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Amazon agrandit sa gamme de tablette et entre en guerre avec Apple et Google (0)

Hier s’est tenu à Los Angeles la grand-messe annuelle d’Amazon où Jeff Bezos est venu présenter les nouveaux terminaux de la marque, mettant ainsi fin à de nombreuses semaines de spéculations : Everything you need to know about today’s Amazon Kindle event in LA. Les gammes Kindle et Fire sont ainsi renouvelées pour permettre au géant de Seattle de combattre à armes égales avec Google et Apple. Si les nouvelles machines présentées impressionnent par le rapport qualité / prix / services, le nombrilisme traditionnel des américains risque de les faire passer à côté d’un concurrent qu’ils vont amèrement regretter d’avoir négligé.

Un nouveau Kindle avec rétro-éclairage

Comme tous les ans, la liseuse électronique Kindle est encore améliorée avec un cadre encore plus fin et un nouvelle écran à rétro-éclairage (Paper white) qui permet à Amazon de se remettre à niveau vis-à-vis des Nook de B&N.

La nouvelle gamme de liseuses électroniques d’Amazon

Comme toujours également, c’est sur le prix que les liseuses d’Amazon frappent fort avec un modèle haut de gamme à 179$ (Paperwhite + 3G) et un modèle d’entrée de gamme à 69$ (avec publicité), qui dit mieux ? Si Amazon est en mesure de vendre ses terminaux à prix coutant, c’est que le créneau du livre électronique se porte bien, à merveille même car les perspectives de croissance sont mirobolantes.

Comparaison des ventes de livres en papier et électroniques

Non seulement Amazon reprend le leadership d’un point de vue matériel, mais il se permet en plus le luxe de bousculer le modèle économique de l’édition avec une nouvelle offre à mi-chemin entre l’abonnement et le try & buy : Amazon Confirms The Launch Of New, Episodic Publishing Format, Kindle Serials. Je pense ne pas me tromper en disant qu’Amazon est le leader incontesté du livre électronique aux US. Par contre, en Europe, les choses ne sont pas si simples. Surtout en France où le législateur s’obstine à maintenir le prix de vente bien au-dessus de la limite psychologique des français : un ebook est vendu le double d’un livre de poche, aberrant !

 Une nouvelle tablette HD pour concurrencer l’iPad

Autre grande annonce : la sortie du Kindle Fire HD, le nouveau fleuron de la gamme de tablettes d’Amazon. Suite à une première version qui a beaucoup déçu (Before We All Get Too Crazy Over Amazon’s New Tablets), ils sortent donc une seconde version revue et corrigée avec des caractéristiques techniques très alléchantes et deux versions pour plaire au plus grand nombre (7 et 9 pouces). Certes, cette tablette Kindle Fire HD n’est pas aussi sexy que l’iPad3, mais elle est moins chère et bénéficie d’un atout de poids : une version 4G (ou plutôt LTE).

La nouvelle gamme de tablettes Kindle Fire d’Amazon

Non seulement Amazon aligne trois tablettes à un prix très compétitif, mais il se permet en plus le luxe d’apporter des innovations logicielles tout à fait intéressantesFree Time pour limiter l’utilisation de vos enfants, la gestion de profiles multiples, un nouveau gestionnaire d’email… (New Kindle Fire Software: Multiple Profiles, New Email, Custom Facebook And Skype Apps).

Amazon propose également des services exclusifs à forte valeur ajoutée : Wispersync pour télécharger de façon silencieuse les contenus et sauvegarder dans les nuages votre progression, et surtout X-Ray pour ajouter une couche d’informations et données aux contenus culturels. Déjà disponible pour les Kindle, la fonction X-Ray est maintenant proposée pour les films et permet de lier des données de IMDb.

Les journalistes présents lors de l’événement ayant pu mettre la main sur ces terminaux ne sont visiblement pas déçus, il y a donc toutes les chances pour qu’Amazon acquière enfin ses lettres de noblesse sur le créneau des tablettes. Il y a cependant un petit bémol à ces très (trop ?) belles annonces : toutes ces tablettes devraient être livrées avec l’affichage de publicité sur l’écran d’accueil par défaut, une astuce pour réduire le prix de vente qu’Amazon pratique déjà sur la liseuse d’entrée de gamme. Ceci reste à confirmer car ces nouvelles tablettes ne sont pas encore commercialisées, mais ces pratiques risquent d’énerver plus d’un utilisateur.

Des produits d’appel pour le plus grand distributeur du monde

Jeff Bezos, le fondateur et CEO d’Amazon a été on ne peut plus explicite : “People wants service, not gadgets“. L’emphase est donc très clairement mise sur la complémentarité avec l’écosystème Amazon et non sur les caractéristiques techniques. Un choix judicieux, car Amazon ne peut délibérément pas espérer gagner face à Asus. Il se permet même d’envoyer un pic à Apple : “We want to make money when our customers use our devices, not when they buy our devices“. Il reconnait donc ouvertement la stratégie d’Amazon : proposer des terminaux à prix coûtant pour apporter le dernier maillon d’une chaine de distribution intégrée de bout en bout.

En achetant une tablette Kindle Fire, vous exploitez votre compte Amazon, celui avec lequel vous achetez depuis des années, celui où vous avez donné votre numéro de carte bancaire. Le Kindle n’est donc qu’une interface de vente améliorée pour les contenus numériques (films, musiques, applications, livres, journaux, revues…) mais également pour les produits physiques (What The New Kindle Means To Amazon). Diabolique !

La boutique d’applications d’Amazon

Nous avons donc maintenant une vision très claire de la stratégie d’Amazon (If Apple is all about the devices, Amazon is all about the services). Le moins que l’on puisse dire est qu’il ne leur a pas fallu beaucoup de temps pour mettre au point une riposte tout à fait crédible face à Google et Apple. Même si la force de frappe de ces derniers est supérieure (attendez donc les annonces de la semaine prochaine chez Apple), j’ai l’impression qu’Amazon se sent parfaitement à l’aise dans sa stratégie de suiveur réactif, et ils sont très très réactifs ! Il reste cependant à Google et Apple une carte très importante à jouer : la complémentarité avec les autres types de terminaux (smartphones et TV), mais le tableau n’est pas encore tout à fait complet.

Kobo, le grain de sable que tous veulent ignorer

Si l’on s’en tient aux analystes US, Apple, Google et Amazon vont donc se répartir le marché et ne laisser que quelques miettes à Microsoft (Asus étant relayé au rang de vulgaire sous-traitant). Une vision très réductrice du marché, car ils oublient un concurrent de taille : Kobo. L’ex petite firme canadienne a dévoilé avant-hier une gamme de liseuses et tablettes tout aussi compétitives et parfaitement cohérente : Kobo announces 7-inch Android tablet and two new e-readers ahead of Amazon’s Kindle event.

La nouvelle gamme de tablettes et liseuses de Kobo

Si vous avez le temps, je vous recommande de comparer les caractéristiques techniques de ces machines pour vous rendre compte qu’elles sont égales sinon supérieures à celles d’Amazon. Soit, mais est-ce vraiment dérangeant pour un mastodonte comme Amazon ? Oui, car non seulement Kobo dispose d’un catalogue de livres très étendu et d’un circuit de distribution solide, cette société est maintenant la propriété du géant japonais Rakuten, le plus grand site de commerce en ligne du Japon (3700 employés pour 5 MM€ de capitalisation boursière).

Pour résumer : Amazon + Kindle = Rakuten + Kobo. Je doute que Rakuten souhaite affronter Amazon sur le sol US, par contre, le géant japonais à de très grosses ambitions pour l’Europe et notamment pour la France où il ne possède pas moins que PriceMinister (oups !). La vision trop centrée sur les US d’Amazon risque donc de faire capoter sa stratégie de conquête de parts de marché en Europe.

Comme toujours, il est très délicat de faire une prévision fiable sur l’évolution du marché, toujours est-il que cette concurrence acharnée va mécaniquement profiter aux utilisateurs. Une très bonnes choses, car il reste encore tellement de places à prendre !

Récapitulatif des tendances de la mobilité (1)

Cette semaine se déroulait à Barcelone le Mobile World Congress, LA grand-messe annuelle de la mobilité. Je pense ne pas me tromper en disant que cette édition 2012 en a déçu plus d’un (Want to see 2012′s mobile future? Look at 2011). Je n’ai pas pu y assister, mais les habitués s’accordent à dire qu’il y a eu moins d’annonces et d’innovations que les éditions précédentes. Ceci étant dit, l’actualité de ces deux dernières semaines a été tellement riche que ça n’a pas vraiment d’importance. Je vous propose donc de récapituler les annonces faites pendant et en dehors de la conférence.

Concernant les constructeurs :

Concernant les éditeurs et fournisseurs de solutions :

  •  Adobe a officiellement lancé Photoshop pour iOS ;
  • Le catalogue Marvel est maintenant proposé sur iBookstore ;
  • Facebook a officiellement annoncé son offre de marketing mobile ainsi qu’une proposition de standardisation du web mobile et du paiement sur terminaux mobiles ;
  • Des rumeurs annoncent la disponibilité dans le courant de l’année d’Android 5.0 (nom de code = Key Lime Pie) ;
  • Forrester nous rappelle qu’aucune tablette tournant sur Android ne dépasse les 5% de parts de marché, l’iPad reste donc un support de référence. À moins que le Kindle Fire ne vienne jouer les troubles fête en s’accaparant 1/3 du trafic ;
  • Windows 8 sera résolument tourné vers le monde mobile ;
  • Mozilla a surpris tout le monde avec l’annonce de Open Web Device, un projet de système d’exploitation mobile open source reposant sur HTML5 ;
  • Enfin Google vient tout juste de fusionner ses différentes places de marché de livres, jeux, applications, musiques et films en une destination unique : Google Play.

Vous conviendrez que si le congrès à été perçu comme décevant, les annonces pleuvent.

Maintenant que nous avons fait le tour des nouveautés, je vous propose de prendre du recul et de lister les tendances qui vont caractériser l’année 2012 :

  • Android domine le marché des smartphones. Les ambitions de Google concernant la mobilité sont connues depuis longtemps, ils se sont donné les moyens de leurs ambitions et les résultats : après une progression fulgurante et un rythme de 850.000 activations par jour, les smartphones propulsés par Android dominent maintenant le marché (2012 Mobile Future in Focus). Mais cette domination ne s’arrête pas là, car ils proposent également de nombreux services et ressources pour aider les marques et commerçants (ex : How to Go Mo). Bref, je pense que je peux éditer mon article de l’année dernière et retirer le point d’interrogation : Google en passe de s’approprier l’internet mobile ?.
  • Le marché des tablettes est très dynamique et les perspectives de croissance toujours aussi fortes (cf. 2012 sera l’année des tablettes et ).

    Force est de constater qu’Apple règne toujours en maitre sur ce créneau, malgré les très bons résultats du Kindle Fire d’Amazon (Amazon Expands Tablets’ Addressable Market). La position dominante de la firme de Cupertino ne risque pas de faiblir avec l’annonce imminente de l’iPad 3.
  • La montée en puissance du m-Marketing avec des solutions toujours plus mûres : +722% d’impressions publicitaires sur smartphones en Europe.
  • L’avènement du m-Commerce avec des chiffres très encourageants (97% of people have shopped online, 30% using a smartphone) et surtout les solutions de paiement via terminaux mobiles, à l’image de Square qui propose maintenant des solutions de paiement pour les boutiques et les taxis.

    Du coup Paypal lance un partenariat avec Tabbedout pour faire des paiements mobiles dans les bars et restaurants. Profitons-en pour rappeler que Starbucks est très content de son partenariat avec LevelUp, et que iZettle est officiellement disponible en Scandinavie.
  • De plus en plus de solutions MtoM (Machine-to-Machine) commencent à voir le jour. Un domaine particulièrement intéressant, surtout dans la domotique ou pour les capteurs distants. L’arrivée sur le marché d’offres de téléphonie low cost chez Free devrait générer de nombreuses opportunités (notamment avec le transfert de données par SMS grâce à des forfaits à 2€/mois).

2012 va résolument être une année passionnante, il va nous falloir in peu de temps pour digérer toutes ces annonces et voir comment tout ceci s’articule. Si le secteur grand public est naturellement privilégié, je pense que les innovations les plus intéressantes seront à chercher du côté de l’entreprise. Mais nous aurons l’occasion d’en reparler…

Amazon à l’assaut du segment low-cost avec les nouveaux Kindle (4)

Après des semaines de spéculation, Amazon vient enfin de dévoiler sa nouvelle game de Kindle. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont livré ce à quoi le marché s’attendait : Amazon Kindle, du reader à la tablette, quatre nouveaux modèles pour dominer le marché.

La nouvelle gamme Kindle par Amazon

La nouvelle gamme est très cohérente avec trois nouveaux modèles :

  • Le Kindle, quatrième évolution du ereader de référence ;
  • Le Kindle Touch, une version équipée d’un écran tactile proposée avec et sans 3G ;
  • Le Kindle Fire, une tablette multimédia d’entrée de gamme.

Fidèle à son positionnement initial, le Kindle consolide donc son orientation grand public avec une gamme de prix très attractif : 99$ pour le Touch et 199$ pour le Fire.

Des ereaders plus mûrs pour inonder le marché

Concernant les nouveaux ereaders, je pense ne pas me tromper en disant que cette quatrième itération est la bonne, car la liseuse d’Amazon est à la fois compacte, légère et élégante. Vous pouvez constater les progrès réalisés depuis la première génération sortie en 2007 :

Les quatre générations de Kindle

Ce Kindle est proposé avec des boutons ou une interface tactile et s’aligne ainsi sur le facteur de forme des liseuses concurrentes comme le Kobo Touch. Une gamme de liseuses très convaincantes avec des prix ultracompétitifs : Amazon Announces $99 Kindle Touch, new Kindle for $79. Autant dire qu’avec un appareil d’entrée de gamme à moins de 80$, Amazon a toutes les chances de siphonner le marché.

Le tout nouveau Kindle Touch d'Amazon

Précisons toute de même que les tarifs annoncés sont ceux correspondants à l’offre sponsorisée, donc à une liseuse qui affiche des publicités et un économiseur d’écran sponsorisé. La version sans pub est commercialisée à 109$, ce qui n’est plus tout à fait la même chose… Quand bien même, avec cette nouvelle gamme et les liseuses d’ancienne génération qui seront très certainement bradées, Amazon va encore accroître sa domination du marché.

Pour vous aider à vous y retrouver dans les différentes machines du marché, je vous propose ce tableau comparatif : Comparing E-Readers: Kindles Vs. Nooks Vs. Sony Vs. Kobo.

Une tablette à bas prix pour stimuler les ventes du catalogue d’Amazon

Autre nouveauté particulièrement attendue par le marché, la tablette multimédia baptisée Kindle Fire. Là encore, Amazon livre une tablette d’entrée de gamme que le marché attendait : simple, élégante et à moins de 200$.

Kindle Fire, la nouvelle tablette multimédia de Amazon

À ce prix là, ne vous attendez pas aux mêmes prestations que l’iPad puisque la Kindle Fire ne propose pas de 3G, pas de caméra, pas de micro, pas de gyroscope… Et pourtant, cette tablette reste tout de même très attractive de par sa capacité à lire tout un tas de contenus multimédia :

Un format différenciant, pas vraiment concurrent de l’iPad : Tablets wars: Apple is from Venus, Amazon is from Mars. Le choix d’une machine équipé d’un écran de 7 pouces est une décision éclairée : La tablette d’Amazon est ainsi plus compacte, plus facile à transporter, elle propose plus d’autonomie et elle est moins chère à produire. Regardez bien les différentes vidéos disponibles, et vous verrez tout de suite la différence avec l’IPad (7″ contre 9″) qui fait de la Kindle Fire une tablette réellement mobile. Elle s’insère de plus parfaitement dans la gamme, une logique qui séduit : Amazon Kindle Fire: Tablet Product Strategy Done Right.

Une tablette plus petite que l'iPad

Autre décision futée : masquer le système d’exploitation. Il n’est ainsi à aucun moment fait référence à Android, le système d’exploitation de Google. Il existe de nombreuses explications à ce choix, mais je n’en retiendrais que deux : Android ne fait pas vendre (l’OS de Google ne soutien pas encore la comparaison avec iOS) et Amazon ne souhaite pas partager sa machine, pas du tout.

De ce fait, la Kindle Fire peut pratiquement être considérée comme concurrente des autres tablettes tournant sous Android. Nous nous dirigeons donc vers une configuration de marché tripolaire avec l’iPad, la Kindle Fire et les tablettes Android (en attendant l’arrivée des machines propulsées par Windows 8). Dans tous les cas de figure, même si la Kindle Fire tourne sous Android, le fait d’en gommer toutes traces n’est pas une très bonne nouvelle pour Google (lire à ce sujet : What Did Amazon’s Kindle Fire Just Do To Android? et Amazon’s Kindle Fire: A tablet more dangerous to Android than iPad).

Visiblement la tablette d’Amazon tournerait sur une version modifiée d’Android 2.2, elle permet donc de faire tourner toutes les applications disponibles sur l’Android Store. Le problème est que seul l’Amazon Android Store est accessible depuis la Kindle Fire. Il est donc légitime de se demander ce qui va se passer quand Google va mettre la pression pour favoriser le déploiement d’Android 3.0 : Toutes les applications Android seront-elles compatibles avec la Kindle Fire ? Difficile de le dire pour le moment.

Les applications Android sur le Kindle Fire

Autre choix d’Amazon : Commercialiser la Kindle Fire comme une tablette de consultation de médias. Contrairement à des machines plus puissantes et avec un plus grand écran, la tablette d’Amazon ne semble avoir été conçue que pour accéder aux contenus payants d’Amazon. Certes, le choix est considérable (100.000 films et séries TV, 17 millions de chansons, 1 million de livres, des centaines de magazines et comics…), mais la Kindle Fire semble tout de même plus limitée que ses concurrentes. Un choix visiblement assumé par Amazon qui a privilégié un prix ultra-compétitif plutôt qu’une machine versatile.

Dans la mesure où Amazon ambitionne de vendre entre 3 et 5 millions d’unités avant la fin de l’année, cette nouvelle tablette multimédia est une très bonne nouvelle pour les fournisseurs de contenu et notamment les éditeurs de magazines numériques. Grâce à Amazon, les éditeurs vont pouvoir faire jouer la concurrence auprès d’Apple et de ses conditions de distribution drastiques sur iTunes : For Publishers, The Amazon Kindle Fire Could Be A Much Bigger Business Than The iPad.

La lecture de magazines numériques avec le Kindle Fire

Dernière surprise concoctée par Amazon : le tout nouveau navigateur Silk. Pour résumer une longue explication technique, le navigateur embarqué dans la Kindle Fire ambitionne de révolutionner notre façon de consulter l’internet depuis une tablette grâce à un mode de fonctionnent synchronisé avec la plateforme de cloud computing d’Amazon. Concrètement, quand vous saisissez une URL, vous n’accédez pas directement à internet, mais vous transitez par les serveurs d’Amazon qui vont optimiser et compresser les pages web afin d’en accélérer le chargement.

Cette idée n’est pas neuve puisque le navigateur Opera propose déjà un fonctionnement similaire (Amazon’s Silk Web browser adds new twist to old idea). Par contre, la force de frappe d’Amazon au travers de sa gigantesque plateforme de cloud computing va apporter une nouvelle dimension à ce principe. Avec le navigateur Silk, Amazon devient ainsi un CDN (Content Delivery Network), au même titre qu’Akamai. Je ne suis pas un adepte de la théorie du complot, mais le fait qu’Amazon va mettre l’internet en cache pour vous en livrer une version édulcorée optimisée n’est tout de même pas très rassurantThe Implications of Amazon’s Silk Web Browser.

Certes, Amazon a su gagner la confiance des internautes (moi le premier puisque que je leur ai confié mon N° de CB depuis le siècle dernier), mais je ne peux m’empêcher de penser que sous couvert d’optimiser les temps de chargement, ils sont en train de construire un gigantesque moteur d’analyse comportemental. Essayez d’imaginer la finesse du profilage d’Amazon à partir du moment où ils ont accès à l’historique de tous vos achats, de tous les contenus que vous avez consultés, de tous les sites web que vous avez visités… alors si en prime vous avez synchronisé votre profil Facebook à votre compte Amazon… c’est le pompon !

Plus j’y réfléchis, plus je me dis que cette Kinde Fire n’est en fait qu’un terminal d’accès à l’écosystème d’Amazon. Un écosystème d’une richesse inégalée, mais un écosystème semi-ouvert dont on devine très facilement les contours.

Mais quoi que l’on puisse dire à ce sujet, je n’ai aucun doute sur le fait que cette tablette multimédia commercialisée à moins de 200$ va faire un carton. En six mois, Amazon peut tout à fiat écouler près de 10 millions de machines, car ils vont tout mettre en oeuvre pour faire jouer l’effet de volume : Quel sera l’impact des touchbooks low-cost ?.

Ceci étant dit, il reste de nombreuses questions en suspens :

  • L’intégration d’offres publicitaires ne va-t-elle pas ruiner l’expérience d’utilisation de cette nouvelle tablette ?
  • Le fait de ne pas du tout adresser le marché BtoB ne va-t-il pas limiter les ventes ?
  • Comment Google va-t-il réagir à cette approche biaisée (l’utilisation masquée d’Android) ?

À ce sujet, la sortie de la Kindle Fire est un sacré coup dur pour les autres tablettes : En s’octroyant de force le segment low cost, la tablette d’Amazon condamne les autres constructeurs à se battre sur le segment très risqué du middle market (le haut de gamme étant squatté par l’iPad). C’est en tout cas un sacré défi que Google va devoir relever, notamment avec la Motorola Xoom : Amazon has changed the tablet game: Now Google Has to Offer a $200 Motorola Tablet Too.

J’anticipe un affrontement biblique entre Amazon et Google, à tel point que certaines rumeurs parlent d’un rachat probable de PalmAmazon has Palm in its shopping cart, will it click Buy?. L’objectif de la manoeuvre serait pour Amazon de posséder son propre système d’exploitation (WebOS) pour se libérer de la dépendance à Google et proposer une offre plus différenciante.

Quoi qu’il en soit, tout ceci n’est pour le moment pas très impactant pour le marché français puisque Amazon n’y a pas officiellement mis les pieds. Voilà plusieurs années que les éditeurs français freinent des quatre fers pour retarder l’arrivée du Kindle en France, et l’introduction du Kindle Fire va être d’autant plus compliqué qu’il y a de nombreux formats différents (livre, magazine, films, séries TV, BD…) et donc un plus grand nombre d’ayants droit et industriels à convaincre : Why No Kindle Touch Or Fire For EU, UK?.

De nombreuses rumeurs circulent en ce moment (Un seul modèle de Kindle pour l’Europe ?La Kindle Fire d’Amazon en France, avant Noël ?), mais je suis plutôt pessimiste quant à la capacité d’Amazon de lancer sa plateforme de contenus numériques dans les prochains mois. À moins que… l’arrivée très prochaine d’iOS 5, avec son tout nouveau kiosque numérique, accélère la manoeuvre.

Au final, la nouvelle gamme d’Amazon (e-readers et tablette) sera de toute façon extrêmement bénéfique pour le marché. Non seulement ces nouvelles machines vont stimuler la concurrence, forcer les éditeurs à prendre le virage numérique, mais apporter de nombreuses opportunités aux annonceurs. Je ne me livrerais en aucun cas à un exercice de comparaison entre la Kindle Fire et l’iPad, puisque de toute façon le marché est suffisamment dynamique pour que l’ensemble des acteurs (Apple, Amazon, Google, Samsung, Acer, Asus, Microsoft…) voie leurs ventes augmenter.

Quel sera l’impact des tablettes low-cost ? (2)

Si Google semble avoir rattrapé son retard sur le marché des smartphones avec Android (dont la part de marché est maintenant supérieure à celle de l’iPhone sur les terminaux vendus), l’iPad domine encore largement le marché des tablettes. Euphémisme pour un acteur qui rafle les 2/3 du marché en terme de ventes et dispose d’une notoriété spontanée de quasiment 100% ! Pour faire simple, disons qu’Apple a imposé sa machine et s’est créé une niche où l’iPad domine sans partage, les autres tablettes se partagent les miettes, mais sont incapables de soutenir la comparaison, d’ailleurs certains abandonnent comme HP, d’autres se retrouvent avec des tonnes d’invendus sur les bras (RIM Could Be Sitting On An Inventory Of 800,000 Playbooks).

Jusqu’à récemment, le marché se résumait donc entre un match entre un Apple surpuissant et un Google tentant de rallier le plus de partenaires possibles (Samsung, Lenovo…) autour de son système d’exploitation Android. Dans la mesure où Apple possède une avance considérable, le seul moyen de prendre des parts de marché est d’éviter la confrontation directe et de proposer des machines moins chères ou avec un format différent. C’est ce que font notamment Samsung et Sony.

Mais tout ceci a été récemment remis en cause avec l’arrivée d’un concurrent inattendu : Amazon. Tout comme Apple a raflé la mise en démocratisant / viabilisant les tablettes, Amazon a donné ses lettres de noblesses au e-reader avec le Kindle. Tout le monde pensait qu’Amazon resterait confortablement installé dans sa niche (moi le premier), mais il semblerait que le géant de Seattle a décidé de venir jouer les trouble-fêtes avec une tablette qui devrait sortir pour la fin de l’année. Les spéculations les plus folles circulent au sujet de cette probable future tablette, d’autant plus depuis qu’un célèbre blogueur a pu mettre la main dessus : Amazon’s Kindle Tablet Is Very Real. I’ve Seen It, Played With It.

Un prototype de la probable future tablettes de Amazon

Passé l’effet de surprise (“pourquoi prendre un risque alors qu’ils dominent leur segment ?“), il ne faut pas longtemps pour se rendre compte qu’Amazon dispose de très sérieux atouts face à Apple : 5 Reasons Why Amazon’s Tablet Is The Only Real iPad Alternative. Je retiendrais deux aspects qui risquent de faire la différence :

  • Les rumeurs font état d’une tablette à 250$, un prix ultra-compétitif, qui pourrait même être abaissé à 200$ ou 150$ avec de la publicité (stratégie déjà adoptée pour le Kindle) ;
  • Le format retenu serait celui d’une machine de 7″, plus facile à transporter et donc plus versatile.

Sur le choix du format, les avis sont partagés, mais le consensus valide tout de même l’idée de na pas entrer en concurrence directe avec l’iPad (Amazon Is Only Launching A 7″ Tablet? Genius). Ce format intermédiaire entre smartphone et tablettes va-t-il séduire le marché ? Probablement pas les utilisateurs de l’iPad, mais très certainement un marché intermédiaire : les utilisateurs à budget limité qui ne possèdent pas de smartphone. L’avantage d’Amazon par rapport aux autres constructeurs est qu’ils n’ont pas de smartphone dans leur gamme, ils ne craignent donc pas d’effet de cannibalisation (totu comme Nook avec son Color).

Autre argument de poids en la faveur d’Amazon : Ils possèdent déjà une énorme base de clients et de N° de CB (certainement plus qu’Apple). Une marque forte, une expérience concluante de la commercialisation et l’exploitation de terminaux électroniques (le Kindle), un catalogue de contenus hyperexhaustif… tous les ingrédients semblent être réunis pour faire de cette probable tablette une réussite. Une réussite également pour Google ? Pas forcément, car tout laisse à penser qu’Amazon utiliserait une version dégradée d’Android avec sa propre interface, l’app store, le catalogue et les services d’Amazon.

La place de marché d’applications Android d’Amazon

Dans ces conditions, il est difficile de penser que Google puisse se réjouir du succès de la tablette d’Apple (Amazon’s Tablet Is No Threat To Apple, It’s A Huge Threat To Google). Qu’importe, si Google ne peut pas rattraper Apple avec ses partenaires historiques, il se servira d’Amazon pour inonder le marché de tablettes low-cost (quoi que… on se demande qui se sert de qui).

Mais ce lancement ne sera pas non plus si simple pour Amazon car ils devront surmonter les très nombreux problèmes de droits pour ouvrir leur catalogue de ebooks à l’international (Is Amazon’s knife sharp enough to carve into the tablet market?) et faire face à de nouveaux entrants (Microsoft Prepares Windows 8 for Battle Against the iPad).

Dans tous les cas de figure, l’arrivée d’Amazon sur le créneau est forcément une bonne nouvelle, à la fois pour les éditeurs (jeux, applications, livres et magazines électroniques…) et pour les clients qui vont pouvoir s’équiper pour les fêtes de fin d’année. Ça sera par contre un sacré défi et une grosse prise de risque pour Amazon qui va mécaniquement disperser ses moyens et avoir du mal à conserver son leadership sur le créneau des e-readers, surtout face à de nouveaux entrants comme Kobo ou iRiver, qui est partenaire de… Google. D’autant plus qu’Apple pourrait répliquer et rentrer dans une guerre des prix dès l’année prochaine avec une offre scindée entre le probable iPad 3 (pour le haut de gamme) et une version dégradée de l’iPad 2 (pour le low-cost).

Je serais bien incapable de vous prédire l’avenir, mais il y a une chose dont je suis sûr : La grande gagnante de cette affaire sera J.K. Rowlings, car la réédition numérique de Harry Potter (Pottermore) sera compatible avec l’ensemble des machines du marché !

MàJ (26/09/2011) : À lire chez GigaOM, la liste des prochaines tablettes à sortir sur le marché : Coming soon: A whole bunch of tablet pretenders.