeGo et qui propose également une interface légère : HTML5-based MeeGo successor Tizen hits 1.0 milestone.

Au final, nous pensions que la firme à la pomme avait réduit la concurrence au silence, mais la situation a changé, car une nouvelle vague d’innovations s’apprête à déferler sur le secteur des smartphones, Apple n’est plus le seul capable d’innover. Ce nouveau souffle va dynamiser la concurrence et bien évidemment profiter aux utilisateurs finaux qui vont enfin pour choisir des alternatives crédibles à l’iPhone (devenu bien trop fermé à mon goût).

Les cartes sont donc à nouveau distribuées, le marché sera selon moi piloté par deux leviers :

Affaire à suivre…

Récapitulatif des tendances de la mobilité (1)

Cette semaine se déroulait à Barcelone le Mobile World Congress, LA grand-messe annuelle de la mobilité. Je pense ne pas me tromper en disant que cette édition 2012 en a déçu plus d’un (Want to see 2012′s mobile future? Look at 2011). Je n’ai pas pu y assister, mais les habitués s’accordent à dire qu’il y a eu moins d’annonces et d’innovations que les éditions précédentes. Ceci étant dit, l’actualité de ces deux dernières semaines a été tellement riche que ça n’a pas vraiment d’importance. Je vous propose donc de récapituler les annonces faites pendant et en dehors de la conférence.

Concernant les constructeurs :

Concernant les éditeurs et fournisseurs de solutions :

  •  Adobe a officiellement lancé Photoshop pour iOS ;
  • Le catalogue Marvel est maintenant proposé sur iBookstore ;
  • Facebook a officiellement annoncé son offre de marketing mobile ainsi qu’une proposition de standardisation du web mobile et du paiement sur terminaux mobiles ;
  • Des rumeurs annoncent la disponibilité dans le courant de l’année d’Android 5.0 (nom de code = Key Lime Pie) ;
  • Forrester nous rappelle qu’aucune tablette tournant sur Android ne dépasse les 5% de parts de marché, l’iPad reste donc un support de référence. À moins que le Kindle Fire ne vienne jouer les troubles fête en s’accaparant 1/3 du trafic ;
  • Windows 8 sera résolument tourné vers le monde mobile ;
  • Mozilla a surpris tout le monde avec l’annonce de Open Web Device, un projet de système d’exploitation mobile open source reposant sur HTML5 ;
  • Enfin Google vient tout juste de fusionner ses différentes places de marché de livres, jeux, applications, musiques et films en une destination unique : Google Play.

Vous conviendrez que si le congrès à été perçu comme décevant, les annonces pleuvent.

Maintenant que nous avons fait le tour des nouveautés, je vous propose de prendre du recul et de lister les tendances qui vont caractériser l’année 2012 :

  • Android domine le marché des smartphones. Les ambitions de Google concernant la mobilité sont connues depuis longtemps, ils se sont donné les moyens de leurs ambitions et les résultats : après une progression fulgurante et un rythme de 850.000 activations par jour, les smartphones propulsés par Android dominent maintenant le marché (2012 Mobile Future in Focus). Mais cette domination ne s’arrête pas là, car ils proposent également de nombreux services et ressources pour aider les marques et commerçants (ex : How to Go Mo). Bref, je pense que je peux éditer mon article de l’année dernière et retirer le point d’interrogation : Google en passe de s’approprier l’internet mobile ?.
  • Le marché des tablettes est très dynamique et les perspectives de croissance toujours aussi fortes (cf. 2012 sera l’année des tablettes et ).

    Force est de constater qu’Apple règne toujours en maitre sur ce créneau, malgré les très bons résultats du Kindle Fire d’Amazon (Amazon Expands Tablets’ Addressable Market). La position dominante de la firme de Cupertino ne risque pas de faiblir avec l’annonce imminente de l’iPad 3.
  • La montée en puissance du m-Marketing avec des solutions toujours plus mûres : +722% d’impressions publicitaires sur smartphones en Europe.
  • L’avènement du m-Commerce avec des chiffres très encourageants (97% of people have shopped online, 30% using a smartphone) et surtout les solutions de paiement via terminaux mobiles, à l’image de Square qui propose maintenant des solutions de paiement pour les boutiques et les taxis.

    Du coup Paypal lance un partenariat avec Tabbedout pour faire des paiements mobiles dans les bars et restaurants. Profitons-en pour rappeler que Starbucks est très content de son partenariat avec LevelUp, et que iZettle est officiellement disponible en Scandinavie.
  • De plus en plus de solutions MtoM (Machine-to-Machine) commencent à voir le jour. Un domaine particulièrement intéressant, surtout dans la domotique ou pour les capteurs distants. L’arrivée sur le marché d’offres de téléphonie low cost chez Free devrait générer de nombreuses opportunités (notamment avec le transfert de données par SMS grâce à des forfaits à 2€/mois).

2012 va résolument être une année passionnante, il va nous falloir in peu de temps pour digérer toutes ces annonces et voir comment tout ceci s’articule. Si le secteur grand public est naturellement privilégié, je pense que les innovations les plus intéressantes seront à chercher du côté de l’entreprise. Mais nous aurons l’occasion d’en reparler…

Google Chrome OS = iOS + iTunesCommentaires fermés

Si mes calculs sont exacts, voilà 1 an 1/2 que Google a annoncé son système d’exploitation Chrome OS (cf. Chrome OS, la pierre angulaire de l’empire Google). Une attente particulièrement longue qui pourrait probablement prendre fin bientôt, car la rumeur fait état d’un lancement probable le mois prochain : Google Chrome OS launching Nov 11? Difficile de dire si cette rumeur est infondée dans la mesure où ça n’a jamais dérangé Google de sortir un produit non achevé (euphémisme).

Toujours est-il que les attentes sont au plus fort car en 1 an 1/2 il s’est passé beaucoup de choses :

  • Apple a torpillé les ventes de netbooks avec son iPad ;
  • Les ventes de terminaux mobiles équipés d’Android cartonnent ;
  • Facebook s’est imposé comme le nouveau roi du web.

Quels enseignements peut-on tirer de ces trois faits marquants ?

  1. Le marché des équipements informatiques est en plein bouleversement (les clients veulent du neuf) ;
  2. La mobilité est une composante essentielle (indispensable pour faire des ventes)
  3. Les services “sociaux” sont mieux valorisés que les logiciels (en témoignent les publicités récentes pour des smartphones où sont surtout mises en avant les capacités à se connecter à Facebook, MSN Messenger…).

Trois enseignements qui convergent vers Chrome OS et me font dire que Google a un très gros coup à jouer (cf. Avec Chrome OS Google se positionne sur l’outil informatique du futur), d’autant plus que son concurrent le plus sérieux (Apple) se retrouve avec une marge de manoeuvre extrêmement fine.

L'interface de Chrome OS

Apple, un géant qui risque de s’effondrer sous son propre poids

Inutile de revenir sur la succès story d’Apple avec iTunes ni sur la position dominante qu’il occupe dans la chaine de valeur des contenus numériques. Mais si l’on y regarde de plus près, Apple se trouve en fait dans une position très fragile car :

  • Étant N°1, ils sont exposés à une concurrence impitoyable (toute l’industrie cherche des solutions pour contourner ce quasi-monopole) ;
  • Ils vont devoir accélérer la diversification pour tenir les promesses faites aux marchés financiers (notamment concernant l’iPad qui devrait petit à petit s’éloigner de l’iPhone, concernant l’Apple TV ou encore les services payants), hors diversification = risques ;
  • Le modèle de revenu, qui repose sur un écosystème ultra-fermé, ne leur permet pas d’avancer aussi vite que leurs concurrents.

Pour être plus précis, ce n’est pas tant Apple qui est menacé mais plutôt le couple iTunes / iOS. Ce qui a fait la robustesse du système Apple va également faire sa faiblesse à mesure que la concurrence s’organise (et notamment celle de Google) :

  • iTunes, le canal de distribution et d’encaissement, fait figure de dinosaure avec ses mises à jour régulières de plus de 100 Mo et ses innombrables couches applicatives empilées les unes par dessus les autres (médiathèque + App Store + Genius + Ping…). À l’heure où tout le monde ne jure que par les logiciels en ligne, iTunes brille par sa rigidité et son opacité (impossible d’accéder autrement à votre iPhone / iPod).
  • iOS, le canal de consommation des contenus et applications repose sur une technologie hautement propriétaire. Présenté à la base comme le lien entre toutes les plateformes alternatives d’Apple (iPod / iPhone, iPad, iTV), ce système d’exploitation se retrouve maintenant confronté à un problème tout simple : 3 formats de terminaux = 3 types d’usages. Dur retour à la réalité pour Apple qui va devoir gérer un OS décliné en 3 distributions avec des spécificités toujours plus divergentes.

Non seulement le côté fermé du système Apple motive les hackers à sortir des jailbreaks toujours plus performants (littéralement, “jail break” = “s’évader de prison“, sous-entendu “Apple = prison“), mais en plus, cela limite le potentiel de croissance : Plus l’écosystème Apple est fermé et plus ses revenus sont élevés. Ce qui veut dire que quand il y a une brèche dans cet écosystème (les jailbreaks), les revenus s’effondrent ; mais également que pour augmenter ses revenus, Apple doit verrouiller toujours plus d’utilisateurs. Formuler autrement : Apple a BESOIN de verrouiller ses clients et son écosystème pour maintenir ses marges et tenir les promesses faites aux marchés financiers.

Même si ce modèle de revenu a fait ses preuves, et permis à l’action Apple de dépasser la barre des 300$, sa rigidité et son exposition aux critiques et jalousies vont ralentir sa croissance. Pire, le modèle fermé d’Apple se situe à l’opposé de celui de Google qui prône l’ouverture. Illustration avec le lancement récent de Game Center, une couche de social gaming, pour récupérer les parts de marché d’éditeurs indépendants comme OpenfeintCrystalPlus+Agon

Chrome = OS + navigateur + SaaS + Store + Checkout + …

À l’opposé du modèle Apple, nous trouvons donc celui de Google avec Chrome : Un navigateur / système d’exploitation open source qui s’appuie sur la communauté. Ce n’est ainsi pas un hasard s’il n’existe pas de site web officiel de Chrome OS, uniquement un site officiel pour Chromium OS.

L’approche de Google repose donc sur des technologies et un écosystème ouverts. Le modèle économique de Google est ainsi parfaitement diversifié et sa croissance profitera à l’ensemble des acteurs de la chaine de valeur : Plus l’écosystème Chrome OS sera ouvert et plus les revenus seront élevés.

Le principal avantage de ce modèle est qu’il ne génère aucune dépendance. Mieux, Google a initié avec Android et ses partenaires industriels un deal unique : le plus que gratuit (l’OS est gratuit et Google s’engage à partager les revenus publicitaires). Il ne me semble pas que ça a été annoncé officiellement, mais il y a de fortes chances pour que de telles conditions soient appliquées avec Chrome OS.

Non seulement Chrome OS va bénéficier des faveurs de la communauté ainsi que des industriels, mais son évolution sera grandement simplifiée par le fait que les applications, services et contenus ne sont pas directement liés à l’OS ni même installés sur la machine :

Les technologies qui vont propulser Chrome OS sont également morcelées pour en faciliter la maintenance et l’évolution : GearsNaCl, O3DStorage… Et enfin, les canaux de distribution seront eux aussi désolidarisés de l’OS : Web Store, Music et Editions (qui devraient être lancés d’ici la fin de l’année). Il ne manquera plus que Google Games pour compléter ce tableau (le rachat d’une start-up comme OnLive devrait leur permettre de gagner du temps).

Premières images de Google Web Store

Google pourrait faire tourner 100% des équipements connectés

Avec Chrome OS et Android, Google pourrait potentiellement équiper n’importe quel équipement informatique :

  • Les ordinateurs, netbooks, et autres touchbooks ;
  • Les smartphones et smartbooks ;
  • Les TV et smartframes ;
  • Les kiosques et bornes tactiles ;
  • Les voitures, scooters, avions, bateaux et autres engins motorisés ;
  • Les objets connectés de plus petite taille (compteurs électriques, capteurs ambiants…)

Bref, Google pourrait devenir incontournable pour tout terminal ou outil informatique connecté. À une époque je m’étais posé la question de la concurrence entre Chrome OS et Android. Cette question ne se pose plus tant le nombre de terminaux ciblés est vaste (il est bien plus simple de couvrir tout le spectre avec deux OS qu’un seul). À partir du moment où les contenus et services sont accessibles indifféremment sur les deux OS au travers d’un navigateur ou de widgets, ça ne pose pas de problème. Chrome OS et Android seront donc au coeur d’un seul et même écosystème.

Une concurrence éloignée mais des acteurs à surveiller

Apple et Microsoft sont les concurrents “historiques”, mais leur modèle économique et leur circuit de distribution diffèrent tellement de ceux que va utiliser Google que l’on ne peut pas réellement les comparer (il faut aller dans une boutique et acheter un DVD dans une boîte en carton pour mettre à jour Windows ou Mac OS, la préhistoire !).

Mais tout n’est pas si simple, car Google devra également composer avec des acteurs de taille qui vont lui compliquer la tâche :

  • Facebook dont la domination du web ne cesse de croître et qui infiltre petit à petit l’ensemble des terminaux et services ;
  • Amazon qui progresse lentement mais sûrement sur les e-readers et pourrait nous surprendre avec une nouvelle génération de terminaux ;
  • Yahoo! qui pourrait bien jouer les trouble-fête en se mariant avec AOL et pourquoi pas un autre géant des médias (la naissance d’un consortium à trois bouleverserait le rapport de force dans le paysage des médias et des contenus, donc des annonceurs).

Bref, la partie n’est pas gagnée pour autant. De nombreux paramètres sont à prendre en compte dans l’équation du succès, Google en maitrise déjà un certain nombre, mais il y en a un qui me semble décisif dans ce projet : la couche sociale. Google Me permettrait d’unifier l’ensemble des services à caractères “sociaux” et de réduire la dépendance à Facebook.

Puisque Google propose déjà un modèle économique viable, des technologies robustes, de nombreux services et contenus, il ne resterait plus qu’à remettre à niveau la couche sociale de l’écosystème Chrome OS pour se mettre à l’abri de la concurrence (du moins pour les deux prochaines années). J’anticipe ainsi une configuration de marché où Apple continuerait d’exploiter les segments supérieurs (avec un fort ralentissement de sa croissance) et où Google viendrait s’installer durablement dans le quotidien numérique des foyers (le marché de masse).

Vous pourriez me dire qu’un tel scénario (domination de Google) n’est pas très réjouissant, mais avez-vous beaucoup souffert du monopole de Microsoft ces 20 dernières années ? RDV dans un mois pour avoir un avant-goût du futur de l’informatique selon Google.

MàJ (20/10/2010) : Il va falloir rajouter Mozilla dans la liste des concurrents potentiels avec ses Mozilla Web Apps :

Ce projet est très proche de celui de Google avec des applications 100% web, un répertoire, une boutique (pour les applications payantes) et des applications auto-distribuées (un peu comme les extensions de Firefox).

MàJ (22/10/2010) : Visiblement Apple ne compte pas se laisser faire puisqu’ils lanceront d’ici la fin de l’année leur propre Mac App Store.

/!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.

L’iPad est enfin sorti, n’en parlons plusCommentaires fermés

Après plusieurs (interminables) semaines de spéculations, l’iPad d’Apple est enfin commercialisé. Pour le moment les avis convergent tous vers la même conclusion : Un très bel appareil qui recèle un formidable potentiel… pas encore pleinement exploité. Au dernière nouvelles il y aurait presque 500.000 unités vendues en 1 week-end (MàJ : Visiblement les chiffres diffèrent d’une source à l’autre), belle performance.

Je ne retiendrais que trois choses pour la sortie du touchbook d’Apple :

  • La disponibilité de l’application Kindle d’Amazon (qui cherche à assurer ses arrières) ;
  • La disponibilité de l’application Pandora (un service de découverte musicale qui risque bien d’exploser les compteurs car le contexte d’usage de l’iPad – dans le salon – est tout à fait propice à cette activité) ;
  • La publication par Apple d’une liste de sites compatibles avec l’iPad (ils sont donc conscients qu’il y a un problème à ce niveau).

Voilà, sinon je peux vous renvoyer aux différents articles que j’ai rédigé sur le sujet (inutile de répéter les mêmes choses) :

J’attends donc avec impatience la V2 (ou la V3).

/!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.

Avec l’iPad, Apple lance un touchbook qui ne risque pas de concurrencer les ebooks (0)

Après une interminable attente Apple vient enfin d’annoncer son touchbook : l’iPad. Pour faire simple disons qu’Apple s’est contenté du strict minimum en proposant un gros iPhone (ou un gros iPod Touch si l’on considère la version sans connexion).

iPad_Home
L’écran d’accueil de l’iPad

Rien de très révolutionnaire au niveau des usages (surf sur internet, photos, vidéos, jeux…) ni des technologies mises en oeuvre (écran tactile LED multi touch, connexion WiFi et 3G, 10 heures d’autonomie…). Pour résumer, Apple nous propose avec cet iPad un terminal intermédiaire entre l’iPhone et les MacBooks correspondant à un usage mix intérieur / extérieur.

La future vache à lait de la gamme

Même s’il faut reconnaître l’indéniable qualité de fabrication propre aux produits Apple, force est de constater que cette machine est loin d’être révolutionnaire : pas d’encre électronique, pas de webcam, pas de ports USB ou SD Card, pas de senseurs arrières… Précisons que l’iPad sera propulsé par une version adaptée du système d’exploitation de l’iPhone afin d’assurer une compatibilité avec l’écosystème des applications déjà disponibles. Un choix logique au vu de la richesse de cet écosystème mais qui me laisse sur ma faim : l’iPad est très clairement positionné pour être la vache à lait de la gamme et non développer de nouveaux usages.

La présentation de cet iPad est d’ailleurs entièrement tournée autour des produits “traditionnels” d’Apple : musiques, films, jeux… l’iPad est ainsi le terminal alternatif pour consommer tout ce qui se trouve dans iTunes.

iPad_Games
Les jeux iPhone compatibles avec l’iPad

Les observateurs avertis auront noté la grande ressemblance entre l’iPad et le Litl qui se positionne également sur des usages très “casual” de l’outil informatique domestique :

litl
L’iPad fait quand même beaucoup pensé au Litl, non ?

Toujours pas de Flash dans Safari

L’iPad semble être également un terminal particulièrement bien adapté pour surfer confortablement sur votre canapé. Et pour cause : très léger, il tient bien dans la main et permet d’afficher un site web en pleine largeur grâce à une résolution de 1024*768.

iPad_Safari
Enfin un iPhone capable d’afficher correctement une page web

Seul problème, il n’y a visiblement toujours pas de Flash sur l’iPhone OS :

Pas de flash sur l'iPad
Pas de flash sur l’iPad (et merde !)

Ce manquement est à mon sens une grave erreur car même si cela permet de sécuriser les revenus d’iTunes, cela positionne l’iPad en situation d’infériorité par rapport aux nombreux touchbooks déjà présents sur le marché et surtout les nouvelles générations de machines comme la Slate d’HP.

Un beau gadget pour du travail d’appoint

Steve Jobs a fait sensation lors de la présentation en dévoilant les versions spécifiques d’iWork pour l’iPad : tout a été conçu pour tirer parti des spécificités de la machine.

iPad_iWork
iWork sur l’iPad

J’imagine qu’utiliser un iPad pour projeter un diaporama doit faire sensation auprès des aficionados, mais je doute que le clavier virtuel soit suffisamment confortable pour rédiger dans de bonnes conditions.

iPad_Type
Le clavier virtuel de l’iPad

Comme ils pensent à tout chez Apple vous pouvez bien sur acheter le clavier qui va avec, mais vous perdez ainsi le bénéfice de la transportabilité.

iPad_keyboard
Le clavier qui va avec l’iPad

Donc si nous résumons : l’iPad n’est donc résolument pas tourné vers les usages professionnels. D’autant moins qu’il n’intègre pas de webcam, oubliez donc toutes les possibilités d’en faire le terminal ultime pour faire de la visio-conférence. Vous pouvez éventuellement faire de la VoIP avec l’application Skype ou encore le tout récent Google Voice.

Un terminal pas réellement adapté aux livres et journaux électroniques

Venons-en maintenant au sujet qui fâche : les livres et journaux électroniques. Le NY Times a bien prévu une application adaptée à l’iPad, mais elle me semble guère convaincante pour un usage prolongé car lire sur un écran fatigue les yeux. L’iPad ne va donc pas apporter grand chose au Times Reader, à moins de proposer une mise en page et des services spécifiques (cf. Vers une nouvelle bataille des navigateurs pour les ebooks et touchbooks ?). Mais tout ceci coûtera forcément de l’argent et pourra être rentabilisé par les abonnements mais ne remboursera pas la création du contenu en lui-même.

Je suis plus que sceptique quand au potentiel de l’iPad en tant que lecteur de journaux électronique : le confort de lecture ne sera pas suffisant et l’autonomie est trop faible pour en faire un terminal passe-partout. Je place de bien plus grands espoirs dans le Skiff Reader qui s’annonce réellement révolutionnaire.

Le Skiff Reader qui sera disponible dans le courant de l'année 2010
Le Skiff Reader qui sera disponible dans le courant de l’année 2010

Concernant les livres électroniques, le constat est le même : l’écran de l’iPad n’est tout simplement pas adapté à une lecture prolongée. Même s’ils essayent de bien faire les choses avec une interface où l’on voit les pages tourner, une belle bibliothèque en bois et un très beau iBook Store (comptez 15$ par livre), nous sommes bien loin de l’expérience de lecture proposée par les terminaux à encre électronique (oui c’est bien du Kindle dont je parle).

Les livres électronique sur l'iPad
Les livres électroniques sur l’iPad

Nous en revenons donc à la grande question des contenus (cf. Quels contenus pour les touchbooks et ebooks ?) et je reste persuadé que touchbooks et ebooks ne sont pas réellement concurrents.

Un terminal grand public qui ne va pas révolutionner le marché

Au final nous avons donc une belle machine qui se contente de reproduire l’expérience (concluante) de l’iPhone en prolongeant les usages existants (web, musique, jeux, vidéos…) sans chercher à réellement bouleverser le marché. Comprenez par là qu’avec l’iPad, Apple cherche avant tout à générer du cash au travers de l’écosystème iTunes, mais il en faudra plus pour révolutionner l’outil informatique.

Car même si l’iPad est proposé à 499$, la version complète s’approche des 1.000$ (avec 64 Go de stockage, connexion 3G, station d’accueil, câbles et étui). Et 1.000$ c’est beaucoup plus qu’un touchbook équipé d’Android. Et oui, vous vous doutiez bien que j’allais parler de Google à un moment !

Soyons lucide, ils annoncent trois mois de délai pour la version 3G, trois mois c’est plus qu’il n’en faut à Asus ou HTC pour finaliser un touchbook compatible avec le système d’exploitation mobile de Google qui propose un bien plus grande liberté et un navigateur web avec Flash (cf. Flash Player bientôt disponible sur les smartphones Android). Même si la machine sera moins bien fignolée, elle sera moins chère et surtout plus “ouverte”.

Pour finir je dirais que l’absence de clavier physique sur l’iPad risque d’en rebuter plus d’un. J’invite ceux qui prétendent le contraire à poser la question aux possesseurs de terminaux Blackberry (ils ne sont pas prêt à abandonner leur petit clavier au profit d’une dalle tactile). Ceci laisse donc une autoroute aux netbooks de nouvelle génération qui répondront aux mêmes usages mais avec un clavier en plus. Je pense que le smartbook de Qualcomm associé à Chrome OS sera bien plus disruptif (cf. Avec Chrome OS Google se positionne sur l’outil informatique du futur).

Le smartbook selon Qualcomm
Le smartbook selon Qualcomm

Quel impact sur le marché ?

Au vu de ce qui vient d’être annoncé, j’anticipe un alignement du marché pour préparer l’arrivée de ce terminal :

  • Ajustement des caractéristiques techniques et des interfaces des touchbooks des autres constructeurs ;
  • Généralisation des widgets sur les netbooks (une bonne nouvelle pour Jolicloud) ;
  • Baisse du prix du Kindle et accélération du déploiement d’applications pour ebooks ;
  • Lancement en catastrophe sur le marché de terminaux hybrides propulsés par Android (en attendant Chrome OS).

Rien de révolutionnaire dans tout ça, et pour cause car l’iPad ne possède pas les caractéristiques nécessaires à l’initiation d’une nouvelle révolution des usages. Pour cela il faudra attendre les smartbooks (ou le Kindle 3) (ou le Nexus Two).

/!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.