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Les balises de proximité vont aider les distributeurs à basculer dans l’ère numérique (0)

Régulièrement, la presse grand public nous fait le coup de la “technologie révolutionnaire qui va bouleverser le monde” (NFC, impression 3D…). Le problème est que ces articles sont généralement assez peu fouillés et exagérément optimistes. Le dernier en date concerne la technologie iBeacon de Apple : Avec iBeacon, Apple va rendre le smartphone plus intelligent. J’avoue volontiers être parfois d’humeur grincheuse, mais cet article, et l’engouement généralisé pour iBeacon me fait penser à la confusion persistante autour du paiement sans contact (Le smartphone deviendra-t-il notre moyen de paiement principal ?). Je vous propose dans cet article de faire le point sur iBeacon, sur les technologies alternatives et surtout sur le potentiel réel.

La micro-localisation existe depuis de nombreuses années

iBeacon est l’appellation utilisée par Apple pour décrire des APIs autour du service de géolocalisation. Traduction : iBeacon vous permet de lancer des actions sur un smartphone compatible en fonction de l’endroit où se trouve l’utilisateur (iBeacon briefing: What is it, and what can we expect from it?). iBeacon exploite la technologie Bluetooth pour faire communiquer votre smartphone avec des balises implantées dans des lieux publics, notamment pour vous envoyer des alertes (promotions et offres éphémères) ou pour effectuer des transactions.

Exemple de balise iBeacon et d'alerte contextuelle
Exemple de balise iBeacon et d’alerte contextuelle

La promesse d’iBeacon est plus de rendre les magasins et lieux publics intelligents que les smartphones. OK très bien, mais comme à son habitude, Apple s’approprie les innovations des autres, les repackage et nous les présentent comme des révolutions. Si je suis convaincu de l’intérêt des balises de proximité pour déployer des services à valeur ajoutée avec les terminaux mobiles, je tiens tout de même à préciser qu’Ericsson avait lancé une offre similaire en 2001, soit il y a 13 ans : Ericsson sees its new “blips” everywhere. Les bornes BLIP (“Bluetooth Local Infotainment Point“) étaient ainsi destinées aux commerçants souhaitant exploiter les téléphones équipés de Bluetooth comme des leviers d’engagement avec les visiteurs : An interview with Ericsson’s BLIP project R&D manager. De même, le principe de Geofencing n’est pas nouveau et il existe de nombreuses offres pour faire des alertes push via SMS (cf. Fidzup, lance son offre de retargeting pour le Brick&Mortar).

Les smartphones réconcilient la distribution analogique et numérique

Plus généralement, iBeacon se positionne comme une des solutions technologiques pour faire de la géolocalisation indoor, ou plutôt de la détection de proximité. L’intérêt pour les commerçants est de pouvoir reconnaitre le client dès qu’il entre dans la boutique et commencer à interagir avec lui en fonction de son profil : message de bienvenue, suggestions de produits… Une innovation qui tombe à pic, car la distribution est en train de se réinventer : Enjeux et opportunités du web-to-store et L’avenir du commerce en ligne est au commerce, et inversement. Pour résumer ces deux articles : les chaînes de distribution cherchent des solutions pour réduire la fracture numérique entre les boutiques et les clients. C’est justement dans ce contexte que les smartphones se révèlent particulièrement pertinents pour assurer la liaison entre le monde analogique (le vendeur et sa caisse) et le monde numérique (le client, son profil et son historique d’achat).

Des coupons personnalisés sur votre smarpthone avec iBeacon
Des coupons personnalisés sur votre smarpthone avec iBeacon

Autant votre boulangère est capable de vous reconnaitre et de vous glisser un petit mot gentil, car vous lui achetez régulièrement des produits et que sa zone de chalandise est très réduite ; autant avec les chaines de distribution nationale, c’est beaucoup plus compliqué. Résultat : même si vous êtes un client fidèle d’une enseigne, on ne vous traite en tant que tel que lorsque vous passez en caisse et que vous présentez votre carte de fidélité. Le problème est que ce scénario ne concerne qu’une minorité des visiteurs d’une boutique et que généralement la décision d’achat est déjà prise, il est donc très compliqué d’influer dessus (par exemple pour faire une vente complémentaire ou alternative). Avec les balises de proximité, les visiteurs sont reconnus dès leur entrée dans la boutique et pistés pour mieux comprendre leur comportement et anticiper leurs attentes. iBeacon est en quelque sorte le cookie des magasins : il permet de reconnaitre le visiteur dès son arrivée et d’accéder à son profil pour l’enrichir et l’exploiter (iBeacon : Et si l’Internet des Objets favorisait le renouveau du retail ?).

De nombreux articles prennent comme exemple la scène du film Minority Report où Tom Cruise entre dans une boutique et est reconnu grâce au scan de ses rétines (sauf que ce ne sont pas les siennes, mais je ne voudrais pas vous gâcher le suspense si vous ne l’avez pas vu). Le principe est le même, sauf qu’au lieu de scanner la rétine de vos yeux, c’est votre smarpthone qui est utilisé pour vous identifier… sous réserve que vous ayez donné votre accord et que vous ayez installé la bonne application. La promesse est belle, mais il y a encore de nombreuses zones d’ombre techniques à lever.

De nombreuses technologies concurrentes et une zone grise juridique

Apple s’est donc autoproclamé le nouveau roi de la détection de proximité. Il est important de préciser que la technologie utilisée, Bluetooth 4.0, n’est pas la propriété d’Apple et que de nombreux autres fournisseurs de service l’exploitent dans un contexte similaire. Pourquoi Bluetooth ? Parce que c’est une technologie fiable qui a fait de gros progrès depuis sa version 4.0, notamment en matière de réduction de la consommation d’énergie : Bluetooth LE (pour “Low Energy“) a été conçu pour que les utilisateurs le laissent branché en permanence, c’est la condition synéquanone, car les visiteurs d’une galerie marchande ont autre chose à penser que de manipuler leur smarpthone pour avoir l’immense privilège d’être détectable par les balises. Ces dernières se présentent sous la forme de petits galets qui ont une portée de 10 à 20 mètres, il vous en faudra donc plusieurs pour couvrir de façon efficace votre boutique (comptez 20 à 100$ par balise en fonction de leur autonomie et précision).

Et puisque l’on parle de balises, précisons qu’il existe de nombreux fabricants de balises compatibles (Estimote,, Swirl, Roximity, Beaconic, Gelo…) ou non ! Datzing fonctionne ainsi uniquement sur les smartphones Android, Qualcomm propose des balises Gimbal et sa Context Aware Platform (Qualcomm’s Gimbal to compete with its customer Apple’s iBeacon for Bluetooth coupon dominance), de même que Shopkick avec ses shopBeacon.

Bref, tout le monde se rue dans la brèche et essaye d’imposer son propre système. Même Paypal s’y met avec ses beacons et son système de paiement sans fil : Did PayPal Just Kill NFC?.

Le système de Beacon de Paypal
Le système de Beacon de Paypal

La compétition s’annonce donc acharnée, illustrant ainsi les enjeux autour des nombreux cas d’usage :

  • Accueillir les visiteurs avec un message de bienvenue et leur recommander des nouveautés ou produits complémentaires ;
  • Suivre les déplacements des visiteurs au sein des boutiques et identifier les zones de stationnement ;
  • Fournir des informations complémentaires sur un produit ;
  • Proposer des incitations de façon proactive (Grocery stores use Apple’s iBeacon to remind you what you’re shopping for) ;
  • Faire du paiement sans contact (avec l’autorisation préalable de l’utilisateur)…

Les domaines d’application sont donc très nombreux, mais la technologie reste un facteur limitant. Pour faciliter son adoption, Apple a très récemment faire évoluer les spécifications de iBeacon (Apple iOS 7.1 Launches Major iBeacon Improvement) pour permettre notamment aux applications de tourner en tâche de fond : iBeacon active tout seul les applis dans iOS 7.1. Oui vous avez bien lu : la dernière version du système d’exploitation de l’iPhone permet aux balises iBeacon de solliciter une application et de vous envoyer des alertes. Pour limiter les abus, Apple a mis en place un programme baptisé MFi qui permet de référencer les sociétés souhaitant exploiter cette fonctionnalité, et les sanctionner si elles ne respectent pas la charte.

Avec une telle possibilité, vous vous doutez bien que le marché est extatique, mais un peu inquiet : Why Apple’s iBeacon Could Make or Break the Retail Industry. Dans la présente configuration, seules les grandes marques nationales, celles qui ont les moyens d’inciter les mobinautes à installer leur application, peuvent bénéficier de ces balises de proximité. Mais il y a fort à parier que iBeacon va prochainement être intégré à Passbook, ou à une application équivalente, pour éviter l’étape obligatoire d’installation / approbation.

Nous en arrivons logiquement aux problèmes juridiques que les technologies comme iBeacon soulèvent : la géolocalisation est fortement règlementée en France (opt-in et accord explicite systématique), mais l’intégration native de cette fonction dans l’OS et donc dans les CGU, que personne ne lit, pourrait changer la donne. Encore faudrait-il rassurer le grand public (Why Aren’t People Freaking Out About iBeacon?), mais Apple est passé maître dans l’art de noyer le poisson et de faire signer n’importe quoi à ces légions de fans.

Mais ne nous emballons pas, toutes les technologies permettant de numériser le point de vente sont les bienvenues, car l’expérience d’achat en magasin est désespérément pauvre, et car les commerçants travaillent à l’aveugle (vous imaginez-vous une boutique en ligne sans outils de web analytics ?). Il ne nous reste plus qu’à espérer que Apple, Google ou Microsoft fassent correctement leur travail de régulateur pour empêcher les utilisations abusives des bornes de détection de proximité, et éviter un phénomène de rejet. Espérons également que l’adoption sera plus rapide que pour les QR codes…

Le PC est mort, vive le PC ! (0)

Saviez-vous que le premier ordinateur personnel a été lancé en 1964 par Olivetti ? Le Programma 101 est encore considéré comme la machine qui a révolutionné l’informatique. Mais ce n’est vraiment qu’en 1981 que l’on commence à parler de PC, dans le sens Personal Computer, avec le lancement de l’IBM PC propulsé par MS-DOS. Vous connaissez la suite de l’histoire avec l’irrésistible ascension et le règne sans partage du couple Windows / Intel (Wintel pour les intimes) pendant plusieurs décennies.

Nous sommes maintenant en 2014 et l’avènement des smartphones, tablettes et autres terminaux alternatifs sonne le glas des PC (La fin de l’ordinateur individuel est programmée). Il ne faut pas être devin pour comprendre que la firme de Redmond ne parviendra pas à inverser la tendance et que son déclin sur le marché des ordinateurs personnels est irréversible. Et pourtant Microsoft reste très méprisant vis-à-vis de la concurrence : Microsoft mocks the Chromebook in a new video ad for its anti-Google ‘Scroogled’ campaign.

L’arrogance affichée par Microsoft semble déplacée, car ils se retrouvent dans une situation très délicate, clairement dans une position de faiblesse (L’écosystème numérique de demain est en train de se construire avec Google, Apple et Amazon). Du coup les constructeurs essayent de faire le pont entre les deux mondes avec des produits hybrides sans aucun intérêt (Putting Windows and Android on the same PC doesn’t solve anyone’s problems). Outre ces produits anecdotiques, nous commençons également à voir apparaitre des offres alternatives beaucoup plus intéressantes comme ce PC nomade sous la forme d’une grosse clé USBThis Dongle Is Dell’s Idea Of A New Kind Of Corporate PC That Should Make Microsoft Nervous.

Votre bureau dans la poche avec Pocketcloud de Dell
Votre bureau dans la poche avec Pocketcloud de Dell

L’idée est que vous ayez la possibilité d’emmener vos applications et fichiers dans votre poche et que vous puissiez vous brancher sur n’importe quel ordinateur ou écran pour retrouver tout votre environnement de travail : Dell Ships First Secure, Managed Ultra-Mobile Cloud-Access Device. Mais ne vous emballez pas, car si cette clé USB embarque tous les composants nécessaires pour en faire un ordinateur individuel, elle est propulsée par Android, le système d’exploitation mobile de Google. Certes, il est possible d’accéder à votre environnement de travail avec un émulateur Windows, mais ce n’est quand même pas l’idéal, d’autant plus qu’il faut visiblement un minimum de configuration au niveau du S.I. pour faire tourner l’offre PocketCloud.

Votre bureau Windows dans un clé à travers l'émulateur Windows
Votre bureau dans une clé à travers l’émulateur Windows

Vous noterez qu’il existe des équivalents natifs pour Windows grâce à l’offre Windows to Go, comme le DataTraveler Workspace de Kesington.

Votre ordinateur personnel (professionnel) dans une clé USB avec Windows to Go
Votre ordinateur dans une clé USB avec Windows to Go

L’idée d’utiliser Android pour accéder à vos applications et fichiers Windows est quand même un peu tordue. J’imagine que si Dell lance cette offre, c’est qu’ils ont de bonnes raisons de penser que le couple Wintel est réellement en fin de vie. D’ailleurs ils ne sont pas les seuls, puisque HP propose un ordinateur professionnel tout-en-un qui tourne également sous Android : In Another Bad Sign For Microsoft, HP Aims Its New Android PC At The Enterprise.

L'ordinateur tout en un de HP propulsé par Android
L’ordinateur tout-en-un de HP propulsé par Android

Le problème est qu’Android a été conçu pour les terminaux mobiles avec un écran tactile et en situation de mobilité (pas dans un contexte de productivité). Le système d’exploitation du XXIe siècle est donc plus à chercher du côté de ChromeOS et des Chromebooks qui font un tabac avec 21% de parts de marché sur le segment des ordinateurs portables : U.S. Commercial Channel Computing Device Sales Set to End 2013 with Double-Digit Growth).

L'impressionnante progression des ventes de chromebooks
L’impressionnante progression des ventes de Chromebooks

Du coup les constructeurs s’intéressent de près au filon, et plus particulièrement sur des niches verticales où les verrous psychologiques sont plus faciles à faire sauter, à savoir les étudiants : Dell Unveils Its First Chromebook, An 11-Inch Portable Designed Specifically For Education.

Annoncé il y a déjà plusieurs années, le développement de ChromeOS est dans un premier temps passé par des offres d’entrée de gamme sur des ordinateurs portables, mais les choses sont en train de changer : With Chromebooks A Success, Google Adds Focus On Chromeboxes. Fort de son succès sur le marché grand public, le système d’exploitation de Google est en train de se réorienter vers le marché professionnel avec l’aide de constructeurs de renom : HP veut imposer ses Chromebox en entreprise.

Les Chromebox commercialisées par HP
Les Chromebox commercialisées par HP

Équiper les employés avec des machines uniquement capables de faire tourner un navigateur web ? Une idée pas si folle, surtout dans un contexte où les DSI peinent à renouveler les licences Windows / Office (le ROI est difficile à justifier) et où de plus en plus de logiciels bascules dans les nuages (Salesforce, Adobe Marketing Cloud, Oracle…). L’informatique low-cost va-t-elle s’imposer comme la nouvelle norme en entreprise ? Très certainement, car l’idée a de quoi séduire les gestionnaires de gros parcs informatiques : conserver les écrans  /clavier et ne remplacer que l’unité centrale. Toujours est-il que le géant Intel y voit un second souffle salutaire : Mini-desktops are a rare bright spot in a shrinking PC industry, says Intel.

Mais outre l’argument du prix, c’est la facilité d’installation et d’administration, ainsi que l’intégration native avec Google Apps qui font de l’ombre aux ordinateurs vieillissants qui encombrent les bureaux, d’autant plus avec des machines qui approche de la barre des 150 € : Meet the Asus Chromebox, a $179 fanless mini-desktop.

La Chromebox proposée par Asus
La Chromebox proposée par Asus

Sommes-nous en train d’assister au grand retour du client léger, un concept qui a fait long-feu aux débuts d’internet ? Très certainement, du coup les constructeurs déclinent des machines sous ChromeOS à toutes les sauces :  LG’s Chromebase all-in-one brings Chrome OS to Web kiosks.

L'ordinateur tout-en-un propulsé par ChromeOs de LG
L’ordinateur tout-en-un propulsé par ChromeOS de LG

Microsoft ne devrait pas se moquer, car nous sommes réellement en train de vivre les dernières heures du PC façon Wintel pour assister à sa renaissance avec le couple ChromeOS / ARM. Certes, il y aura toujours l’argument de la compatibilité, mais celui-ci commence à faire long-feu : Tous vos documents bureautiques consultables directement dans votre navigateur. Pire : dans un sursaut de lucidité, Microsoft commence à assurer ses arrières en faisant rentrer le loup dans la bergerie : Strange bedfellows, Microsoft could bring Android apps to Windows et Google partners with VMware to let Chrome OS users access their Windows desktops, data, and applications.

Non, vous ne rêvez pas : l’obsession du nouveau CEO de Microsoft pour le cloud le pousse à envisager de faire tourner des applications Android sur Windows, et inversement de faire tourner des solutions de virtualisation sur ChromeOS. Une nouvelle orientation qui doit faire grincer des dents à Redmond, mais qui semble logique dans la mesure où le marché se déporte des licences vers les offres en SaaS (Software as a Service). Le pragmatisme l’emporte sur la culture, une très bonne chose en fait.

Moralité : l’avenir de l’ordinateur personnel est aux offres dans les nuages… mais il vous faudra quand même un PC pour y accéder, simplement il ne sera plus propulsé par Windows.

Les applications mobiles coûtent trop cher, misez plutôt sur le web (8)

Oui je sais, ça va bientôt faire 3 ans que je vous annonce l’hégémonie d’HTML5 par rapport aux applications natives (HTML5 s’impose petit à petit comme LA référence pour les applications mobiles). Il n’empêche que certains signes du marché me font dire que 2014 sera bel et bien l’année où les applications web sur terminaux mobiles vont enfin reprendre leur place. Mais d’abord, un petit peu d’histoire.

En 2007, Apple présentait au monde entier son tout nouveau smartphone, l’iPhone. Puis l’année suivante, Apple a introduit la notion d’application mobile avec la première app store. Depuis, les utilisateurs se sont passionnés pour les smartphones et les annonceurs et éditeurs pour les applications mobiles. Nous sommes maintenant en 2014, et les smartphones ont envahi le monde : Global Smartphone Shipments Top 1 Billion For The First Time Thanks To Cheap Android Devices, Says IDC. Comme le titre de l’article l’indique, Apple n’est plus du tout leader sur ce créneau, puisque les smartphones tournant sous Android sont maintenant largement dominants, une tendance confirmée par d’autres sources : Android overtakes iOS on US sales, extends lead in Europe, Latin America and China.

Avec plus d’1 milliard d’unités vendues en 2013, le marché des smartphones est maintenant complètement atomisé, ce qui pose de gros problèmes pour les éditeurs d’applications mobiles :

  • Les coûts de développement augmentent avec le nombre de systèmes d’exploitation à cibler (iOS, Android, Windows Phone…) et les changements majeurs de version (ex : de iOS 6 vers iOS 7) ;
  • Les coûts de maintenance et de compatibilité augmentent avec la disparité du matériel (formats et types d’écrans, processeurs…) ;
  • Les places de marché d’applications officielles subissent la concurrence d’app stores indépendantes (mPlayIt, Appolicious…), notamment en Chine où la croissance est la plus forte (Wandoujia, One Of China’s Leading App Stores, Lands $120M In New Funding).

Ces nouvelles conditions de marché font que la distribution de contenus et services sur terminaux mobiles à travers des applications natives est beaucoup plus complexe à maitriser et à rentabiliser. À partir de ce constat, il y a deux cas de figure possibles : soit vous vous spécialisez sur un domaine et un environnement (ex : les jeux mobiles sur iPhone), soit vous vous adaptez à ce nouveau contexte et abandonnez les dogmes pour adopter une démarche plus pragmatique.

La (nouvelle) réalité que les éditeurs de contenus et services vont devoir assimiler rapidement est que le seul moyen de palier à l’évolution trop rapide du marché est de faire passer les applications natives au second plan pour investir à nouveau sur le web, mais dans un contexte mobile. Entendons-nous bien : je m’adresse avant tout aux éditeurs de contenus et services multi-canaux, ceux pour qui les terminaux mobiles sont un canal de distribution parmi d’autres. Pour ceux qui ont fait le choix de la sur-spécialisation (ex : une application de gestion de calendrier sous iOS), la situation est à aborder selon d’autres critères.

Donc à l’exception des éditeurs de jeux mobiles, la diversification du marché augmente mécaniquement les coûts liés aux développements et à l’évolution d’applications natives, donc rend les applications web mobiles plus intéressantes pour toucher une population cible plus large (potentiellement tous les possesseurs de smartphones, quelque soit la marque ou le système d’exploitation), s’affranchir des contraintes de référencement dans les app stores, et gagner en flexibilité / rapidité d’évolution. En résumé : investir sur le web, c’est faire le pari de l’avenir. A contrario, développer une application mobile, c’est se rendre dépendant d’une technologie propriétaire, d’un circuit de distribution fermé et d’un environnement de déploiement qui est condamné à évoluer à moyen terme.

Vous noterez que la discussion entre native app et web app n’est pas neuve (En finir avec le débat application vs. site mobile), mais de nouveaux arguments nous font voir ce dilemme sous un autre angle, à commencer par les éditeurs de contenu. Deux portails d’information US ont récemment communiqué sur le fait que près de la moitié de leur trafic provenait des terminaux mobiles : As CNN mobile traffic hits 40%, editor calls web vs. apps debate ‘red herring’. De même, Yahoo a décidé de réorienter toute sa stratégie autour des terminaux mobiles : Yahoo Now a Mobile First Company. Dans ce contexte, est-il encore pertinent de s’obstiner à proposer une application native, et d’en subir implicitement les contraintes ? Il est logiquement beaucoup plus prudent de miser sur le navigateur que sur l’app store pour toucher des lecteurs en situation de mobilité (version mobile de votre site vs. application native).

Les versions mobiles des grands portails d'information
Les versions mobiles des grands portails d’information

Pour les commerçants, c’est la même chose : est-il bien raisonnable de placer tous vos espoirs dans une application native plutôt que de proposer une version mobile de votre boutique en ligne ? Là encore, c’est une simple question de bon sens : il faut dépenser beaucoup d’argent et d’énergie pour inciter les clients à installer une application mobile, surtout pour ne réaliser qu’une ou deux ventes dans l’année. Il y a bien sûr le cas particulier des ventes flash, mais c’est une exception. Dans la très large majorité des cas, votre site web doit rester votre priorité, pour les internautes ET les mobinautes.

Les versions mobiles des grandes boutiques en ligne
Les versions mobiles des grandes boutiques en ligne

Précision importante : privilégier la version mobile de votre site ou boutique en ligne, ne veut pas dire que vous devez abandonner vos applications natives, simplement qu’il vous faut allouer vos ressources en conséquence et faire les bons arbitrages. Rien ne vous empêche ainsi de déployer des applications natives conçues autour d’une fonction en particulier, c’est d’ailleurs ce que fait Facebook (Facebook’s Plot To Conquer Mobile: Shatter Itself Into Pieces).

Seconde précision importante : il est tout à fait possible de monétiser une application mobile réalisée en HTML5, c’est d’ailleurs ce que commence à faire Amazon (Amazon Appstore Now Allows Developers To Charge For HTML5 Web Apps, Promote Them Through “Free App Of The Day”), et c’est très certainement ce que va faire Google très prochainement (That was fast: Chrome Apps ready to go mobile).

Bien évidemment vous trouverez toujours quelqu’un pour vous dire qu’une application native est plus performante, ce qui est tout à fait juste. Mais le problème n’est pas là, car nous parlons plutôt de coûts de développement, de rapidité / facilité d’évolution et surtout de rentabilité. La courbe d’apprentissage pour un développeur HTML qui souhaite réaliser une application web mobile est en effet beaucoup plus courte que pour un développeur lambda qui doit apprendre à maitriser les environnements de développement des applications natives. Il est, de plus, beaucoup plus simple de capitaliser de l’expérience sur des technologies et une architecture standards (reposant sur HTML) que de bricoler pour faire communiquer une application native avec votre CMS ou votre système d’information.

Moralité : est-ce la fin des applications web ? Non, bien sûr que non. Par contre, ce qui va changer, c’est que les éditeurs de contenus et services en ligne vont se réapproprier HTML dans un contexte de mobilité, et laisser les applications natives à ceux qui en ont réellement besoin. Nous retrouverons alors la dichotomie “classique” que nous connaissons dans le monde des ordinateurs entre éditeurs de contenus / services sur le web et éditeurs de logiciels.

La bonne nouvelle dans cette histoire est que vous avez déjà des développeurs HTML dans vos équipes, et qu’ils peuvent s’autoformer très rapidement. Je leur recommande d’ailleurs de commencer par là : Standards for Web Applications on Mobile: Current State and Roadmap.

Quels indicateurs clés pour les terminaux mobiles ? (1)

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler des pratiques de mobile analytics. La mesure d’audience est en effet une activité essentielle pour qui veut évaluer la performance de ses sites et applications mobiles et s’assurer que les utilisateurs en situation de mobilité sont bien traités. Si l’idée d’avoir des outils spécifiques pour les smartphones est largement adoptée, les choses se compliquent avec la multiplication des formats (smartphones, tablettes, mini tablettes, phablettes…).

Outre les problématiques d’affichage avec la fragmentation des formats d’écran, ce sont surtout les contextes d’usages qui varient énormément d’un terminal à l’autre (The Truth About Cats and Dogs: Smartphone vs Tablet Usage Differences) :

  • Les smartphones sont manipulés d’une main en situation debout (dans la rue) ;
  • Les phablettes sont utilisées avec un stylet ;
  • Les tablettes sont plutôt utilisées le soir dans un canapé…

Bref, tout ce que nous savons des internautes utilisant un ordinateur fixe ne s’applique pas aux internautes équipés de terminaux alternatifs. Tout comme les outils de conception et de développement sont différents, un bon marketeur se doit d’utiliser des outils de mesure et des indicateurs clés spécifiques aux terminaux mobiles.

Les acteurs traditionnels du secteur ont déjà fait évoluer leurs solutions (Google Analytics, Webtrends ou Adobe Site Catalyst), mais de nombreux autres acteurs se sont positionnés sur le créneau mobile (Capptain, Countly, Appclix, Flurry, Localytics, Kontagent…). Pour vous la faire simple : nous sommes en pleine ruée vers l’Ouest dans la mesure où chacun propose ses propres indicateurs. L’IAB a bien publié un livret blanc, mais il n’est pas très explicite sur ce sujet (IAB Mobile Data and Analytics Whitepaper).

Exemple de rapport fourni par Google Analytics

Je vous propose donc cette liste d’indicateurs génériques pour vous éclairer sur le type de données à mesurer :

  • Les indicateurs relatifs aux terminaux (type, taille et orientation d’écran, système d’exploitation, version du navigateur, opérateur…)
  • Les indicateurs liés au contexte (heure, position géographique, déplacements…)
  • Les indicateurs de comportement (fréquence de visite, durée moyenne d’utilisation, parcours, principales actions effectuées…)
  • Les indicateurs marchands (taux de conversion, panier moyen, montant des achats au sein d’une application…)
  • Les indicateurs spécifiques aux applications mobiles (versions, fréquence d’ouverture, nombre de crashs, taux d’engagement des notifications…)

Comme vous pouvez le constater, il y a donc un nombre important d’indicateurs clés, et certains sont spécifiques au format. Il me semble ainsi impératif de segmenter votre audience en fonction des terminaux utilisés et de proposer des tableaux de bord pour les utilisateurs de smartphones, tablettes et phablettes. Dans un second temps, vous pouvez affiner cette segmentation en fonction du contexte (notamment l’heure de la journée) et du niveau de maturité des utilisateurs que l’on peut mesurer avec le nombre d’applications installées ou le nombre de touches par minute.

Encore une fois, nous n’en sommes qu’à l’adolescence des outils de mesure pour les terminaux mobiles, de nombreux progrès sont encore à faire, surtout en matière de standardisation et de fiabilité des indicateurs utilisés. Mais le pire, c’est que tout sera à recommencer avec les autres types de terminaux alternatifs (liseuses, smart TVs, voitures connectées…). Vive le progrès !

Un assistant personnel dans votre smartphone avec Siri, Now et Gimbal (3)

Lancé en octobre 2011 par Apple avec son iPhone 4s, Siri est vite devenu un objet de curiosité pour bon nombre d’observateurs. Il faut bien avouer que cette nouvelle fonctionnalité a de quoi surprendre : un assistant personnel dans votre smartphone que vous interrogez en parlant, rien de tel pour se faire passer pour le dernier de zinzins. Après des débuts chaotiques, Siri a fini par trouver sa place… surtout aux États-Unis où Apple a su nouer des partenariats intéressants avec de grands fournisseurs de contenus et services.

L’interface de Siri

Outre l’interface vocale qui a beaucoup été décriée, quoique l’on puisse y trouver un intérêt (La Chevrolet sera la première voiture à parler le Siri), c’est plus sa capacité d’intelligence artificielle couplée à un accès direct aux données personnelles de l’utilisateur (messages, emails, carnet d’adresses, calendrier, localisation…) qui en fait un terrain d’expérimentation particulièrement intéressant. L’attrait de Siri ne repose donc pas dans le fait de pouvoir programmer un RDV en faisant son jogging, mais plutôt d’y associer toujours plus de services et de sources d’information. Apple y croit très fort, mais semble pour le moment plus préoccupé par le brevetage de son système (Apple seeks patent for Siri automated assistant). Dans la réalité, surtout la nôtre, Siri pêche encore par sa compréhension du français et par la valeur ajoutée très limitée des services qu’il propose aux utilisateurs français.

Plus pragmatique, Google a lancé son propre assistant personnel en juin 2012 avec la sortie d’Android 4.1 : Google Now. Présenté comme un concentré des services et du savoir-faire de Google, ce Now a tout de suite impressionné la communauté par sa redoutable efficacité.

Accessible depuis l’écran de verrouillage, Google Now se présente sous la forme de fiches (cards en anglais) vous indiquant la météo locale, le trajet pour votre prochain RDV, les informations de votre prochaine réservation (avion, restaurant, train…), les anniversaires de vos proches… Vous avez également la possibilité de définir des alertes en fonction de sujets d’actualité, du cours d’une action, d’une rencontre sportive, d’un concert…

L’interface de Google Now

Tout comme Siri, Google Now est également activable et interrogeable à la voix, et on parle même d’une prochaine intégration à Chrome : Chrome code update reveals plans for desktop Google Now integration.

Là où Google Now impressionne, c’est qu’il anticipe vos besoins, par exemple en vous prévenant que si vous ne partez pas dans l’instant, vous allez être en retard à votre RDV (il propose aussi d’envoyer un SMS pour prévenir du retard). Au début ça fait peur, mais après, on commence à envisager une infinité de possibilités, d’autant plus que les équipes ont d’énormes ambitions pour améliorer le service : How Google Plans to Find the UnGoogleable.

Est-ce donc ça l’avenir de la recherche : apporter des premiers éléments de réponse en fonction du contexte avant même que l’utilisateur ait fait une recherche ? Peut-être… Toujours est-il que les acteurs de la mobilité s’intéressent de très près à ses assistants personnels à des fins de fidélisation comme Samsung avec S-Voice (Samsung S-Voice is a Siri rival for Galaxy S III) ou LG avec Quick Voice (LG launches ‘Quick Voice’ on its phones in Korea, goes head to head with S Voice and Siri).

Dernier exemple en date : Gimbal, la technologie d’intelligence contextuelle que Qualcomm est en train de tester en Asie : Gimbal, Qualcomm’s innovative mobile technology, set for first rollout with Dentsu in Japan. Le principe de Gimbal est de créer un profil enrichi des utilisateurs de terminaux mobiles en fonction des endroits où ils se déplacent, de leurs usages et de leur rythme. Ce profil est ensuite mis à disposition des applications pour proposer une expérience plus personnalisée.

Assistant personnel ou moteur de ciblage publicitaire ? Le moins que l’on puisse dire est que les équipes de Qualcomm se sont plus souciées de  séduire les annonceurs et développeurs d’application que les utilisateurs finaux ! Très peu d’informations ont filtré sur cette technologie, mais elle vient accréditer mon intuition sur le prochain cheval de bataille des services mobiles : l’hyper-personnalisation.

Panorama des terminaux alternatifs 2012 (5)

J’avais publié pour le lancement de ce blog en début d’année dernière un panorama des terminaux alternatifs, où je recensais les différents types de terminaux pouvant se connecter à internet et remplacer (plus ou moins) les ordinateurs traditionnels. Nous sommes maintenant dans la seconde partie de l’année 2012, et il s’est passé beaucoup de choses depuis (euphémisme). Il est donc grand temps pour moi de vous présenter une nouvelle version de ce panorama.

Dix formats pour sept catégories d’usages

La première chose que j’ai du faire pour mettre à jour ce panorama a été de compléter les formats de terminaux. Les téléphones classiques, voitures et objets connectés font donc leur apparition. La seconde grande évolution de ce panorama est de rajouter deux catégories d’usages pour ne pas trop pénaliser les terminaux de bas de tableau : la localisation et  la notification.

Sans grande surprise, les trois formats les plus usuels se révèlent être les plus performants et versatiles (smartphone, tablettes et cloudbooks), mais les autres types de terminaux méritent néanmoins largement votre attention.

Comparaison des différents formats de terminaux alternatifs

Je vous propose donc de passer en revue ces différents formats :

  •  Les téléphones (feature phones ou smartphones low cost) sont bien trop souvent oubliés, pourtant ils rendent de fiers services (emails, jeux de première génération, musique…) et sont particulièrement populaires dans les pays en voie de développement qui sont fortement demandeurs d’outils de communication à bas prix. Les acteurs à surveiller dans cette catégorie sont les fabricants chinois (ZTE, Lenovo, Xiaomi…) ainsi que les éditeurs d’OS mobiles dédiés à cette catégorie (Qualcomm avec BrewMP et Mozilla avec FirefoxOS).
  • Les smartphones, qui restent le format le plus emblématique de l’ère post-PC et qui sont toujours plus puissants et coûteux. Les deux géants de ce segment sont Apple et Samsung qui se livrent une bataille juridique sans merci, pendant que Google et Microsoft comptent les points. Ne pensez pas néanmoins que les dés sont jetés, car RIM pourrait bien nous surprendre avec son Blackberry OS 10 (cf. Apple et Google n’ont pas encore gagné la bataille du mobile).
  • Les tablettes, qui sont également la figure emblématique du point de bascule, de par les nombreux usages qu’elles offrent, aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises. Certes, l’iPad d’Apple est le poids lourd du secteur, mais l’arrivée d’Amazon avec son Kindle Fire et de Google avec son Nexus 7 changent la donne. Le segment low cost arrive effectivement à point nommé dans un contexte de crise où tout le monde ne peut pas débourser 600 à 800 € pour une tablette haut de gamme.
  • Les cloudbooks, qui sont les dignes successeurs des ultra-portables et offrent un compromis idéal entre portabilité et richesse fonctionnelle grâce au cloud computing. Tout comme Apple a bénéficié de l’avantage du premier entrant avec son iPad, c’est Google qui domine largement ce segment avec ses Chromebook. Le marché a cependant été agréablement surpris par Microsoft qui nous a proposé un concept hybride laptop / tablette avec sa Surface dont on ne connait pas encore tous les détails. Après mûre réflexion, j’ai décidé de la ranger dans cette catégorie, car Microsoft la commercialise comme un VRAI ordinateur en forme de tablette.
  • Les liseuses électroniques, qui poursuivent tranquillement leur croissance. Marché de niche par excellence, les liseuses disponibles sur le marché se concentrent sur leurs fonctions de base et ce n’est pas plus mal, car les écrans à encre électronique couleur tardent à arriver (surtout avec le coup de frein de Qualcomm sur Mirasol). Les acteurs à surveiller sur ce segment sont Amazon, Kobo (récemment racheté par le japonais Rakuten), Sony et le français Bookeen.
  • Les consoles portables, qui lorgnent de plus en plus vers les usages en ligne et les réseaux sociaux. Les acteurs historiques sont bien évidemment surreprésentés (Sony avec sa PSP Vita et Nintendo avec sa 3DS), mais de nouveaux entrants pourraient venir bousculer l’ordre établi, à l’image du Gamepad d’Archos ou du surprenant Wikipad qui exploite une base de tablette.
  • Les TV connectées (Smart TV) qui peinent à s’imposer du fait d’un taux de renouvellement assez bas. Si Samsung, Philips ou LG sont très moteurs sur ce créneau, il faudra plutôt aller chercher du côté des fournisseurs d’accès à internet. Les box sont en effet la clé de l’adoption des usages, car elles permettent de convertir une TV traditionnelle. Google est très certainement l’acteur qui affiche la plus forte ambition avec sa Google TV, mais le marché est surtout en attente de la réponse d’Apple. Reste encore à trouver une solution au très délicat problème de la télécommande qui reste un facteur limitatif.
  • Les cadres à photo connectés (smartframes), qui se font très discrets, mais peuvent rendre de très bons services, surtout s’ils sont connectés aux nuages et aux différentes plateformes sociales. L’américain Chumby reste le leader du créneau et commence à licencier sa technologie.
  • Les voitures connectées n’ont réellement commencé à faire parler d’elles que cette année avec des usages particulièrement intéressants comme la géolocalisation. Sans surprise, les constructeurs américains ont été les premiers à investir lourdement, mais c’est Renaut qui affiche aujourd’hui la plus forte ambition avec son système R-Link qui devrait équiper plus de la moitié des voitures sortant d’usine d’ici l’année prochaine.
  • Les objets connectés s’installent enfin petit à petit dans notre quotidien. Montres, thermostats, lapins… ces petits objets peuvent ainsi se révéler particulièrement utiles pour des fonctions de notification, surtout s’ils sont connectés avec des plateformes sociales.

Voilà pour ce tour d’horizon des terminaux alternatifs qui n’a pas pour vocation d’être parfaitement exhaustif, mais de vous proposer une vision d’ensemble à date des terminaux permettant de se connecter à internet et d’exploiter des services en ligne.

Même si aujourd’hui les projecteurs sont braqués sur les smatphones et tablettes, principalement ceux d’Apple, le marché est en train de se reconfigurer à grande vitesse, notamment grâce à la versatilité d’Android avec des concepts hybrides comme la console Ouya ou le notebook GoNote.

Les parts de marché de demain sont d’hors et déjà acquises à ceux qui prennent le temps de comprendre les usages que ces terminaux offrent, et qui commencent dès maintenant à décliner leurs contenus et services pour ces formats.

En finir avec le débat application vs. site mobile (5)

Application native ou site mobile ?” Une question récurrente que je croise régulièrement dans mes lectures. J’y ai moi-même contribué il y a plus de deux ans (Vous êtes plutôt application mobile ou site web optimisé pour les smartphones ?), et même si le marché a beaucoup évolué depuis, il semblerait que le problème ne soit toujours pas abordé de la bonne façon : tout est une question de contextes d’usage et de segmentation des utilisateurs. La conclusion de mon article, publié en 2010, était explicite (et pour moi évidente : pourquoi choisir entre application ou site mobile ? Il vous faut les deux), pourtant des articles sortent régulièrement pour relancer le débat avec une argumentation tournant toujours autour des aspects techniques. Je pense que ce qui me fait le plus bouillir est quand un analyste du dimanche essaye de vous expliquer que l’avenir est au responsive design, car c’est la solution de tous vos problèmes.

Certes, la dimension technique n’est pas à sous-estimer, car elle reste cruciale (Le choix se complique entre application mobile et application HTML5), mais la réalité du marché nous force à nous reposer cette question encore et encore (Mobile Devices and Browsers Aren’t Ready for HTML5). De ce fait, nous avons droit à de nouveaux articles sur le sujet dès qu’un acteur visible lance une nouvelle version de son application ou de son site mobile :

Je ne rentrerais pas dans le débat de savoir si une solution est meilleure que l’autre, car il me semble avoir été très clair : vous n’avez pas et ne devez pas choisir entre une application ou un site mobile, car ça ne sera pas une solution pérenne. En d’autres termes, lancer une application mobile ne sert à rien, car vous devrez nécessairement avoir une approche plus large pour réellement satisfaire vos clients et prospects.

Si l’on met de côté les terminaux alternatifs émergents comme les voitures ou les TV connectées et que l’on se concentre sur le contexte d’usage uniquement pour les téléphones et tablettes, ce ne sont pas deux versions, mais presque une dizaine qui sont nécessaires, groupées en trois catégories :

  • Des sites mobiles pour les utilisateurs occasionnels qui ne veulent pas installer une application, avec une version pour smartphones, une pour tablettes et une pour les features phones (qui composent plus de la moitié du parc) ;
  • Des applications hybrides pour les utilisateurs réguliers qui veulent avoir accès à un premier niveau de service sur l’ensemble des fonctionnalités et du contenu, en version smartphones et tablettes ;
  • Des applications natives pour les utilisateurs intensifs qui exploitent très régulièrement une fonctionnalité précise.

Avec ce découpage en fonction des usages (occasionnel, régulier et intensif), vous touchez l’ensemble des utilisateurs et pas seulement la tranche privilégiée qui peut se payer un iPhone. Vous noterez que les acteurs qui prennent régulièrement au sérieux les mobinautes proposent cet éventail :

  • Amazon, avec ses applications mobiles pour les acheteurs avertis et les versions mobiles de ses sites ;
  • Google avec ses versions mobiles (m.google.com), ces applications dédiées (Gmail, Google+, Drive…) et son application hybride servant de lanceur pour l’ensemble des services.

Certes, vous n’avez certainement pas le budget et les équipes de Google ou Amazon, mais je reste persuadé que sous-traiter la création d’une application iPhone ne vous met pas à l’abri, bien au contraire. D’autant plus que le paysage des terminaux mobiles se diversifie très rapidement, aussi bien pour les smartphones que pour les tablettes. Dans ce contexte, il devient plus qu’urgent de commencer à capitaliser sur des compétences internes en matière de mobilité pour comprendre à la fois les technologies ET les usages.

J’espère vous avoir convaincu de la nécessité de constituer une équipe et de proposer différents modes d’accès en situation de mobilité, mais il reste le problème de la priorisation… pour cela, le plus simple dans un premier temps est de vous intéresser aux statistiques de consultation, d’autant plus que les choses bougent rapidement, notamment chez Google Analytics (Measuring a Mobile World: Introducing Mobile App Analytics).

La mobilité est un vaste sujet qui va demander de gros efforts d’évangélisation et surtout de remise en question. La première et la plus importante remise en question est de se convaincre que les recettes valables pour les ordinateurs ne s’appliquent pas au monde mobile. Traduction : c’est un nouveau territoire et un site ou une application unique ne sera JAMAIS suffisant.

État des lieux de l’internet mobile en France en 2012 (0)

Si vous lisez ce blog, c’est que vous êtes déjà au courant que l’internet mobile a profondément modifié les habitudes des internautes ainsi que les réflexes de consommation. La mobilité est une véritable tendance de fond. OK, mais tendance de fond comment ? Pour vous aider à bien appréhender l’ampleur de l’internet mobile, je vous propose trois documents sortis récemment qui apportent des précisions très enrichissantes.

Il y a tout d’abord le Mobile Industry Atlas qui dresse un tableau complet des acteurs de la mobilité :

Vous conviendrez que ça fait beaucoup d’acteurs, mais surtout que le marché est maintenant parfaitement structuré en segment et sous-segments.

Nous avons ensuite la très complète étude de l’agence Dagobert : Etat des lieux du mobile en France.

Voici en synthèse les points-clés de cette étude :

  • 85% des Français possèdent un téléphone mobile (soit 55M) ;
  • Il y a 26 M de smartphones en France (donc un taux de pénétration de 40%), avec 73% de mobinautes ;
  • 13 M de mobinautes sont considérés comme très actifs ;
  • Les smartphones sont principalement utilisés pour prendre des photos, consulter ses emails et le web, écouter de la musique, utiliser la carte, jouer et interagir sur les réseaux sociaux ;
  • 22% des mobinautes ayant effectué une recherche de proximité ont acheté en magasin ;
  • Les 3/4 des mobinautes utilisent leur smartphone en magasin.

Cerise sur le gâteau : l’étude est complétée par une série d’études de cas.

Il y a enfin le remarquable rapport Mobile Megatrends qui apporte une vision très éclairante sur le marché.

Voici une synthèse des tendances identifiées dans ce rapport :

  •  Une comoditisation du marché avec l’apparition de smartphones low-cost ;
  • HTML5 est universellement reconnu comme LA solution d’avenir pour les applications mobiles, mais elle est loin d’être adoptée par tous, car elle souffre encore de lacunes (heureusement de nombreuses solutions multi-plateformes sont là pour faciliter le déploiement des applications mobiles hybrides) ;
  • Le marché des applications mobiles est tellement prolifique que les développeurs ont accès à d’innombrables outils pour faciliter leur tâche ;
  • Le succès du Kindle Fire d’Amazon a prouvé sa la viabilité des tablettes low-cost ;
  • La bataille va se déporter sur le quatrième écran (ordinateur > smartphone > tablette > TV), les marques devront donc construire leur stratégie en ayant en tête les TV connectées ;
  • Les accessoires pour smartphones et tablettes ont un très gros potentiel ;
  • Le rôle des opérateurs téléphoniques a été complètement bouleversé avec l’avènement des places de marché d’applications ;
  • Il ne faut pas sous-estimer les usages liés à la voix (VoIP, Siri…).

Avec ces trois documents, vous devriez avoir une vision bien plus précise de la maturation du marché, des acteurs et des usages. Si vous avez d’autres études intéressantes, merci de les mentionner dans les commentaires.

Apple et Google n’ont pas encore gagné la bataille du mobile (5)

Si vous vous intéressez à la mobilité et au marché des smartphones, il ne vous aura pas échappé que le marché est actuellement scindé en deux entre iOS et Android. Les statistiques montrent en effet une domination écrasante d’Apple et de Google / Samsung :

Cet affrontement épique ne reflète néanmoins pas la dynamique réelle du marché. Il y a en effet des acteurs historiques toujours présents qui fournissent des efforts considérables pour finaliser de nouvelles offres et de nouveaux concurrents qui expérimentent des pistes tout à fait intéressantes. Apple a mis l’industrie KO avec la sortie son iPhone, ça leur a prit 5 ans, mais les acteurs historiques de la téléphonie commencent enfin à contre-attaquer avec des propositions plus que crédibles.

RIM est ainsi le plus bel exemple de cette contre-attaque avec la présentation la semaine dernière de sa plateforme Blackberry 10 qui tente un pari audacieux (The Future Of RIM: “BlackBerry Isn’t For Everyone), mais néanmoins tout à fait convainquant : BlackBerry 10, a closer look.

Outre le fait que cette nouvelle version de leur système d’exploitation soit la seule plateforme réellement multi-tâche, un certain nombre de nouveautés tout à fait intéressantes nous prouvent qu’Apple n’a pas le monopole de l’innovation :

  • Un clavier virtuel remarquablement bien pensé
  • Un appareil photo exploitant à merveille le mode vidéo pour des photos plus réussies
  • Une gestion pro/perso facilitée

Autant le dire tout de suite, il y a bien longtemps que je n’avais pas été autant enthousiasmé par des innovations sur les smartphones.

Microsoft a également fait un pari audacieux avec Windows Phone 7 en optant pour une interface et une logique applicative radicalement différente de celle prise par iOS (et Android). Ils ont, eux aussi, mis un certain temps à accoucher d’un appareil qui tienne la comparaison, mais y sont finalement parvenus avec le Lumia 900 de chez Nokia. Pour le moment la réponse du marché n’est significative, mais ils pourraient bien nous surprendre avec Windows Phone 8 qui a plus d’un atout dans sa manche (intégration de Skype, synchronisation avec Windows 8…) et des parts de marché à conquérir sur le segment des utilisateurs professionnels délaissé par Apple et Google.

Enfin, d’autres acteurs explorent une troisième option avec un système d’exploitation plus léger et une interface reposant sur HTML. (ce qui n’est pas sans rappeler Chrome OS). Mozilla a ainsi présenté en fin d’année dernière son projet Boot to Gecko (Mozilla’s Boot to Gecko – The Web is the Platform) qui devrait se concrétiser prochainement : Brazil will be the first country to get Mozilla’s Boot to Gecko open web devices.

Dans le même esprit, Intel et ses partenaires (la fondation Linux et Samsung) vient de dévoiler Tizen le successeur du défunt MeeGo et qui propose également une interface légère : HTML5-based MeeGo successor Tizen hits 1.0 milestone.

Au final, nous pensions que la firme à la pomme avait réduit la concurrence au silence, mais la situation a changé, car une nouvelle vague d’innovations s’apprête à déferler sur le secteur des smartphones, Apple n’est plus le seul capable d’innover. Ce nouveau souffle va dynamiser la concurrence et bien évidemment profiter aux utilisateurs finaux qui vont enfin pour choisir des alternatives crédibles à l’iPhone (devenu bien trop fermé à mon goût).

Les cartes sont donc à nouveau distribuées, le marché sera selon moi piloté par deux leviers :

Affaire à suivre…

À la recherche de l’OS parfait pour les tablettes (1)

Avec la multiplication des formats (smartphone, tablettes, netbooks, TV connectées…), la question de l’adaptation de l’interface se fait de plus en plus pressante (Intel et Jolicloud à la recherche de l’interface parfaite pour les netbooks et A la recherche de la plateforme mobile parfaite avec le nouveau Palm Pre). Et pourtant, depuis la sotie de l’iPad, force est de constater que la tendance est plus à rechercher l’Os unique quel que soit le terminal plutôt que la multiplication des OS. Cela peut se comprendre, car personne n’a envie de s’embarquer dans l’enfer des développements multi-OS. Il n’empêche… plus on avance dans les temps (nous en sommes déjà à la troisième version de l’iPad) et plus l’idée d’avoir un système d’exploitation dédié aux tablettes s’éloigne.

Outre les considérations techniques, l’objectif n’est pas de trouver l’OS parfait, car nous savons maintenant qu’il n’existe pas, mais plutôt l’interface graphique la mieux adaptée au format tablette. Une recherche rendue complexe par la couverture fonctionnelle toujours plus grande de ces machines (des jeux aux applications métier en passant par la news ou le commerce en ligne).

Aujourd’hui le marché est dominé par iOS avec Android sur ses talons. Une situation loin d’être idéale, car le concept d’interface graphique fonctionnant à la fois sur smartphone et tablette commence à montrer de très sérieuses limites (De la difficulté de concevoir une interface multi-terminaux). Nous commençons néanmoins à voir des choses intéressantes au niveau des interfaces graphiques avec la montée en puissance des tablettes Android exploitant une interface propriétaire (en l’occurrence le Kindle Fire d’Amazon). Tendance qui devrait d’ailleurs s’accélérer : Why Tablets Will Become Our Primary Computing Device.

Mais le marché ne se limite pas à Google et Apple, car d’autres acteurs sont là :

Des approches novatrices et très intéressantes, qui préfigurent une nouvelle vague d’innovation (et pourquoi pas la relance des projets de bureaux 3D pour nos bons vieux ordinateurs : Les bureaux 3D se trouvent un champion avec BumpTop). Même si les prévisions de ventes ne sont pas en faveur des trois acteurs cités plus haut, la concurrence va permettre de stimuler la créativité et de remettre en cause certains choix (je ne parle pas QUE de iTunes).

Bien évidement, il est illusoire de penser qu’un nouvel entrant va réussir du premier coup là om les autres cherchent encore. Il n’empêche que si l’on devait lister les qualités d’un bon OS pour tablette, nous trouverions dans cette liste  :

  • Simplicité. L’OS parfait devra être simple à prendre en main (pour un novice comme pour un habitué qui devra retrouver ses marques), facile à configurer / paramétrer, et surtout autoriser une manipulation aisée quelle que soit les circonstances (en extérieur…)
  • Gratuité. Oui je sais, ce n’est pas évident, car il y a une guerre des brevets en cours. Il n’empêche, pour qu’une tablette soit attractive, il faut que son prix le soit, donc qu’il n’y ai pas de ticket d’entrée pour les constructeurs potentiels.
  • Modularité. Idéalement l’OS parfait devrait autoriser une personnalisation avancée de l’interface, aussi bien dans le thème graphique que dans les applications pré-installées ou des les évolutions que l’on pourrait un apporter. Cette notion de modularité va de pair avec l’ouverture (est-il possible de modifier le noyau ?).
  • Richesse de l’écosystème. Pas de bon OS sans un écosystème riche, c’est à dire sans offrir un maximum de liberté aux développeurs et éditeurs pour concevoir, distribuer, monétiser, et faire évoluer leurs contenus et services.

Au regard de cette liste, il est clair qu’iOS souffre de graves lacunes et ne pourra tenir sa position de leader. Même si je suis content de mon iPad, les principaux reproches que je pourrais formuler concernent les points suivants : le couplage forcé de la machine à iTunes, l’absence d’écran de démarrage et la rigidité du modèle de distribution qui aboutie à des acrobaties (notamment en ce qui concerne les livres enrichis qui sont vendus dans l’App Store et n’apparaissent pas dans l’application dédiée aux ebooks).

Quoi que l’on dise, iOS reste tout de même une référence dans le domaine. Et justement, c’est en voulant impérativement exploiter le même OS pour un smartphone (iPhone) et une tablette (iPad) qu’Apple illustre bien l’impossibilité d’exploiter une seule et même interface. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’on se retrouve avec des doublons pour les applications (versions “normale” pour l’iPhone et “HD” pour l’iPad), car elles correspondent à des contextes d’usages différents. Il est donc selon moi aberrant de poursuivre dans cette direction et j’espère que les nouveaux entrants vont faire pression pour sortir de cette impasse et imposer le principe d’une interface spécifique pour l’iPad.

Au final, malgré des parts de marché encore faiblardes, Android est certainement l’OS le mieux placé pour s’imposer sur les tablettes, à condition qu’il soit associé à une interface adaptée au format du terminal. Nous en revenons à l’exemple du Kindle Fire qui est selon moi la première expérimentation concluante d’une adaptation de l’interface au format. Normalement d’autres expérimentations devront suivre, plus ou moins divergentes de la version “officielle” d’Android.

La quête sera longue, mais je ne doute pas que l’on finisse par définitivement écarter l’idée d’un OS universel, et surtout d’une interface graphique homogénéisée entre les différents terminaux, quelles que soient leurs caractéristiques et contraintes.

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