Les interfaces naturelles d’aujourd’hui et de demain

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de l’évolution de l’outil informatique vers des terminaux polymorphes et nomades. Cette évolution du hardware se fera de concert avec le software et notamment les systèmes d’exploitation et les logiciels. D’ailleurs nous sommes en plein dedans avec la vague des widgets (sorte de mini-applications) qui font la fortune d’Apple sur l’iPhone et le prochain Chrome OS de Google qui sera un hybride entre navigateur et système d’exploitation.

Les interfaces naturelles bientôt dans notre quotidien

Depuis que j’ai assisté au speech très inspiré de Bill Buxton sur les interfaces naturelles, je m’interroge sur la pertinence du modèle écran / clavier / souris. Regardez de près le Project Gustav pour vous rendre compte du potentiel que pourrait représenter des interfaces faisant une utilisation optimale des écrans tactiles et des périphériques naturels (ici un simili-pinceau pour cette simulation de peinture) :

L'interface du Gustav Project
L'interface du Gustav Project

La prise en main est immédiate et l’utilisateur s’exprime d’autant mieux qu’il utilise les gestes et outils de son quotidien. Démonstration vidéo ici :

Ce type d’interface a d’ailleurs été vu sur les stands de Fiat et de Renault au récent Salon de Genève pour épater les visiteurs : Les configurateurs interactifs de Fiat et Renault au Salon de l’Auto de Genève.

Le configurateur ludique de Fiat au Salon de Genève
Le configurateur ludique de Fiat au Salon de Genève

La dimension ludique est ici évidente et l’on se met à rêver des nombreuses possibilités offertes par des terminaux comme Surface… ou comme la Sphere, un autre projet de Microsoft qui combine un affichage sphérique et une surface tactile :

Le projet Sphere de Microsoft
Le projet Sphere de Microsoft

Mais pas la peine de sortir la grosse artillerie pour proposer une expérience différenciante. Exemple avec le Gesture Cube, un concept à mi-chemin entre touchbook et cadre numérique qui pousse encore plus loin la logique de terminal domestique connecté popularisée par le Chumby : Gesture Cube, Une interface 3D interactive.

Le concept de Gesture Cube
Le concept de Gesture Cube

Là encore, ce cube domestique aux formes et dimensions très proches d’un radio-reveil, exploite parfaitement les gestes naturels et surtout la contextualisation des informations / applications en fonction de la pièce dans laquelle vous vous trouvez :

Et dans la série “je fais du neuf avec du vieux“, je me permets également d’évoquer le concept Waveface Ultra proposé par Asus, un écran tactile souple que vous enroulez autour de votre poignet :

Le concept Waveface d'Asus
Le concept Waveface d'Asus

L’idée ici n’est pas de miniaturiser un smartphone mais plutôt de faire monter en compétence votre montre pour qu’elle puisse vous envoyer des notifications et qu’elle interagisse avec ce qui vous entoure :

Là encore vous remarquerez que le terminal et les gestes utilisés pour le manipuler sont les plus naturels possibles (l’interface est ici presque transparente).

Dernier exemple et pas des moindres avec SixthSens le concept d’interface gestuelle portable présentée par Pranav Mistry lors du dernier TED : An interview with Pranav Mistry, the genius behind Sixth Sense.

SithSens, l'interface gestuelle portable
SithSens, l'interface gestuelle portable

Imaginez-vous avec un terminal en forme de médaillon qui serait équipé d’un mini-projecteur (pour afficher des informations) et d’une caméra pour capter le mouvement de vos doigts. Lorsque vous allumez le terminal, vous choisissez une application et celui-ci projette alors une interface adaptée au contexte d’utilisation (ici, la lecture d’une vidéo en complément d’un article) :

L'interface gestuelle SixthSens en action
L'interface gestuelle SixthSens en action

Pour le moment le terminal en lui-même est rudimentaire mais l’on décèle un potentiel énorme dans la vidéo suivante :

Et comme dans les précédents exemples, c’est un objet du quotidien (un médaillon) qui est mis en scène dans notre quotidien (prendre une photo, lire un journal) et dont l’interface se manipule de façon tout à fait naturelle (avec les doigts).

Interfaces naturelles et jeu vidéo, une réalité

Bon nous sommes tous d’accord pour dire que ce n’est pas demain la veille où nous sortirons avec notre médaillon augmenté, il n’empêche que les interfaces naturelles sont une réalité pour un grand nombre de personnes (vous avez déjà essayé la Wii ?) et qu’il n’y a aucune raison pour que l’industrie du jeu vidéo n’aille pas plus loin (d’ailleurs elle a toujours été très précurseur).

La Wiimote pour reproduire les gestes naturels
La Wiimote pour reproduire les gestes naturels

Passé relativement inaperçu l’année dernière, le jeu EndWar est ainsi un bel exemple d’interface naturelle avec son principe de commandes vocales plutôt abouti :

L'interface à commandes vocales du jeu EndWar
L'interface à commandes vocales du jeu EndWar

Commandes gestuelles, commandes vocales, c’est la sortie en juin prochain de la déclinaison grand public du Project Natal de Microsoft qui devrait normalement rehausser la barre d’un cran avec des concepts de jeu tout à fait renversants. Exemple avec ce concept malheureusement abandonné de beat them all qui se joue avec les doigts : Indie studio reveals cancelled, finger-powered Natal game.

Un projet de jeu de combat avec les doigts
Un projet de jeu de combat avec les doigts

Quel dommage que ce concept n’ai pas été retenu car je me voyais tout à fait jouer avec mes doigts sur la table basse :

Illustration du jeu 2 Finger Heroes
Illustration du jeu 2 Finger Heroes

Bref, j’ai comme l’impression que les souris et claviers vont prendre une grosse claque avec la généralisation des écrans tactiles et des interfaces naturelles. Quoique…

Pas d’interfaces naturelles dans le milieu professionnel ?

Outre les métiers graphiques, j’ai du mal à anticiper une percée des interfaces naturelles dans le monde professionnel. Autant je suis convaincu du potentiel ludique et intuitif de ce type d’interfaces, autant je ne pense pas que l’on puisse améliorer la productivité d’un utilisateur de clavier / souris dans un contexte pro.

C’est donc malheureusement l’argument économique qui va pérenniser l’outil informatique tel que nous le connaissons sur le poste de travail. Rien de dramatique dans la mesure où nous pourrons toujours exploiter des interface naturelles dans nos moments de détente ou à la maison. La rupture entre le monde pro et perso sera ainsi d’autant plus nette et agréable.

Et le web dans tout ça ?

Reste une grande inconnue pour les interfaces naturelles : Comment les exploiter dans le cadre d’un navigateur web ? Et c’est là où nous nous heurtons au casse tête des interfaces web qui se manipulent à la fois avec la souris pour le clic ou le drag & drop (donc potentiellement la main ou le doigt), mais également avec le clavier pour saisir une URL ou remplir un formulaire.

Donc très clairement sur ce cas d’usage particulier je suis incapable de prendre position. Comme je fais un usage intensif du web, je penche tout de même en faveur du traditionnel couple clavier / souris. Mais tout ceci pourrait bien changer avec la “widgetisation” des sites web et services en ligne sur l’iPhone et encore plus sur l’iPad.

/!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.

Les commentaires sont fermés

À la recherche de nouveaux formats hybrides pour les touchbooks

Alors que la date de sortie officielle de l’iPad a été annoncée au 3 avril prochain et que de sérieux concurrents commencent à pointer le bout de leur nez (HP Slate, Dell Streak…), nous sommes toujours dans l’expectative pour savoir quel type de contenu va faire mouche sur les touchbooks. Après avoir tourné le problème dans ma tête de nombreuses fois, j’en viens à la conclusion que les contenus réellement adaptés aux touchbooks ne sont pas encore là, mais que nous n’en sommes pas très loin. Plusieurs expérimentations me laissent en effet penser que la solution se trouve dans un format hybride à mi-chemin entre web-documentaire, livre / BD enrichis et jeux narratifs. Encore faudra-t-il résoudre le casse-tête du format et de la distribution, mais nous reviendrons là-dessus plus tard.

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler des web-documentaires, ces documentaires morcelés en chapitres librement accessibles mélangeant du texte, des photos, de la vidéo… Après en avoir consulter plus d’un, force est de constater que l’on n’est pas très bien installé sr une chaise en face de son écran. Par contre, visionné sur un touchbook dans votre canapé favori, l’expérience est autrement plus intéressante. Imaginez ainsi ce que pourrait donner un contenu comme Afrique : 50 ans d’indépendance

Le web-documentaire d'Arte sur l'indépendance de l'Afrique
Le web-documentaire d'Arte sur l'Afrique

Le niveau d’interactivité est parfaitement adapté à ce que l’on peut faire sans trop d’effort sur un écran tactile : Choisir un chapitre, cliquer pour lire un texte complémentaire, laisser un commentaire…

Il y a ensuite le cas des bandes dessinées qui pourraient tout à fait être adaptées sur les touchbooks. Nous avons déjà des start-up qui se positionnent sur le créneau comme Graphic.ly ou Panelfly mais je ne suis pas certain qu’ils prennent la bonne direction. Je suis ainsi bine plus conquis par ce que propose les Humanoïdes associés avec le portage sur Megalex sur iPhone.

La BD Megalex sur votre iPhone
La BD Megalex sur votre iPhone

Au final nous nous retrouvons avec une vidéo, mais l’expérience est tout à fait convaincante : Le fait de remplacer les bulles par des bruitages et voix d’acteurs ainsi que les effet de traveling sur les cases procurent un sentiment d’immersion tout à fait saisissant.

C’est d’ailleurs rigoureusement le même procédé qui est utilisé pour N, la BD vidéo de Stephen King :

N, la BD en vidéo de Stephen King
N, la BD en vidéo de Stephen King

C’est bien une vidéo “toute bête” qui est utilisée, mais avec un peu d’imagination on se dit que ça ne devrait pas être très compliqué de faire ça en Flash qui à la base est fiat pour ça (de l’animation vectorielle). Du Flash sur l’iPad ? Mais oui bien sûr puisqu’il existe maintenant la possibilité de compiler un contenu Flash pour en faire une application iPhone, le recours à Flash ne semble plus être un problème.

Nous pourrions même envisager des choses encore plus poussées avec la possibilité d’interagir avec le contenu comme nous le présente l’éditeur Penguin sur cette vidéo (cf. How Penguin Will Reinvent Books With iPad) :

L’idée est de transformer le lecteur en… lecteur actif ? Acteur ? Gribouilleur ? Je ne sais pas trop quel terme utilisé mais nous sommes bien dans un cas de figure unique où les enfants peuvent interagir directement sur le contenu (c’est d’ailleurs tout l’intérêt de ce type d’ouvrage) :

Le livre de coloriage de Penguin
Le livre de coloriage de Penguin

Nous quittons ici le domaine de l’édition pour rentrer sur le territoire des jeux. Et ça tombe bien car l’actualité nous fournit un très bon exemple avec Heavy Rain, un jeu vidéo narratif développé par un studio français (cocorico !) :

Le jeu video narratif Heavy Rain et son gameplay particulier
Le jeu vidéo narratif Heavy Rain et son gameplay particulier

Ici il n’est pas tant question d’action ou de dextérité à la manette mais plutôt de suivre une histoire conditionnée par vos choix (qui jalonnent la narration) et agrémenter parfois de Quick Time Events pour maintenir votre attention. Pour le moment ce titre n’est disponible que pour la PS3, un monstre de puissance, mais n’oublions pas que l’iPad (out comme l’iPhone) a des composants techniques suffisamment puissant pour faire tourner de la 3D dans de très bonnes conditions sans avoir besoin de sortir un rendu Full-HD.

J’imagine tout à fait ce type de titre envahir les touchbooks car parfaitement adaptés au contrat d’interaction que proposent les tablettes tactiles : Visionnage en plein écran et quelques clics de temps à autre. Il en va de même pour les jeux de stratégie ou de plateau qui font fureur sur l’iPhone (de type Tower Defense) qui pourraient trouver dans l’iPad un second souffle pour des projets plus ambitieux : Ngmoco hopes to rule with new mobile games.

Tout ceci est très encourageant et la solution semble donc bien se trouver dans de nouveaux formats hybrides. Mais il reste à régler deux problèmes : Tout d’abord le circuit de distribution qui est plutôt rigide chez Apple (euphémisme) et qui ne favorise pas forcément les petits éditeurs (cf. Is Content King? Then Distribution Is Crown Prince). Ensuite le format car s’il semble y avoir consensus pour les ebooks avec le format ePub (cf. Web Standards for E-books), pour les touchbooks ça va être beaucoup plus compliqué car les contenus sont loin d’être figés. Et c’est d’ailleurs tout l’intérêt de ces machines : Pouvoir proposer un éventail beaucoup plus riche de possibilités en mélangeant des images, du son, de la vidéo, du texte, des animations…

Flash a su s’imposer comme standard de facto pour les contenus rich media du web, en sera-t-il de même pour les contenus des touchbooks ? Difficile à dire pour le moment dans la mesure où le marché a toutes les chances d’être très largement dominé par l’iPad et que les rapports sont très tendus entre Adobe et Apple. Je ne vois pas bien comment la situation pourrait se débloquer dans les prochaines semaines… si ce n’est avec le rachat d’Adobe par Apple. L’idée vous semble farfelue ? Réfléchissez-y à deux fois, et pour vous aider, je vous propose cette lecture : 7 Reasons For Apple To Acquire Adobe et Why Apple Should Buy Adobe.

/!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.

Les commentaires sont fermés