Archives pour le mois juillet 2011

Quels usages pour les tablettes en entreprise ? (0)

Voilà maintenant quelques années que les smartphones ont envahi le monde de l’entreprise, et au vu des capacités de ces machines et de l’accueil du public, il n’y a pas de raison pour que les tablettes ne fassent pas de même. Les premiers à avoir proposé une offre spécifiquement dédiée à l’entreprise sont Cisco et BlackBerry : Cisco lance Cius, le premier touchbook BtoB et On reparle des touchbooks BtoB avec le Blackberry PlayBook. Autant le premier propose une offre cohérente avec sa gamme, autant le second n’a pas su gérer le positionnement de son produit qui reste à ce jour très ambigu (tout comme les dernières pubs pour ses smartphones ciblant les jeunes).

Bien évidemment, dès que l’on parle de tablette, le premier acteur qui nous vient à l’esprit est Apple. Difficile de ne pas positionner la firme à la pomme en haut de liste tant son iPad écrase la concurrence. Tout comme nous avons pu observer une adoption forcée de l’iPhone en entreprise, l’iPad a toute les chances de faire de même et de rentrer dans le monde de l’entreprise par le biais de collaborateurs enthousiastes. Il existe déjà de nombreuses applications dans la catégorie Business de l’App Store.

Outre ce cas de figure particulier, ce qui nous intéresse est une démarche d’adoption volontaire orchestrée par la DSI. À ce sujet, le cabinet Deloitte est assez explicite : Tablets in the enterprise: more than just a toy. De même, Forrester fournit des chiffres assez encourageants puisque 1/4 des entreprises ont ou vont fournir des tablettes à leurs employés :

Enterprise interest tablets

Le même cabinet Forrester a publié récemment ce document sur le marché des tablettes en entreprise où ils confirment leur optimisme :

Mais n’allez pas imaginer les tablettes comme le nouveau gadget des cadres supérieurs, car de nombreux cas d’usages peuvent être envisagés :

  • Effectuer des sondages dans la rue ou recolter des données sur le terrain (ex : sur un salon proffessionel, cf. 5 Ways to Take Advantage of the iPad for Business) ;
  • Pour prendre des notes lors d’une réunion, d’une conférence ou d’une formation ;
  • Pour faire de la visio-conférence sans ralentir votre ordinateur (ex : GotoMeeting) ;
  • Pour accéder aux outils de communication en mobilité (ex : Tibbr) ;
    IPad Tibbr
  • Pour accéder de façon ponctuelle à votre environnement de travail en mode distant (ex : Citrix Receiver) ;
  • Pour consulter des tableaux de bord et autres indicateurs issus d’applications métier ou ERP (ex : MicroStrategy Mobile) ;
  • Accès infos produit / stock pour les collaborateurs nomades ;
  • Accès dossier médical dans hôpitaux (The Future of Hospital Apps) ;
    IPad Hospital
  • Consultation de documentation papier dans des lieux à fortes contraintes (ex : Pour les pilotes de ligne - The Paperless Cockpit) ;
    IPad AA

Les différents acteurs se bousculant sur le créneau sont connus (Apple et l’iPad, Google et Android, BlackBerry et son Playbook, Microsoft avec Windows Phone, HP avec WebOS…), mais seuls ceux qui ont déjà un pied en entreprise auront la capacité à convaincre une DSI et déployer une solution à grande échelle.

De nombreux enjeux ont déjà été identifiés pour l’adoption concluante des tablettes en entreprise :

  • Sécurité des données transférées et sur la machine (en cas de perte) ;
  • Prise en main et adoption par les utilisateurs ;
  • Gestion des flottes et des applications métiers (surtout pour l’iPad)…

Nous n’en sommes qu’au tout début de l’adoption des tablettes dans le monde professionnel, mais au-delà de ce nouveau format, c’est toute l’informatique d’entreprise qui serait potentiellement à revoir (La fin de l’ordinateur individuel est programmée).

Même s’il ne fait pas de doutes que les tablettes vont autoriser de nouvelles formes d’interactions, le plus important pour un employeur est tout de même d’équiper les collaborateurs en smartphones : Tablets are Great, but Don’t Forget About Smartphones in the Workplace. Le nomadisme en entreprise n’est en effet pas qu’une question de terminaux, c’est avant tout une organisation et une nouvelle façon de travailler (Pourquoi le télétravail est bon pour la collaboration). Il convient donc dans un premier temps d’habituer le maximum de collaborateurs aux pratiques du nomadisme avant de multiplier le nombre de terminaux.

Fortes prévisions de croissance pour le m-commerce (1)

Le cabinet Forrester vient de publier une nouvelle étude sur le commerce mobile : Mobile Commerce Forecast: 2011 to 2016. Cette étude révèle des prévisions très encourageantes : 25 milliards de $ en 2015 et 31 milliards de $ en 2016. Ces prévisions particulièrement optimistes sont fondées sur les courbes de croissance du segment des smartphones et surtotu sur le rythme d’innovation imposé par l’iPhone qui est uninymement reconnu comme l’étincèle qui a enflammé les marchés occidentaux. D’ailleurs le marché le rend bien à Apple les terminaux mobiles tourant sous iOS sont encore largement devant les concurrents comme le montre les derniers chiffres publiés par comScore sur Device Essentials : 34% pour l’iPhone et 27% pour l’iPad (cf. comScore Introduces Device Essentials™ for Measuring Digital Traffic from All Devices).

Mais revenons au rapport de Forrester. Au-delà de ces chiffres, les enseignements de l’étude sont particulièrement intéressants, car ils nous donnent des statistiques précises sur les réflexes d’achat des mobinautes :

  • Près de la moitié des acheteurs potentiels sont avant tout préoccupés par la divulgation de leur N° de téléphone aux marchands ainsi que par la sécurisation des paiements ;
  • 1/3 déplorent la lenteur des sites mobiles, mais aimeraient bien qu’ils proposent les mêmes contenus et fonctionnalités que sur leur navigateur.

Cette dernière statistique illustre la schizophrénie des mobinautes qui veulent la même chose que sur leur ordinateur, mais dans sur smartphone, chose bien évidement impossible au vu des contraintes d’affichage et de manipulation. Ceci étant dit, ce n’est pas parce que les smartphones ne peuvent pas afficher les mêmes interfaces, qu’ils ne peuvent pas proposer les mêmes contenus et fonctionnalités. Le rapport fournit également des statistiques détaillées sur l’offre mobile des principaux commerçants US :

Mobile info retailers

Si nous ne nous intéressons qu’à ce qu’ils proposeront à terme, il apparait que les contenus les plus importants sont les infos produits, l’avis des clients, les promos ainsi que les conditions de livraison. Concernant les fonctionnalités, les commerçants se concentrent visiblement sur des fondamentaux comme le paiement en ligne, les alertes et les coupons.

Ces statistiques sont en phase avec l’analyse publiée par Practicale Commerce qui propose de revisiter les 4 P du marketing pour les adapter au m-commerce : The Four P’s of Mobile Commerce. Dans un même registre, le site E-consultancy nous proposait récemment une étude sur les sites mobiles des 16 plus grands distributeurs anglais qui mettaient à l’honneur le site d’ASOS : ASOS has the best mobile commerce site. Précisons que cette étude ne prenait en compte que les versions mobiles des boutiques en ligne, pas les applications.

Asos mobile

La version mobile de la boutique ASOS propose en effet une navigation minimaliste, mais intuitive et surtout des informations très complètes sur les produits (description, photos, conditions de livraison et de reprise…). L’étude pointe également du doigt une faiblesse commune à l’ensemble de ces sites mobiles : une page d’accueil très pauvre due aux limitations de l’affichage.

Cette faiblesse implique à elle seule de repenser intégralement l’expérience d’achat en situation de mobilité et notamment le parcours client. Autant dans un navigateur classique, le parcours client est assez bien maitrisé et ce dernier est facilement orienté vers les pages produit, autant sur un smartphone sur la situation est plus délicate si nous retirons de ce parcours le moteur de recherche, la page d’accueil et toutes les pages d’orientation (catégorie, sous-catégorie…).

Il existe néanmoins des solutions de contournement pour parachuter le client directement sur la page produit :

  • La prise en photo des codes à barres (en boutique) ;
  • Le recours aux URLs courtes ;
  • L’utilisation de codes 2D (en affichage ou sur les supports papier comme les magazines).

Je suis un fervent défenseur des codes 2D, mais force est de constater que la technologie est encore perfectible, car bine souvent la requête n’aboutit pas. Ceci étant dit, les QR code ne sont pas une fatalité, car il existe d’autres standards comme les Microsoft Tags dont la firme de Redmond fait la promotion en ce moment : Mobile Shopping Trends Visualized.

Mobile commerce revolution

Cette belle infographie a le mérite d’illustrer toute la diversité des usages en situation de mobilité. Elle illustre également le talon d’Achille du m-commerce : les moyens de paiement. Quoi que… autant j’envisage difficilement un mobinaute sortir sa CB et saisir son N° sur son smartphone, autant les solutions de paiement intégrées à la facture de l’opérateur ou les intermédiaires de paiement peuvent se révéler être des moyens redoutablement efficaces. Ce n’est ainsi pas un hasard si eBay a mis la main sur Zong (eBay Buys Zong For $240 Million In Cash To Boost PayPal’s Mobile Payments Technology) et si nos opérateurs nationaux travaillent d’arrache-pied à la finalisation de l’offre Buyster (cf. Tout savoir sur Buyster avec Laurent Bailly, directeur marketing).

J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur ce sujet (Le smartphone deviendra-t-il notre moyen de paiement principal ?), mais je suis persuadé que nous sommes au-devant d’une véritable révolution dans nos moyens de paiement en situation de mobilité : m-commerce, encaissement à partir d’un terminal mobile (ex : Square), transfert d’argent entre particuliers via mobiles (ex : Kwixo), paiement sans contact via NFC…

Le marché des liseuses se porte à merveille (1)

Alors que les marchés financiers et analystes ne parlent que des touchbooks (de l’iPad et de ses nombreux challengers), un rapport publié par PewInternet la semaine dernière jette un pavé dans la marre : e-Reader ownership surges since last November; tablet ownership grows more slowly. Cette étude concerne le marché US, mais elle nous donne des chiffres tout à fait surprenants que l’on pourrait extrapoler au marché européen :

  • Le taux d’équipement en liseuses (12%) est supérieur à celui des tablettes (8%)
    Ereader tablet ownership
  • La croissance des ventes de liseuses est plus forte que celle des tablettes
    EReader Tablet growth

Tout comme ceux qui s’intéressent aux liseuses, j’ai été bluffé par ces chiffres. Nous aurait-on caché la vérité ? Non, pas réellement caché, mais plutôt occulté. Il faut dire qu’Amazon (le leader incontesté du segment) est extrêmement discret sur ses chiffres de vente et impose le silence à ses concurrents. Concernant les autres enseignements du rapport, pas de surprise : les liseuses sont surtout populaires auprès des personnes avec un haut niveau d’éducation et des revenus confortables (E-readers hit their stride while tablet growth more modest).

Au-delà de ces données de marché très instructives, d’autres indicateurs nous démontrent la bonne santé du secteur :

Tout ceci est très intéressant, mais qu’en est-il du marché français ? Pour le moment, le marché est encore embryonnaire avec des (très discrètes) offres de nos distributeurs nationaux : la Fnac avec le FnacBook et FranceLoisirs avec OYO / Chapitres. Je ne suis pas un spécialiste du marché de l’édition, mais je pense ne pas me tromper en disant que les grands acteurs ont déployé beaucoup d’énergie non pas pour stimuler l’adoption des liseuses, mais plutôt pour freiner l’arrivée d’Amazon. Il en résulte des chiffres de vente en dessous des autres pays européens (18M d’euros , cf. Livre numérique: 1,8% du marché français). Il convient tout de même de relativiser cette bien faible adoption par une bonne croissance (40%) et surtout par l’arrivée très prochaine (et inexorable) d’Amazon dans l’hexagone : Le Kindle bientôt en France, et pourquoi pas une tablette.

Entendons-nous bien : je ne jette pas la pierre aux maisons d’édition, car elles se défendent comme elle peuvent face à un acteur surpuissant dont l’arrivée risque de dérégler l’équilibre du marché (cf. Amazon est-il en train de créer sa propre chaîne du livre ? et Le livre de poche survivra-t-il au numérique ?). Mais bon, toute industrie est amenée à évoluer, je ne vois pas pourquoi l’industrie de l’édition refuserait de faire évoluer l’offre, surtout si les consommateurs le demandent.

Mais le pire dans tout ça, c’est que depuis le lancement du Kindle, d’autres compétiteurs ont fait leur apparition. Barnes & Noble, concurrent historique d’Amazon, a récemment refondu son offre et propose une alternative très crédible au Kindle. Amazon n’a donc pas d’autre choix que de s’exporter pour maintenir son leadership. L’Europe est donc une destination logique et l’offre d’Amazon devrait y être opérationnelle dès la rentrée en Allemagne et en Espagne (en plus de l’Angleterre). En plus de ces deux-là, il faut également compter sur Kobo, l’éditeur canadien, qui finalise son arrivée sur le marché français.

Bref, les conditions de marché sont enfin favorables avec des acteurs à gros moyens, une compétition féroce et de belles innovations technologiques encore à venir (notamment les écrans à encre électronique couleur). Espérons que les grands acteurs de l’édition sauront apprendre des erreurs des autres industries (musique, TV…) et évoluer en fonction des aspirations du marché et non lutter contre.